Conqueror (She) : la critique du film (1986)

Science-fiction, Fantastique, Action, Aventures, Heroic Fantasy, Nanar | 1h46min
Note de la rédaction :
3/10
3
She, jaquette vidéo VHS, affiche

  • Réalisateur : Avi Nesher
  • Acteurs : Gordon Mitchell, David Brandon, Mario Pedone, Sandahl Bergman, David Goss, Quin Kessler, Harrison Muller
  • Date de sortie: 28 Mai 1986
  • Nationalité : Italien, Américain, Israélien
  • Titre original : She
  • Titres alternatifs : Conqueror (titre cinéma français) / She, la guerrière (Québec) / She - Eine verrückte Reise in die Zukunft (Allemagne)
  • Année de production : 1984
  • Scénariste : Avi Nesher, d'après le roman de H. Rider Haggard
  • Directeur de la photographie : Sandro Mancori
  • Compositeurs : Phil Campbell, Justin Hayward, Rick Wakeman
  • Sociétés de production : Continental Motion Pictures, Royal Films B.V., Trans World Entertainment (TWE)
  • Distributeur : CDA
  • Éditeur(s) vidéo : Sunset Vidéo (VHS)
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office Paris-périphérie : 1 178 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Continental Motion Pictures, Royal Films B.V., Trans World Entertainment (TWE)
Note des spectateurs :

Naufrage artistique total, Conqueror, alias She, est un nanar de compétition qui érige le mauvais goût au rang de grand art. Des costumes aux acteurs, en passant par la musique, le désastre est lui aussi apocalyptique. Et donc drôle.

Synopsis : Dans un monde postapocalyptique revenu à l’âge de fer, la déesse She aide deux frères dans leur quête héroïque visant à libérer leur sœur retenue prisonnière.

Une version très fantaisiste d’un roman d’H. Rider Haggard

Critique : A la fin du 19ème siècle, le romancier britannique H. Rider Haggard publie un roman en feuilleton intitulé She : A History of Adventure qui devient un très gros succès. Il faut dire que l’auteur sortait tout juste du triomphe remporté par son livre Les mines du roi Salomon (1885). Son roman d’aventures au féminin a donné lieu à plusieurs adaptations plus ou moins fidèles au cours du siècle suivant, démarrant dès l’époque du cinéma muet. Toutefois, les cinéphiles se souviennent surtout de la version de la Hammer des années 60 avec la sculpturale Ursula Andress, à savoir La déesse de feu (Day, 1965).

Avec le déferlement de la vague d’heroic fantasy du début des années 80, à la suite du succès de Conan le barbare (Milius, 1982), le producteur Eduard Sarlui envisage d’en tourner une nouvelle version. Alors qu’il monte parallèlement un autre projet intitulé Le chevalier du monde perdu (Worth, 1984), Eduard Sarlui s’arrange pour mettre en place une coproduction avec l’Italie où les deux longs-métrages vont donc être tournés. Pour adapter She, il engage le réalisateur israélien Avi Nesher qui a connu de gros succès dans son pays d’origine à la fin des années 70 dans le genre du film musical. Notons que pendant de longues années, certains bisseux pensaient que le nom d’Avi Nesher était un pseudonyme pour masquer la réalisation d’un habituel tâcheron de Cinecittà comme Joe D’Amato. En réalité, Avi Nesher est bien aux manettes de cette improbable version du roman d’Haggard.

She : mélange improbable d’heroic fantasy et de post-nuke

Afin de capitaliser sur le récent succès de Conan le barbare, Nesher et Sarlui engagent la danseuse Sandahl Bergman dans le rôle principal. Effectivement, elle jouait avec une certaine prestance la Valeria de Conan aux côtés d’Arnold Schwarzenegger dans le film événement de 1982. Toutefois, pour actualiser le roman d’origine et s’en éloigner très fortement, les auteurs ont déplacé l’intrigue dans une ère post-atomique qui permet aussi de surfer sur la vague initiée par Mad Max 2, le défi (Miller, 1981).

L’auteur des Mines du roi Salomon s’est sans doute retourné dans sa tombe puisque le produit fini n’entretient quasiment aucun rapport avec son œuvre littéraire. L’intrigue peut être résumée en deux lignes : il s’agit pour deux frères de partir à la recherche de leur sœur kidnappée. Dans leur quête, ils feront notamment la connaissance de la déesse She et de tout un tas de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres. Toutefois, dès les cinq premières minutes du film, c’est davantage le ridicule qui l’emporte puisque le cinéaste multiplie les fautes de goût, aussi bien en matière de décors, de costumes que de choix musicaux.

Dans She, c’est carnaval à chaque minute !

Ayant sans doute pillé les réserves d’un studio ou d’un théâtre en faillite, les responsables des costumes – dont on taira les noms par charité chrétienne – ont cru bon utiliser tout ce qui se trouvait à portée de main pour créer la garde-robe surréaliste des différents personnages. On aura doit à des vampires cannibales, des momies mutantes avec des Ray-Ban, un robot-Frankenstein mais aussi à un assassin obèse et barbu affublé d’un tutu rose, tandis que les méchants arborent des croix nazies sur chaque accessoire. Tous les costumes semblent issus d’un carnaval et rendent donc la projection hilarante. La palme revient au casque arboré par le pauvre Gordon Mitchell qui devait vraiment avoir besoin de payer ses impôts.

Dans ce bric-à-brac qui tient du vide-grenier de province, les personnages évoluent dans le désordre le plus complet. Comme gagné d’une folie à la lisière de la prise d’acide, Avi Nesher fait de son film un énorme fourre-tout où il cite – de manière peut-être involontaire – Monty Python : Sacré Graal ! (Jones, Gilliam, 1975). Visiblement certain de tourner un énorme nanar, Avi Nesher a multiplié les moments de pure délire, avec de multiples références au burlesque.

Des comédiens médiocres lâchés dans l’arène

Malheureusement, il a oublié au passage de diriger ses acteurs. Un bien grand mot d’ailleurs vu la collection impressionnante de comédiens incapables d’exprimer la moindre émotion de manière naturelle. Si Sandahl Bergman démontre toujours une certaine capacité à incarner les héroïnes par sa grâce féline héritée de ses années au service de la danse pour Bob Fosse, ses partenaires sont tous déplorables. La plupart n’ont d’ailleurs pas fait carrière par la suite, ce qui n’étonnera personne.

Pur film Z, She ajoute à cela une improbable partition musicale à la lisière du rock progressif. Aux commandes, Rick Wakeman, le brillant claviériste du groupe prog Yes, se compromet en livrant une bande-son qui ne colle absolument pas aux images, ni aux ambiances du film. Il n’est toutefois pas le seul coupable puisque de nombreuses chansons rock FM ont été ajoutées pour gonfler la bande originale de ce qui devait donc être une œuvre prestigieuse dans les rêves d’Eduard Sarlui.

She sort en salles en France sous le titre Conqueror en mai 1986

Véritable accident industriel et naufrage artistique total, She est surtout devenu un film culte auprès des amoureux de cinéma Z. Il s’avère plutôt généreux en moments désopilants et déclenche donc l’hilarité à de nombreuses reprises. Attention toutefois, le visionnage semble tout de même un peu long puisque les auteurs ont cru bon d’étaler ce vide intersidéral sur plus de cent-cinq minutes.

Sorti directement en vidéo sur de nombreux territoires, She est bien apparu tardivement dans les salles françaises sous le titre de Conqueror. Diffusé à partir du mercredi 28 mai 1986, Conqueror ne semble pas avoir convaincu grand-monde. Le long-métrage a surtout été vu par le biais de sa VHS sortie chez Sunset Vidéo sous son titre original de She. Depuis cette époque, aucun support physique n’a été édité en France, laissant les fans français orphelins ou contraints d’aller se fournir à l’étranger où des copies de très bonne tenue circulent.

Avec Conqueror ou She, les bisseux passeront nécessairement une bonne soirée. On notera qu’Avi Nesher est ensuite reparti quelque temps en Israël, avant de revenir à Hollywood dans les années 90 où il a tourné notamment Timebomb (1991) et une armée de DTV plus ou moins catastrophiques.

Critique de Virgile Dumez

Box-office :

Sortie le 28 mai 1986, Conqueror n’a tenu qu’une seule semaine en salle, à Paris. L’absence d’écho médiatique, un distributeur indépendant  C.D.A (American Justice, Solo pour deux, Nomads, Turtle Diary) n’a pu nullement imposé son film dans le circuit parisien.

Dès le mercredi, She est amorphe, à 137 spectateurs. En 7 jours, la production bis assure 585 spectateurs au City Triomphe, 470 au Marivaux et 123 à L’Orléans. Une bagatelle. In fine, le film est vu par 1 178 spectateurs sur Paris.

Le film est aussitôt retiré de l’affiche.

Les sorties de la semaine du 28 mai 1986

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Bande-annonce de Conqueror (She) (VO)

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