De Buñuel à Garrel en passant par Chabrol et Lelouch, Michel Charrel a été dirigé par de nombreux cinéastes et a campé des petits rôles de truand, policier ou autres, traversant plusieurs décennies de cinéma français.
Michel Charrel et le fantasme sadomasochiste selon Buñuel
Acteur français, Michel Charrel passe son enfance en région lyonnaise, où ses parents tiennent un magasin d’alimentation. Il s’installe à Paris pour devenir comédien mais trop tardivement selon lui (il a dépassé les 25 ans) pour suivre une formation dramatique. Échouant également à devenir assistant réalisateur, il accepte la proposition de tenir des petits rôles au cinéma. On le voit ainsi, non crédité, dans des bandes signées Grangier, Frankenheimer, Hunebelle, Hossein ou Carné. Il est crédité pour la première fois avec Les grandes gueules (1965) de Robert Enrico.
Dès lors, Michel Charrel va jouer régulièrement les troisièmes couteaux, usant d’une « trogne » à la fois inquiétante et tout en bonhomie, qui fait regretter qu’il n’ait pas été dirigé par Mocky ou Fellini. Mais sa présence marque la première scène de Belle de jour (1967) de Buñuel, où il incarne le cocher s’apprêtant à abuser de Catherine Deneuve après l’avoir fouettée… On le croise également en détenu dans Les risques du métier (Cayatte, 1967) et gardien de prison dans Le clan des Siciliens (Verneuil, 1969), tandis que Chabrol en fait un policier dans La femme infidèle (1968) et un ferrailleur dans Que la bête meure (1969).
De Malle à Garrel, en passant par Jean-François Davy
Dans les années 70, Michel Charrel endosse les traits d’un bistrotier dans Le dernier saut (1970) d’Édouard Luntz, d’un disquaire dans Le souffle au cœur (1971) de Louis Malle, d’un père de famille dans La coupe à dix francs (1974) de Philippe Condroyer, d’un mécanicien dans L’incorrigible (1975) de Philippe de Broca, d’un truand dans Les bons et les méchants (1976) de Claude Lelouch ou d’un vigile dans Violette et François (1977) de Jacques Rouffio. En même temps, il est au générique de plusieurs comédies redoutables réalisées par Jean-François Davy ou Max Pécas, ainsi que de films érotiques.
Michel Charrel ralentit le rythme des tournages par la suite mais apparaît encore dans Le brasier (1991) d’Éric Barbier et, plus tard, les œuvres intimistes de Philippe Garrel que sont Les amants réguliers (2005), L’amant d’un jour (2017) et Le sel des larmes (2020). Et une jeune génération de cinéastes fait encore appel à lui, tels que Thomas Lilti (Médecin de campagne, 2016) et Sara Forestier (M, 2017). Le comédien a également été actif à la télévision et au théâtre, collaborant avec Jorge Lavelli ou Lucian Pintilie. Michel Charrel est décédé le 14 février 2026 à l’âge de 89 ans.