La rose écorchée : la critique du film et le test blu-ray (1970)

Epouvante horreur, Drame | 1h34min
Note de la rédaction :
7/10
7
La rose écorchee claude mulot jaquette

Note des lecteurs

Relecture des Yeux sans visage de Franju, La Rose écorchée de Claude Mulot est une oeuvre érotico-fantastique qui baigne dans l’étrangeté des films de genre français de cette époque. Poésie gothique et onirisme garantis.

Synopsis : Le peintre Frédéric Lansac vit un amour idyllique auprès d’Anne dans leur château isolé au centre de la France lorsqu’un drame vient briser brutalement cette passion. Grièvement brûlée, l’épouse de Lansac est défigurée, sans espoir de guérison. Jusqu’au jour où un chirurgien accepte de lui redonner un visage. Mais pour que l’opération réussisse, la donneuse doit être sacrifiée…

La Rose écorchée de Mulot, copie HD

Copyrights : Family Films, Copyrights : Le Chat qui fume

Au nom de la Rose écorchée

Critique : Jeune cinéaste prometteur en cette fin des années 60, Claude Mulot puise son inspiration dans les œuvres morbides à la mode de son époque. Visiblement inspiré par Les yeux sans visage, de Franju, l’artiste adapte la traumatisme de la perte d’un visage et le glas d’une beauté défigurée à tout jamais, dans le cadre gothique des productions de la Hammer, agrémenté par nos décors du terroir, si propice à la poésie campagnarde. L’on retrouve donc le cadre champêtre des grands manoirs et autres propriétés majestueuses qui donnent de l’allure aux images de cette époque, baignant dans une photographie somptueuse où les couleurs veloutées s’harmonisent.

Packaging 3D ouvert de La Rose écorchée, éditeur le chat qui fume

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Epouvante et romance, perversion et réflexion sur la condition humaine

Forcément, dans la vague nouvelle d’un cinéma dit d’auteur, le cinéma proposé par Mulot, même dans le genre du morbide et de l’exploitation, est avant tout poésie et maniérisme, comme toutes les productions nationales affectionnant le fantastique dans ces décennies des années 60-70. On y retrouve une sensibilité aiguisée pour la violence et l’érotisme mêlés, l’épouvante et la romance, la perversion et la réflexion sur la condition humaine. Dans cette oeuvre cruelle, Mulot, pourtant jeune, mais conscient des maux consuméristes de son temps, épingle avec force et conviction le nombrilisme bourgeois et peint une vanité remise au goût du jour, où la jeune mariée, belle et riche, atrocement défigurée, perd son statut d’innocente victime pour devenir cruauté pure. Dans le rôle de la damnée, on retrouve Annie Duperey, que l’on retrouvera de nouveau dans le fantastique, dans les années 80 chez Francis Leroi (cinéaste du porno), Le Démon dans l’île. Sa personnalité forte et sa beauté hypnotisante, donne du caractère à son personnage de femme bafouée par la vie, recluse dans l’antichambre de la honte, le manoir de son riche époux qui feint sa mort pour ne pas exposer sa laideur au monde. Devant les promesses de régénération de son visage, de greffe scientifique improbable par un chirurgien à l’âme perdue (Howard Vernon, pour une fois moins vilain que dans la plupart des rôles qu’il incarne dans le cinéma bis), elle réclame des vies de jeunettes belles et gracieuses, par égoïsme, contraignant son époux et ses employés, d’affreux nains de contes gothiques, à des stratagèmes scientifico-dépressifs pour obtenir la greffe miraculeuse…

 

La Rose Ecorchée, le classique de Claude Mulot

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Réhabilitation d’un talent oublié

Plus abouti que le cinéma de Jean Rollin de cette même époque, dont le premier long, Le viol du vampire, en 1968, était un film d’auteur détesté par la critique, et qui pourtant ne manquait pas de qualités, La Rose écorchée est de la trempe ésotérique, érotique et poétique du cinéaste de La Morte Vivante. Fidèle à son genre vampiriques, Rollin est resté dans l’esprit des cinéphiles, souvent pour de mauvaises raisons, mais Mulot a été frappé par l’oubli.

Réhabilité par l’éditeur français le Chat qui fume, qui propose plusieurs de ses œuvres en HD collector, avec un ouvrage conséquent sur l’homme, Mulot mérite beaucoup mieux que l’anonymat qui l’a suivi. Le jeune homme se verra peu à peu contraint de tourner du porno sous pseudo (l’incroyable Le Sexe qui parle, d’un certain Frédéric Lansac – justement le nom du personnage central de La Rose écorchée), des films érotiques, des scripts de comédie Z pour Max Pecas (On se calme et on boit frais à Saint-Tropez) et paiera ses impôts avec des comédies de commande, on pense en particulier au jour se lève et les conneries commencent, avec notamment son pote éternel, Johnny Hallyday qui lui dédiera la chanson Je t’attends, peu après sa mort, en 1986.

Les qualités d’une oeuvre soignée et bien interprétée

Différemment de son troisième film, La saignée, un polar atavique assez fort et abouti, La rose écorchée bénéficie des qualités d’interprétation de Philipe Lemaire, à contre-emploi, d’Annie Duperey, dont on aime une fois de plus rappeler la beauté vénéneuse renversante, et d’Élizabeth Teissier, l’astrologue, alors figure d’un cinéma coquin français. Sa présence est.. irréelle.

La réalisation soignée, malgré quelques absurdités de plan qui rend le spectacle forcément un peu bis, est féconde en beautés. Autant d’éléments prometteurs chez un jeune cinéaste dévoré par l’envie d’exprimer des idées de cinéma, souvent inspirées par le cinéma anglophone, qui nourrissent l’idée d’une belle carrière avortée, avec pour nous aujourd’hui un sinistre sentiment d’injustice.

 

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Bandeau le chat qui fume

Copyrights : 2019 Le Chat qui fume

Le test blu-ray

Compléments & Packaging : 4/5

Les suppléments se regardent avec avidité, pour en savoir toujours plus sur la sensibilité et l’histoire de l’homme Mulot. On passera vite sur l’émission de télé qui saisit au vif le tournage régional de La Rose écorchée (sacré document vintage au passage), pour insister sur les grandes complicités de Jacques Assuérus, directeur de la photo, devenu ami très proche de Mulot, et qui semble très éprouvé par cet exercice d’hommage à cet oublié du cinéma français. Les souvenirs abondent, donnent une grande importance à Johnny Hallyday, ami commun qui sera là pour s’occuper de tout, quand son pote Mulot mourra noyé en 1986… D’autres interviews figurent au programme, notamment celle d’Edgar Oppenheimer, producteur, scénariste, ami de la première heure.

Sur le blu-ray, une version VHS du film La Rose Ecorchée apparaît. Ce n’est plus le même film, tant le master d’époque était sombre et abîmé. Le Chat qui fume propose ici une version HD et même Ultra HD pour les cinéphiles équipés, sur une version intégrale du film.

Présence de la bande-annonce du film. La Rose n’est pas fanée. Elle resplendit de tous ses pétales.

On notera l’importance accordée au packaging, dans la continuité du travail du Chat qui fume, qui propose en collector, un digipack qui laisse suffisamment d’espace pour le combo DVD, Blu-Ray, Ultra HD. Le fourreau est très beau, le contenu est à la fois violent et érotique, en tout cas collector.

Copie Ultra HD de la Rose écorchée

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La Rose n’est pas fanée. Elle resplendit de tous ses pétales

Images 4.5/5

Magnifique résurrection qui tend à valider les propos surnaturels du film sur la beauté éternelle. La magie du numérique a effacé griffures, taches et autres scories. C’est dans les couleurs très précises, magnifiquement équilibrées, que l’on prend le plus de plaisir. La restauration d’une oeuvre oubliée, quasi invisible depuis longtemps en France, avec la volonté de la sublimer comme des films de répertoire essentiels à notre cinématographie. L’art est noble et forcément validé.

Le son : 4 / 5

Le DTS HD Master Audio proposé en 2.0 (avec possibilité de sous-titres anglais, pour l’international, les galettes n’étant pas zonées) a été testé exclusivement en français (une piste anglaise accompagne l’édition). Les voix sont suffisamment distinctes et la musique parfaitement rehaussée pour donner une vraie valeur à l’ensemble. Du bel ouvrage.

Acheter le film sur le site de l’éditeur

Critique et test vidéo : Frédéric Mignard

 

La rose écrochée de Claude Mulot, blu-ray Le Chat qui fume

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