Luis Buñuel

Réalisateur, Scénariste, Acteur
Belle de jour, l'affiche

Personal Info

  • Nationalité : Espagnol, Mexicain (naturalisé)
  • Date de naissance : 22 février 1900 à Calanda (Espagne)
  • Date de décès : 29 juillet 1983 à Mexico City (Mexique)
  • Crédit visuel : © 1967 Paris Film Production / Affiche : René Ferracci. Tous droits réservés.

Biographie

Note des spectateurs :

Réalisateur, scénariste et acteur espagnol, puis mexicain, Luis Buñuel est né en 1900 à Calanda en Aragon en Espagne. Pourtant, sa famille déménage rapidement à Saragosse où il suit l’enseignement des jésuites jusqu’à l’âge de 15 ans. Cela lui laisse une trace indélébile.

La découverte du septième art

A 19 ans, il part s’installer à Madrid afin d’y entamer des études supérieures. Durant les années 20, il se lie d’amitié avec des écrivains comme Gomez de la Serna et Federico Garcia Lorca. Durant un voyage effectué à Paris, Luis Buñuel a l’occasion de découvrir le monde du cinéma grâce au réalisateur Jean Epstein qu’il assiste sur deux productions intitulées Mauprat (1926) et La chute de la maison Usher (1928). Dès cette époque, Luis Buñuel se passionne pour le septième art et commence à rédiger des critiques de films pour des revues espagnoles.

Les premières œuvres surréalistes

Dans son pays natal, il fonde également un ciné-club. Mais la rencontre décisive intervient lorsqu’il fait la connaissance du peintre surréaliste Salvador Dali. Avec lui, il écrit et réalise un court-métrage surréaliste d’une vingtaine de minutes financé par la mère du réalisateur : Un chien andalou (1928). Le film est un succès auprès des intellectuels de l’époque et il marque son temps avec des scènes choquantes comme celle de l’œil coupé en deux par une lame de rasoir. Le métrage s’affranchit également de toute logique narrative et constitue donc un jalon essentiel dans la création d’un septième art qui ne serait aucunement commercial.

L'âge d'or, l'affiche du film

© 1930 Vicomte de Noailles / Affiche : Charles Rau. Tous droits réservés.

Les deux complices enchaînent avec un long-métrage tout aussi fou intitulé L’âge d’or (1930). Le métrage est tellement dingue qu’il est frappé d’interdiction. Il est défendu par les surréalistes et bien des critiques qui y voient la naissance d’un art nouveau. Pourtant, après cette longue parenthèse française, Luis Buñuel choisit de revenir en Espagne et y tourne le documentaire Terre sans pain (1933) sur la région de Las Hurdes qui est particulièrement pauvre. Cette description sans fard de la misère ne plaît pas aux autorités républicaines qui interdisent sa diffusion.

L’exil au Mexique

Durant cette période, Luis Bunuel rentre dans le rang de l’industrie du cinéma et produit notamment plusieurs divertissements musicaux. Finalement, la guerre civile éclate et le résultat qui ne lui est pas favorable le pousse à faire ses valises pour les Etats-Unis. Un temps en résidence artistique au musée d’Art moderne de New York, Luis Buñuel opte finalement pour le Mexique où il se sent plus à l’aise. Il s’y installe durablement au point de demander la nationalité mexicaine qu’il obtient en 1951.

Grâce à sa localisation au Mexique, Luis Buñuel peut enfin reprendre sa carrière de réalisateur après une très longue interruption. Il démarre par Gran Casino (1947), un drame musical qui n’obtient aucun succès. Le cinéaste enchaîne pourtant avec un vrai beau succès : la comédie Le grand noceur (1949). Cela lui permet de prouver à nouveau sa valeur en finançant Los Olvidados (1950), un drame de la misère qui confine au chef d’œuvre et qui glane le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1951. Ainsi, la critique internationale vient à se souvenir de celui qui avait défrayé la chronique une vingtaine d’années auparavant.

Le temps des chefs d’œuvre mexicains

En 1951, Buñuel continue à provoquer avec Susana la perverse. L’échec relatif de ses films plus originaux le pousse à tourner des œuvres plus commerciales, même s’il y apporte toujours sa touche inimitable. On lui doit notamment des adaptations littéraires assez classiques comme Les Aventures de Robinson Crusoé (1954) ou encore Les Hauts de Hurlevent (1954). Mais ses œuvres plus personnelles sont de loin les meilleures, avec des bijoux comme El – Tourments (1953) et le film cinglant La vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955). On tient là deux chefs d’œuvre typiques du maître.

Cela s'appelle l'aurore, l'affiche

© 1956 Les Films Marceau – Laetitia Film / Affiche : Publicité René Weiss (agence) – Jean Mascii. Tous droits réservés.

En 1956, Luis Buñuel retrouve la France avec des coproductions montées avec le Mexique. On lui doit alors le drame Cela s’appelle l’aurore (1956) avec Georges Marchal, mais aussi La mort en ce jardin (1956) avec la grande Simone Signoret. Toutefois, ce ne sont pas forcément ses meilleures contributions puisque son retour au Mexique l’amène à créer Nazarin (1959) avec Francisco Rabal qui obtient un prix de la critique internationale au Festival de Cannes et qui peut être considéré comme l’un des meilleurs films de cette période. Buñuel est à nouveau moins inspiré avec La fièvre monte à El Pao (1959) malgré la prestation de Gérard Philipe. Enfin, La jeune fille (1960) ne connaît pas le succès escompté, malgré l’apport de financiers d’Hollywood.

Finalement, Luis Buñuel revient tourner en Espagne le film grinçant Viridiana (1961) qui parvient à décrocher la Palme d’or au Festival de Cannes. Pourtant, cela n’empêche aucunement le Vatican de se scandaliser d’une telle œuvre où le cinéaste effectue une parodie de la Cène qui a beaucoup choqué en son temps. D’ailleurs, le régime franquiste a décidé d’interdire la diffusion du film sur son territoire alors qu’il représentait l’Espagne au Festival de Cannes. Un paradoxe qui a du amuser Luis Buñuel. De son côté, la France a été séduite par le parfum de scandale du film avec pas moins de 609 409 spectateurs dans les salles obscures.

La dernière période française

Décidément très en verve, le cinéaste enchaîne aussitôt avec une autre œuvre majeure, à savoir L’Ange exterminateur (1962) qu’il tourne au Mexique. A nouveau présenté à Cannes, le long-métrage a obtenu le prix Fipresci. Si le film passe davantage inaperçu auprès du grand public, il a acquis depuis une renommée incroyable, faisant partie des meilleurs films de son auteur. C’est un peu moins le cas de son adaptation d’Octave Mirbeau Le journal d’une femme de chambre (1964), même si la prestation de Jeanne Moreau reste impressionnante. Le public français répond présent avec 1,3 millions de propriétaires terriens dans les salles.

Après un dernier retour au Mexique pour le moyen-métrage Simon du désert (1965), Luis Buñuel s’installe en France où il tourne une série de films remarquables, largement marqués par une cinglante critique sociétale, religieuse et institutionnelle. Le cinéaste désormais âgé se lâche totalement et donne libre cours à sa fantaisie la plus débridée.

La voie lactée, l'affiche

© 1969 Studiocanal / Affiche : Jacques Vaissier. Tous droits réservés.

Cela commence avec l’excellent Belle de jour (1967), magnifié par la présence de la magnétique Catherine Deneuve. Le métrage aux deux millions d’entrées qui adapte un récit de Joseph Kessel obtient un Lion d’or au Festival de Venise et devient une référence du cinéma d’auteur des années 60. Moins facile d’accès, La voie lactée (1969) s’attaque à nouveau à la religion, mais dans une optique plus spirituelle. Le film a déconcerté un peu plus de 500 000 spectateurs français, marquant ainsi un déclin par rapport au métrage précédent.

Les derniers classiques surréalistes

Finalement, Buñuel retrouve Catherine Deneuve pour Tristana (1970) qu’il réussit à tourner en Espagne grâce à une coproduction. Le film a concouru dans la catégorie du meilleur film étranger aux Oscars 1971 sans obtenir la statuette. Ils furent 550 000 spectateurs environ à faire le déplacement en France.

Désormais associé au scénario avec Jean-Claude Carrière, Luis Buñuel signe ensuite Le charme discret de la bourgeoisie (1972) qui, cette fois, décroche un Oscar du meilleur film étranger bien mérité. Le succès est franc dans notre pays avec 1,4 million d’entrées. Toujours vert, le vétéran du cinéma revient au surréalisme pur avec l’excellent Le fantôme de la liberté (1974) qui dépasse à nouveau le million d’entrées, alors même que le film bouleverse la narration classique.

Il termine sa longue filmographie avec le déroutant Cet obscur objet du désir (1977) qui est absolument remarquable. Le résultat final a reçu deux nominations aux Oscars et aux récents César. Ils furent un peu plus de 800 000 à venir fêter la sixième décennie d’activité d’un maître absolu du septième art.

Luis Buñuel choisit d’arrêter le cinéma sur cette série de films tous plus remarquables les uns que les autres et il termine ses jours au Mexique. Il meurt en 1983 à l’âge de 83 ans d’un cancer du foie et du pancréas. Il laisse derrière lui une œuvre immense et un fils qui est devenu lui aussi cinéaste : Juan Luis Buñuel (1934-2017).

Virgile Dumez

Ils nous ont quittés en 1983

Filmographie :

Réalisateur :

  • 1929 : Un chien andalou (court métrage)
  • 1930 : L’Âge d’or
  • 1933 : Terre sans pain (Las Hurdes, tierra sin pan) (court métrage documentaire)
  • 1936 : ¿Quién me quiere a mí?, coréalisé avec José Luis Sáenz de Heredia
  • 1936 : Sentinelle, alerte ! (¡Centinela, alerta!), coréalisé avec Jean Grémillon
  • 1937 : Le Souvenir – Espagne 36 (España leal en armas) (moyen métrage), coréalisé avec Jean-Paul Le Chanois
  • 1947 : Le Grand Casino (Gran Casino)
  • 1949 : Le Grand Noceur (El gran Calavera)
  • 1950 : Los olvidados (Les Réprouvés / Pitié pour eux)
  • 1951 : Susana la perverse (Susana, demonio y carne)
  • 1951 : Don Quintin l’amer (La hija del engaño)
  • 1952 : Une femme sans amour (Una mujer sin amor / Cuando los hijos nos juzgan)
  • 1952 : La Montée au ciel (Subida al cielo)
  • 1953 : L’Enjôleuse (El bruto)
  • 1953 : Tourments (Él)
  • 1954 : Les Aventures de Robinson Crusoé (Robinson Crusoe)
  • 1954 : On a volé un tram (La ilusión viaja en tranvía)
  • 1954 : Les Hauts de Hurlevent (Abismos de pasión)
  • 1955 : Le Fleuve de la mort (El río y la muerte)
  • 1955 : La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz (Ensayo de un crimen)
  • 1956 : Cela s’appelle l’aurore
  • 1956 : La Mort en ce jardin (La muerte en este jardín)
  • 1959 : Nazarín
  • 1959 : La fièvre monte à El Pao (Los ambiciosos)
  • 1960 : La Jeune Fille (La joven)
  • 1961 : Viridiana
  • 1962 : L’Ange exterminateur (El ángel exterminador)
  • 1964 : Le Journal d’une femme de chambre
  • 1965 : Simon du désert (Simón del desierto) (moyen métrage)
  • 1967 : Belle de jour
  • 1969 : La Voie lactée
  • 1970 : Tristana
  • 1972 : Le Charme discret de la bourgeoisie
  • 1974 : Le Fantôme de la liberté
  • 1977 : Cet obscur objet du désir
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