Le Pacha : la critique du film (1968)

Drame, Policier | 1h30min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Affiche du film Le Pacha avec Jean Gabin et Dany Carrel

  • Réalisateur : Georges Lautner
  • Acteurs : Jean Gabin, Frédéric de Pasquale, Louis Seigner, Dany Carrel, Jean Gaven, André Weber, Félix Marten, André Pousse, Michel Charrel
  • Date de sortie: 13 Mar 1968
  • Année de production : 1968
  • Nationalité : Français, Italien
  • Titre original : Le Pacha
  • Titres alternatifs : Der Bulle (Allemagne de l’Ouest), パリ大捜査網 (Japon), Rottefælden (Danemark), Timanttikettu (Finlande), Fellen (Norvège), Bazookaligaen (Norvège), Der Bulle (Allemagne), Requiem for a G-Man (Hong Kong), A Noite Escaldante do Inspector Joss (Portugal), Босс (Union Soviétique), Босът (Bulgarie), Паша (Ukraine), Pasas a tönk szélén (Hongrie), O Paxá (Brésil), Paša (Slovaquie), Showdown (Royaume-Uni), Pasha (Royaume-Uni, États-Unis), La fredda alba del commissario Joss (Italie), I megali listeia tou Champs Élysées (Grèce), Ο ταύρος (Grèce), Inspector Joss (Espagne), Gospodar podzemlja (Yougoslavie), Paša (Tchéquie), Pasha (Monde), Z powodu Alberta (Pologne), Za Alberta (Pologne), Paşa (Roumanie)
  • Casting : Jean Gabin, Dany Carrel, Jean Gaven, André Pousse, Louis Arbessier, Gérard Buhr, Robert Dalban, Maurice Garrel, Pierre Koulak, Pierre Leproux, Frédéric de Pasquale, André Weber, Yves Arcanel, Maurice Auzel, Yves Barsacq, Christian Bertola, Michel Carnoy, Michel Charrel, Henri Cogan, Marianne Comtell, Germaine Delbat, Henri Déus, Michel Duplaix, Pascal Fardoulis, Bernard Garet, Hervé Jolly, Jean Luisi, Pippo Merisi, Georges Ranga, Raoul Saint-Yves, Serge Sauvion, Jean Sylvère, Philippe Vallauris, Dominique Zardi, Félix Marten, Louis Seigner, Carmen Aul, Rita Reaumur
  • Scénariste(s) : Michel Audiard, (dialogues), Georges Lautner
  • D'après le roman de Jean Laborde
  • Compositeur : Serge Gainsbourg
  • Directeur de la photographie : Maurice Fellous
  • Monteur : Michelle David
  • Chef décorateur : Raymond Gabutti
  • Chef costumier : Jeanine Alaux
  • Ingénieur du son : Jean Rieul
  • Cadreurs : Alain Boisnard, Yves Rodallec
  • Scripte : Annie Maurel
  • Assistants réalisateur : Paul Nuyttens, Claude Vital, François Audiard, Robin Davis
  • Directeur artistique : Jean d'Eaubonne
  • Producteurs : Fernandel, Jean Gabin, Jean Le Duc, Angelo Rizzoli, Roer Sallard
  • Directeurs de production : Roger De Broin, Robert Sussfeld
  • Producteurs exécutifs : Alain Poiré
  • Société de production : Gaumont, Rizzoli Film
  • Distributeur : Gaumont
  • Distributeur (reprise ) :
  • Date de sortie (reprise) :
  • Editeur vidéo : René Chateau Vidéo (VHS, 1991), Gaumont Vidéo (2003), Gaumont (DVD, Blu-ray, 2012)
  • Date de sortie vidéo : 1991 (VHS), 2003 (DVD),22 août 2012 (Blu-ray)
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 2 050 211 entrées / 487 612 entrées
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Classification : Tous publics, anciennement Interdit aux moins de 18 puis 13 ans
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleur (Eastmancolor) / Mono
  • Festivals :
  • Illustrateur/Création graphique : © Charles Rau. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1968 Gaumont. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse :
Note des spectateurs :

A mi-chemin entre polar sérieux et comédie, Le pacha est surtout partagé entre vieux cinéma de papa et volonté d’aller vers davantage de modernité. Lautner ne choisit pas et livre donc une œuvre de transition inaboutie, mais très plaisante.

Synopsis : Le commissaire Joss est douloureusement affecté par la mort de son collègue Gouvion, survenue au cours d’un hold-up. Pour venger son ami, il invente le coup du siècle : il met deux bandes sur la même affaire et les laisse s’entretuer. Une fois le Milieu parisien épuré, Joss partira à la retraite, le coeur apaisé.

Jean Gabin face à la modernité : le choc des générations

Critique : Au cours de l’année 1967, les complices Albert Simonin, Michel Audiard et Georges Lautner qui ont déjà collaboré sur les mythiques Tontons flingueurs (1963) et Les barbouzes (1964) se retrouvent pour signer l’adaptation du roman de série noire de Jean Delion (pseudonyme de Jean Laborde) intitulé Pouce. Cette fois-ci, le trio tient à s’orienter vers davantage de sérieux, même si les dialogues comportent encore bon nombre de répliques destinées à devenir culte. Pour l’unique fois de sa carrière, Jean Gabin décide de se lancer dans l’aventure avec une équipe qu’il ne connaît pas du tout, si l’on excepte son dialoguiste préféré, à savoir Michel Audiard. Effectivement, Gabin avait pour habitude de tourner avec ses équipes et ses réalisateurs attitrés, tandis que Lautner, lui aussi, souhaitait toujours conserver sa famille de cinéma. Finalement, Le pacha (1968) constitue bien un choc générationnel entre une star incarnant l’ancien monde et une jeune équipe pénétrée des interrogations de son temps. En cela, le film se fait l’écho des troubles agitant la société française de l’époque. Le commissaire, incarné par un Jean Gabin fatigué, symbolise à lui tout seul un monde où policiers et truands étaient clairement définis, où l’ordre était maintenu au risque du dérapage constant vis-à-vis des droits des individus. Par opposition, la jeune équipe de tournage confronte Gabin à un monde moderne qui le dépasse (décor futuriste et high tech du commissariat, boîte de nuit psychédélique où viennent danser des hippies). C’est cette confrontation entre deux univers radicalement différents qui fait tout le sel de ce long-métrage développant par ailleurs une classique intrigue policière. Finalement, on peut regretter le choix de Jean Gabin dans le rôle principal, car l’acteur a sans aucun doute bridé la créativité d’un Lautner que l’on sent en verve. Ainsi, les effets de montage dans la boîte de nuit sont audacieux, de même que les gros plans au grand angle qui déforment les visages, mais on se doute que cela ne fut guère du goût de la star vieillissante.

Photo de Le Pacha (Gaumont)

© 1968 Gaumont. Tous droits réservés.

Débutant par une scène de casse hautement fantaisiste, mais cinématographiquement efficace, Le pacha perd de sa spontanéité et de son dynamisme dès que Gabin apparaît. Si celui-ci est bien évidemment impeccable, il n’en demeure pas moins routinier dans son jeu alors qu’il est confronté à une jeune garde plus moderne – le naturel de Dany Carrel et le flegme d’André Pousse font merveille. Osant montrer une police qui tabasse les suspects – notamment lorsqu’ils sont maghrébins – et un commissaire qui finit par faire justice lui-même en exécutant de sang-froid son ennemi juré, Le pacha s’inscrit dans un nouveau cinéma plus radical et plus violent, directement influencé par les Etats-Unis. En cela, il anticipe la plupart des polars que tourneront Alain Delon et Jean-Paul Belmondo dans les années 70. Toutefois, cette marque de modernité est sans cesse contredite par la présence de Gabin qui tire l’ensemble vers un certain cinéma de papa, comme on l’a souvent désigné de manière trop méprisante.

Le Pacha, blu-ray, DVD et VHS. Un film de George Lautner, avec Jean Gabin

Une musique de Serge Gainsbourg originale pour l’époque

Ici, le plaisir n’est pas tant à rechercher dans l’intrigue, vraiment basique, que dans l’efficacité de la réalisation et dans le plaisir d’écouter des dialogues très écrits. On notera ainsi plusieurs répliques culte dont notre préférée reste : Je pense que quand on mettra les cons sur orbite t’as pas fini de tourner ! Signalons enfin l’excellente partition musicale de Serge Gainsbourg à base de percussions agressives. Sa chanson Requiem pour un con est à la fois un parfait résumé de l’intrigue du film, mais aussi un hymne ironique retranscrivant parfaitement l’ambiance générale d’une œuvre à la lisière entre comédie et drame authentique.

Lors de sa sortie en mars 1968, le métrage a connu de nombreux problèmes avec la censure car on ne plaisante pas à l’époque avec l’image de la police. Le film a écopé d’une lourde interdiction aux moins de 18 ans pendant les deux premières semaines d’exploitation, avant de finalement obtenir un visa « interdit aux moins de 13 ans ». Aujourd’hui, Le pacha est bien entendu tout public et sa lourde interdiction d’alors est bien le symbole d’une époque assez répressive. La chanson de Gainsbourg a également fait les frais de cette sévérité de la censure sous de Gaulle puisqu’elle fut interdite de diffusion à la radio pour cause de vulgarité. Cet acharnement n’a pourtant pas empêché Le pacha d’être un succès avec plus de 2 millions d’entrées sur toute la France, se hissant à la 17ème place du podium annuel.

Critique de Virgile Dumez

Affiche du film Le Pacha

© 1968 Gaumont. Tous droits réservés.

Box-office Le Pacha

Retour au polar pour Jean Gabin dans  Le Pacha. Sorti le 13 mars 1968, avec une interdiction aux moins de 18 ans pendant quelques jours, le film obtient logiquement la première place du box-office parisien avec 80 140 spectateurs. Le Lautner est alors à l’affiche du Paris, du Français, du Mont-Rouge, du Wepler et du Saint-Michel. Il se permet de détrôner Le Bon, la Brute et le Truand, qui chute à la 2e place pour sa deuxième semaine. Le classement compte aussi des films comme Alexandre le Bienheureux en 4e place, Dans la chaleur de la nuit en 5e, ou encore la reprise de Jeux interdits en 9e place.

Au cinéma Le Français, ce sont 20 200 spectateurs qui ont accouru pour profiter des nouveaux exploits de Jean Gabin, ce qui est le meilleur score hebdomadaire pour une salle de la capitale. Le Paris accueille 20 000 spectateurs et le Wepler 18 310 : carton plein pour l’acteur.

La deuxième semaine, avec une interdiction moindre (moins de 13 ans), voit le film se maintenir avec 53 280 spectateurs. Le film rétrograde en 2e position, derrière une arrivée très attendue : celle du Petit Baigneur avec Louis de Funès.

Dans la chaleur de la nuit, l'affiche

© 1967 The Mirisch Corporation / Affiche d’après une illustration de Paul Crifo. Tous droits réservés.

La sortie de Le Pacha et du Petit Baigneur marque une autre actualité brûlante. Le distributeur Prodis profite de l’occasion pour faire la promotion du Tatoué, comédie avec Louis de Funès et Jean Gabin, réalisée par Denys de La Patellière, qui sortira quelques mois plus tard, en septembre 1968, pour un succès bien plus important, puisqu’on évoque alors 3 200 000 spectateurs.

En troisième semaine parisienne, Le Pacha se positionne en 3e place avec 39 202 spectateurs. L’entrée de Police sur la ville en numéro 1 le fait glisser d’une place. Il rétrograde de nouveau d’une place en 4e semaine et se retrouve donc 4e avec 34 620 spectateurs. Cette fois-ci, ce sont deux entrées qui le doublent : Le Point de non-retour et Helga.

Très beau maintien en 4e place, en 5e semaine avec 35 360 spectateurs. La seule nouveauté de la semaine se place derrière lui. Il s’agit de Danger : Diabolik, qui débarque en 5e position avec 27 000 spectateurs.

Au total, pour sa première exclusivité parisienne, Le Pacha restera six semaines à l’affiche. En fin de carrière nationale, cette production Fernandel-Gabin recense 2 050 000 spectateurs, ce qui le place davantage dans la moyenne du précédent Gabin, Le Soleil des voyous de Jean Delannoy (2 149 000 pour une sortie en juin 1967).

Box-office par Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 13 mars 1968

Affiche du film Le Pacha avec Jean Gabin et Dany Carrel

© 1968 Gaumont / Illustrateur : Charles Rau

Biographies +

Georges Lautner, Jean Gabin, Frédéric de Pasquale, Louis Seigner, Dany Carrel, Jean Gaven, André Weber, Félix Marten

 

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