Grand classique du film de guerre britannique, Zoulou de Cy Endfield bénéficie d’un scénario équilibré, d’images sublimes et d’une vision progressiste qui lui permet d’éviter le piège du pamphlet colonialiste. Un grand moment de cinéma épique.
Synopsis : Afrique du Sud, 1879. Au lendemain d’une cinglante défaite anglaise, un régiment britannique soutient un siège de deux jours face à une armée de 4000 guerriers zoulous.
Zoulou, la première production de l’acteur Stanley Baker
Critique : Au début des années 60, l’acteur britannique Stanley Baker envisage sérieusement de passer à la production, encouragé pour son ami Joseph Losey. Il trouve un associé en la personne d’un autre Américain exilé à la suite de la liste noire du sénateur McCarthy, le réalisateur Cy Endfield, avec qui il a déjà tourné plusieurs films. Baker et Enfield créent donc la Diamond Films et leur premier projet commun n’est autre que Zoulou (1964).
Le sujet, pour le moins original, est tiré d’un article de John Prebble qui évoque la bataille de Rorke’s Drift (1879) au cœur de la guerre anglo-zouloue, très rarement représentée au cinéma. Celle-ci a eu lieu juste après la terrible défaite britannique d’Isandhlwana dans la région du Natal (Afrique du Sud) et a opposé environ 140 soldats britanniques retranchés et plus de 4 000 zoulous. Il s’agit donc d’une bataille totalement asymétrique sur le plan des forces en présence.
Un budget serré garanti par l’Américain Joseph E. Levine
Pour recréer cette bataille, Cy Endfield retravaille l’histoire avec John Prebble pour la rendre plus cinématographique. Ainsi, la majeure partie de l’affrontement a eu lieu de nuit, mais les scénaristes ont préféré déplacer les événements les plus spectaculaires en plein jour afin de livrer une œuvre plus spectaculaire. Le problème majeur était de trouver un financement mais Stanley Baker a réussi à convaincre son ami producteur Joseph E. Levine de débourser une somme proche des deux millions de livres pour effectuer le tournage.
Au vu du sujet épique, cette somme n’est guère conséquente et il a fallu rogner sur de nombreux secteurs de dépenses pour pouvoir rendre Zoulou impressionnant. Ainsi, les intérieurs ont été réalisés en Angleterre dans les studios de Twickenham, tandis que l’essentiel des prises de vues ont eu lieu en Afrique du Sud, dans la région du Natal et plus précisément dans les montagnes Drakensberg. Là, en pleine nature sauvage, l’équipe a construit ex nihilo un village pour se loger durant les trois mois de tournage. Ils ont également obtenu le concours de plus de 400 zoulous qui ont compris que le film ne les rabaisserait pas.
Des progressistes au pays de l’apartheid
Toutefois, comme l’Afrique du Sud est alors en pleine politique d’apartheid, l’équipe a sans cesse été espionnée par le gouvernement pour vérifier qu’ils ne fraternisaient pas avec les populations autochtones. Effectivement, il n’était un secret pour personne que Cy Endfield et Stanley Baker étaient des progressistes de gauche et qu’ils ont équilibré leur script afin de renvoyer dos à dos les troupes anglaises et zoulous dans une critique générale de la sauvagerie humaine.
Loin d’être un film colonialiste, Zoulou entend demeurer neutre dans l’affrontement qui a eu lieu sur place en 1879. Mais l’empire zoulou est montré sans aucune condescendance de la part des auteurs. Les “indigènes” possèdent une culture à part, des coutumes, un véritable courage et un sens de l’honneur que l’on peut qualifier d’équivalent à celui des soldats britanniques engagés dans cette bataille apparemment perdue d’avance.
La révélation du grand Michael Caine
Durant la première heure, Cy Endfield présente les différents protagonistes, essentiellement du côté britannique, tout en faisant des incartades documentaires pour présenter au public occidental la culture des zoulous. Nous faisons ainsi la connaissance des deux chefs britanniques, l’un du génie interprété avec charisme par Stanley Baker et l’autre de l’infanterie joué par Michael Caine. On signalera au passage que ce fut le premier grand rôle du comédien au cinéma et que sa prestation lui a valu de devenir une star du jour au lendemain. Pourtant ses essais n’étaient guère concluants et il a fallu toute la ténacité de Baker et Endfield pour réussir à l’imposer à Joseph E. Levine qui n’en voulait pas.
Dans les seconds rôles, on trouve la star Jack Hawkins dans un total contre-emploi d’homme de foi ravagé par la peur de mourir, mais aussi des figures classiques du cinéma britannique de l’époque comme James Booth, Nigel Green ou encore Patrick Magee. Tous apportent leur savoir-faire impeccable à une production décidément fort valeureuse.
Des images somptueuses et une réalisation d’une grande fluidité
Sur le plan technique, le métrage bénéficie d’une magnifique photographie de Stephen Dade, d’un montage très efficace de John Jympson et d’une martiale musique de John Barry qui s’est inspiré des chants traditionnels zoulous pour composer son thème principal. Enfin, pour donner plus d’ampleur au spectacle, le réalisateur Cy Endfield a fait construire une girafe (l’équivalent d’une grue pouvant porter une caméra, mais construite avec les moyens du bord). Cela lui a permis de livrer des plans majestueux, effectuant de superbes panoramiques sur les paysages, tout en élevant ou abaissant sa caméra qui semble flotter dans les airs. Tout ceci dans une région qui était encore totalement sauvage à l’époque.
Ensuite, Zoulou ne décevra aucunement les amateurs de cinéma guerrier puisque la fameuse bataille dure plus d’une heure et vingt minutes, avec de nombreux affrontements sanglants, des assauts épiques, des corps à corps violents et une boucherie humaine qui confine à la barbarie. Bien entendu, il ne s’agissait aucunement de vanter les mérites de qui que ce soit, et certainement pas de la couronne britannique colonialiste.
Un film spectaculaire qui critique toute forme de guerre et d’impérialisme
Très équilibré, Zoulou insiste surtout sur l’absurdité de la guerre, mais aussi sur l’idée que les colons n’ont rien à faire sur cet espace déjà constitué sous forme d’un empire parfaitement organisé. A la fin, malgré la victoire des Britanniques, le sentiment qui domine est celui d’un dégoût généralisé face aux massacres orchestrés par les hommes. Cette noirceur du constat est saisissant et rejoint celui d’un film aussi sombre que Impitoyable (Clint Eastwood, 1992).
Réalisé de main de maître par un cinéaste alors en pleine possession de ses moyens, Zoulou est assurément une grande œuvre épique qui n’en demeure pas moins critique envers la colonisation et les conflits entre nations. Son progressisme, plutôt rare à l’époque, permet au long métrage de passer magnifiquement bien l’épreuve du temps car aucun protagoniste n’est rabaissé ou jugé.
Un triomphe britannique, moins vu en France
Sorti en grande pompe au Royaume-Uni au début de l’année 1964, Zoulou a été un triomphe dans la plupart des pays anglo-saxons et même aux Etats-Unis où il a performé. En France, le long métrage sort la semaine du 7 octobre 1964 et entre en 12ème position du classement hebdomadaire avec 66 350 combattants. En seconde septaine, le métrage réunit 42 552 soldats, puis 35 026 retardataires en troisième fournée.
Vers la mi-novembre, le métrage est parvenu à intéresser 222 888 spectateurs. Ensuite, à la mi-décembre, le film de guerre a franchi les 334 373 artilleurs. A une époque où l’exploitation des films durait fort longtemps puisque les copies passaient d’une région à l’autre, Zoulou est toujours à l’affiche fin janvier, cumulant 488 553 tickets. Début mars, la production britannique affiche 579 601 entrées à son compteur. Après plusieurs mois, Zoulou finit sa course avec 979 313 spectateurs français, échouant à atteindre la barre du million. Cela peut notamment s’expliquer par le fait que cette période historique est peu parlante pour le grand public français.
Un préquel tardif, totalement oubliable
Précisons enfin que le film a bénéficié bien plus tard d’un préquel intitulé L’Ultime attaque (Douglas Hickox, 1979), d’après un scénario de Cy Endfield et avec des stars comme Peter O’Toole et Burt Lancaster. Cette production tardive fut un échec public. D’ailleurs, par la suite, Zoulou n’a pas connu d’exploitation en VHS en France et il a fallu attendre 2002 pour que le long métrage refasse surface grâce au DVD. Aujourd’hui, il est présenté dans une copie splendide chez Rimini Editions.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 7 octobre 1964
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© 1964 Diamond Films LTD. / Affiche : Roger Soubie. Tous droits réservés.
