Marty Supreme, du prodige du tennis de table au film prodige, l’histoire d’une oeuvre totale, aussi surprenante que réjouissante. Josh Safdie au sommet de son art.
Synopsis : Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.
Critique : Premier long métrage en solo de Josh Safdie depuis The Pleasure of Being Robbed en 2007, Marty Supreme marque donc la rupture artistique du cinéaste d’avec son frère, Bennie, après quatre longs métrages coréalisés et coécrits ensemble. Bennie Safdie sortait d’ailleurs la même année son propre biopic en solo, sur un autre type de sportif , via The Smashing Machine, mais le succès critique fut moindre et le désintérêt du public au box-office fut une évidence.
Le divorce fratricide semble en tout cas avoir particulièrement réussi au grand frère, Josh, qui a littéralement explosé sur la scène internationale avec Marty Supreme, champion de ping et de pong. Cet effort remarquable lui a valu une reconnaissance des critiques posée à 89 sur Metacritic sur 58 papiers. La qualité est là. Elle est indéniable.
Lower East Side Boy
Le cinéaste qui avait côtoyé Martin Scorsese producteur pour Uncut Gems (2019, A 24, Netflix) retrouve ici une énième fois toute l’énergie, la gouaille et la flamboyance de New York qui l’inspire dans ses racines populaires, sa vitalité excessive, et son urgence de chaque instant, le New York des locaux, des quartiers et des petites gens dont les aventures personnelles sont à chaque fois hautes en couleur et démesurées.
Biopic d’un champion du tennis de table issu du Lower East Side, Marty Supreme s’attèle donc à revisiter, avec liberté et fantaisie, la vie de Marty Resiman, juif new-yorkais qui s’est émancipé par la raquette aux quatre coins du globe, quand la discipline était aux USA encore clandestine. La découverte d’un ouvrage du monsieur dans une brocante du quartier, va être le point de départ soudain d’un projet que Josh Safdie va développer pendant quelques années, avec son épouse, et en faire son œuvre la plus aboutie.

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Avec la boîte indépendante A24 à la production, le budget aurait pu être bas, mais la société derrière les succès de The Drama et Backrooms, accepte de mettre les billets sur la table. Marty Supreme a coûté plus de 60 millions de dollars, ce qui est une somme coquette pour une production indie inspirée par la vie d’un joueur de tennis de table des années 50. Elle paraît, dans la reconstitution historique et sa multiplicité de décors et de personnages, en avoir coûté plus.
Timothée Chalamet champion du monde
Pour cette aventure, le casting est royal. Timothée Chalamet, à peine sorti de la biographie musicale sur Bob Dylan, est un atout de poids qui va se livrer à un jeu impressionnant, Gwyneth Paltrow sort de sa retraite de comédienne, et les seconds rôles pullulent : Odessa A’zion, Abel Ferrara, le rappeur Tyler, the Creator sous son vrai nom Tyler Okonma, l’homme d’affaires et showman Kevin O’Leary, la “nounou d’enfer” Fran Drescher… Dans cette production dense, qui refuse les temps morts, le décor fourmille de noms et de figurants. Le tourbillon est constant : il rend les 2h30 de visionnage particulièrement fébrile, voire frénétique.
Josh Safdie douche tous les doutes dès les premières minutes. Son exercice biographique n’est pas académique. Ses lignes narratives sont toujours surprenantes et imprévisibles, certains en venant à lui reprocher une titktokisation de l’histoire, tant certains détours peuvent repousser l’intrigue principale. Ses personnages relèvent d’une psychologie complexe et excessive. La cinématographie est totale.
Des images et un score impressionnants
La réalisation puissante du cinéaste ne s’endort jamais, retrouvant la cadence syncopée de ses œuvres précédentes, mais avec une maestria que l’auteur n’avait jamais osé titillée à ce point. La jubilation esthétique (superbe photo de Darius Khondji), la grandiosité des décors pluriels occupent la rétine. La jubilation est de chaque instant alors que la musique s’installe sur des tonalités synthétiques et progressives des années 80 qui étonnent. Les vibrations vintage d’une Amérique post-guerre ne sont jamais envisagés par le compositeur Daniel Lopatin qui s’inspire des délires de Tangerine Dream des grands jours. Dès le générique, les emprunts aux tubes atmosphériques des années 80 jalonnent l’émotion cinématographique: Change des Tears for Fears, Forever Young d’Alphaville, Everybody’s Got to Learn Sometime des Korgis, The Perfect Kiss de New Order, This Is What You Want… This Is What You Get de groupe post-punk Public Image Ltd… Pour peu qu’on ait la sensibilité new-wave, la jouissance est inévitable.

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Pour filmer l’urgence d’accomplir ses rêves, Safdie épate par sa réalisation nerveuse
Loin de nous embarrasser d’un récit destiné aux seuls aficionados du ping-pong, Josh Safdie voit grand, élever le discours en donnant une urgence à cette histoire d’ambition hors du commun. Il s’attache à la psychologie complexe d’une petite frappe au verbe facile, prête à tout pour parvenir à concourir dans les championnats mondiaux, et ainsi échapper à une mère juive étouffante… Pas glorieux, le personnage qu’incarne Timothée Chalamet est un héros irritant, clown perpétuellement gesticulant, manipulateur et égoïste, mais dont le carburant intarissable le rend légitime comme protagoniste central de long métrage. L’acteur nommé à l’Oscar pour la 3e fois, après Call Me by Your Name et Un parfait inconnu, méritait la récompense suprême, dans son agilité athlétique, sa combustion permanente à l’écran. Son génie d’incarnation s’est malheureusement heurté à la surpromotion du comédien, qu’il a servie pendant des mois avant la cérémonie. Le jeune acteur en a trop fait dans la cool attitude s’aliénant les membres de l’académie des Oscars qui décideront de boycotter ce grand favori des Oscars : Marty Supreme, nommé 9 fois repartira sans récompenses, alors qu’il s’imposait comme une évidence au palmarès. Le script aux séquences hallucinées qui refusent d’embrasser les codes primaires de la success-story n’en était pas à son premier rebondissement. La chute de Marty Supreme aux Oscars a été le plus spectaculaire.
Box-office de Marty Supreme : l’avant et l’après zéro Oscar
La déconvenue au palmarès des Oscars a été un tournant brutal dans la carrière d’un film dont le succès patent (191M$ de recettes) a été stoppée en pleine ascension : tout le monde considérait les 200M$ comme acquis.
Distribué par A24 à la fin de l’année 2025 dans une poignée de salles clés pour pouvoir concourir aux remises de prix annuelles, le film de Josh Safdie ouvre en 9e place du week-end du 19 décembre 2025, avec 863 000$ dans seulement 6 salles… Le week-end post-Noël, il grimpe en 3e place, avec 15M$ dans 2 668 cinémas. Les chiffres sont si concluants qu’en 11 semaines, Marty Supreme a généré 95M$. Aux USA, les Oscars lui permettent d’espérer redémarrer sa carrière en 12e semaine, avec un gain de 647 écrans. Le film réduit à 127 000$ avant la cérémonie est mis hors jeu par les votes de l’Académie et cale à 268 000$. Marty Supreme ne sera pas seulement privé de statuettes, il sera surtout empêché d’atteindre la marche symbolique des 100M$, puisqu’il s’éteint définitevement à 96M$ à l’issue de sa 18e semaine à l’affiche.
Cette déconvenue a été surtout préjudiciable pour les marchés, comme la France, où le film dit à Oscars est sorti deux ou trois semaines avant la cérémonie, les distributeurs pensant pouvoir booster leur poulain grâce à la moisson des prix.
Des chiffres français empêchés
Metropolitan FilmExport lance Marty Supreme dans 512 cinémas le 18 février 2026, avec l’aide, en présentiel, de Timothée Chalamet qui joue le jeu des plateaux de télévision et des projections du film en sa présence. Le résultat est bon, avec une deuxième place encourageante (414 000 entrées). La deuxième semaine est moins concluante (235 000 entrées, 523 salles). Lors de la 3e semaine, passé à 694 écrans, Marty Supreme perd une place et occupe une 5e position à 135 000 entrées.
Lors de la semaine des Oscars, Metropolitan FilmExport qui a accompagné le film avec brio, déploie 1 033 cinémas et le film se maintient à 95 000 entrées. Malheureusement, l’échec aux Oscars met un terme aux espoirs du distributeur qui en tirera à peine 100 000 entrées supplémentaires, pour un total décevant de 1 017 000 entrées. Certes, pour Metro, c’est l’un des ses meilleurs scores en dix ans, mais les efforts promotionnels ont été tels que l’on ressort toutefois déçus de cette fin de carrière. Au moins, le distributeur a pu compter sur l’exploitation vidéo, en DVD, Blu-ray et UHD, ainsi qu’en VOD. Lors de son lancement, Chalamet a pris la tête du classement hebdo de la Vàd de Vidéofutur, détrônant Scream 7…
Après les USA (96M$), le Royaume-Uni (22M$), la France est néanmoins le troisième marché mondial de Marty Supreme (8.8M$), suivi par l’Australie (6.9M$) et l’Allemagne (6.3M$).
Les sorties de la semaine du 18 février 2026

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Test vidéo 4K Ultra HD de Marty Supreme
Le film paraît trois mois après son apparition dans les salles français, avec notamment une édition steelbook qui combine l’UHD et une galette blu-ray. Notre analyse a été réalisée à partir d’une galette 4K test non finalisée.
Packaging & suppléments : 2.5 / 5
On n’évaluera pas le packaging, n’ayant pas eu l’emballage définitif en mains.
Les bonus proposés sur le disque sont canoniques et reprennent ceux de l’édition américaine d’A24. L’édition blu-ray et UHD comporte un commentaire audio sous-titré du réalisateur qui maîtrise bien l’exercice et partage ses connaissances sur le casting du film, les décors et ses choix de réalisation. Le making-of de 19min forme un tout appréciable et évite l’exercice promotionnel vain. Il est aussi présent en version courte de 8min dans la partie dite “promotionnelle”.
On ne voit toujours pas l’intérêt de la présence du test caméra de Chalamet et Paltrow que l’on estime anecdotique, tout comme les éléments promotionnels. Il s’agit d’une première sortie en vidéo avant une édition collector future… Les films culte ne meurent jamais.
Image : 4.5 / 5
L’UHD (Dolby Vision HDR) propose une retranscription gratifiante du long métrage tourné essentiellement en pellicule. Cet aspect devenu rare pour des nouveautés peut surprendre notamment avec l’apparition ponctuelle de quelques anicroches qui auraient pu être lavées. Cela n’enlève rien à l’éclatante beauté de l’image qui dispose d’une texture singulière.
La copie d’une colorimétrie pointue, profite d’un contraste qui appuie certaines touches de couleurs et approfondit les noirs. L’apport de la Dolby Vision est évident.
Du bel ouvrage.
Son : 5 / 5
Le film est décliné en Dolby Atmos VOSTF et VF. Le doublage de qualité ne rebutera pas les habitués. Dans les deux cas, les voix fondent bien dans un environnement musical pourtant prépondérant. La force des deux pistes repose sur la mise en relief de la bande-son, ébouriffante. Un régal sensoriel.

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Fiche artistique et technique
- Réalisateur : Josh Safdie
- Acteurs : Gwyneth Paltrow, Abel Ferrara, Emory Cohen, Timothée Chalamet, David Mamet, Odessa A’zion, Kevin O’Leary, Sandra Bernhard, Tyler Okonma (Tyler, the Creator)
- Date de sortie : 18 Fév 2026 – Année de production : 2026
- Nationalité : Américain
- Titre original : Marty Supreme – Titres alternatifs : Marty Supremo (Mexique, Amérique latine), Marty Suprem (Roumanie), Wielki Marty (Pologne), Velký Marty (République Tchèque), Muhteşem Marty (Turquie)
- Casting : Timothée Chalamet, Larry ‘Ratso’ Sloman, Mariann Tepedino, Odessa A’zion, Ralph Colucci, Devorah Shubowitz, Tyler the Creator, George Gervin, Luke Manley, Marinel Tinnirello, Fran Drescher, Sandra Bernhard, Emory Cohen, John Catsimatidis, Géza Röhrig, Koto Kawaguchi, Nick Waplington, Nikhil Gowda, Keith Kirkwood, Conn Horgan, Joshua Bennett, Timo Boll, Mahadeo Shivraj, Pico Iyer, John Keating, Ed Malone, Roddy O’Hehir, Michael Cummings, Gwyneth Paltrow, Kevin O’Leary, Harvey Shield, Diego Schaaf, Sho Miyazaki, Andy Kai Nagashima, Dennis Creaghan, Francis Dumaurier, Kemba Walker, Tracy McGrady, Musto Pelinkovicci, Marius Tanase, Philippe Petit, Donato P. Daddario, Frankie Carbone, Lizzi Bougatsos, Lucas Z. Heinrich, Johnny Engle, Jimmy Lindquist, Abel Ferrara, Ammo, Todd Vulpio, Johnny Zito, Stephen Dachtera, Brian Marks, Kevin Eccleston, Richard Schlossbach, Emilio El Kilani, Isaac Simon, Cody Kostro, George J. Katsiavos, Levon Hawke, Spenser Granese, Hailey Gates, Patrick Wiki Morales, Ted Williams, Alison Bartlett, Fred Hechinger, David Mamet, Jake Braff, Bill Buell, Naomi Fry, Paul Grimstad, Barry Daniels, Roman Persits, Garrett Hermann, Penn Jillette, Linda Malamy, Mitchell Wenig, Ronald Bronstein, Edward Puydak, Hector Diaz, Isaac Mizrahi, Kevin Loreque, Joseph Cappiello, Joseph Jankauskas, Joris Stuyck, Dante Fiallo, Nancy Shankman, Chris Nelson, Eric Rampulla, Randy Credico, Bob Rubin, Michael A. Sollecito, Cheryl Flowers-Briggs, Rory Gevis, Mia Humberd-Hilf, Brian Sexton, Rick Garlick, Shingo Aiba, Yasu Suzuki, Tatsuo Ichikawa, Mark Okita, Joe Matsumura, Rei Ogaki, Anna Melody, Ryuku Kina, Jota Ito, Hideyuki Yamashiro, Tony Crosbie, Mahmoud Osfour, Kojun Natsu, Sadaharu Matsushita, Gao Ogawa, Tomoki Urabe, Charles Glover, Etsuko Enami, Koji Oribe, Johnnie Yamamoto, Nick Wood, Susan Lazarus, Rae Maddren, Carolyn Gershenson
- Scénariste(s) : Ronald Bronstein, Josh Safdie
- Compositeur : Daniel Lopatin
- Directeur de la photographie : Darius Khondji
- Monteurs : Ronald Bronstein, Josh Safdie
- Directrice de casting : Jennifer Venditti
- Chef décorateur : Jack Fisk
- Superviseur des effets spéciaux : Eran Dinur
- Chef costumier : Miyako Bellizzi
- Assistants réalisateurs : Jeremy Marks, Stephen A. Pope
- Producteurs : Ronald Bronstein, Eli Bush, Timothée Chalamet, Anthony Katagas – Coproducteurs : Maiko Endo, Samson Jacobson, John Paul Lopez-Ali – Producteurs exécutifs : Timo Argillander, Joe Guest, Sara Rossein, Andrea Scarso
- Sociétés de production : A24, Central Group, Central Pictures, IPR.VC
- Distributeurs : Metropolitan FilmExport (France), A24 (USA) – Editeur vidéo : Metropolitan FilmExport – Date de sortie vidéo : 19 juin 2026 (DVD, Blu-ray, Combo BD/UHD Steelbook)
- Formats : 2.39 : 1 / Couleur, Noir et blanc (35mm, 70mm, D-Cinema / Dolby Atmos, DTS 70 mm
- Classification / Visa : Tous publics / 166654
- Box-office France / Paris-Périphérie : 1 017 575 entrées / 447 565 entrées – Box-office nord-américain / monde : 138 553 364$ / 191 654 922$
- Festival : New York Film Festival (USA, 2025) – 289 Nominations dont 9 nominations aux Oscars (2026), 3 nominations aux Golden Globes (2026), 11 nominations aux BAFTA (2026), 6 nominations aux Astra Film Awards (2026) – 43 Récompenses dont Meilleur acteur (Thimothee Chalamet, Astra Awards et Golden Globes 2026)
- Illustrateur/Création graphique : © BLT Communications, LLC
- Crédits : © 2025 A24 Distribution, Inc., © International Table Tennis Federation. All Rights Reserved.
- Attachés de presse : Delphine Olivier et Alexis Rubinowicz
- Tagline : Rêve en grand