Trois couleurs : Rouge – la critique du film (1994)

Drame | 1h39min
Note de la rédaction :
10/10
10
Affiche de Trois couleurs : Rouge de Kieslowski

  • Réalisateur : Krzysztof Kieślowski
  • Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Juliette Binoche, Samuel Le Bihan, Julie Delpy, Roland Carey, Irène Jacob, Jean-Pierre Lorit, Benoît Régent, Zbigniew Zamachowski
  • Date de sortie: 14 Sep 1994
  • Année de production : 1994
  • Nationalité : Français, Polonais, Suisse
  • Titre original : Trois couleurs : Rouge
  • Titres alternatifs : Three Colors: Red (titre international) / Den röda filmen (Suède) / Tres colores: Rojo (Espagne) / Três Cores: Vermelho (Portugal) / Trzy kolory: Czerwony (Pologne) / Rød (Norvège) / Tre colori - Film rosso (Italie) / Három szín: piros (Hongrie) / Drei Farben - Rot (Allemagne) / A Fraternidade é Vermelha (Brésil)
  • Autres acteurs : Frédérique Feder, Marion Stalens, Teco Celio, Bernard Escalon
  • Scénaristes : Krzysztof Kieślowski, Krzysztof Piesiewicz
  • Monteur : Jacques Witta
  • Directeur de la photographie : Piotr Sobociński
  • Compositeur : Zbigniew Preisner
  • Cheffe Maquilleuse : Nathalie Tanner
  • Chef décorateur : Claude Lenoir
  • Directeur artistique : -
  • Producteur : Marin Karmitz
  • Producteurs exécutifs : Yvon Crenn
  • Sociétés de production : MK2 Productions, France 3 Cinéma, CED Productions, CAB Productions, Tor Production (Zespol Filmowy "Tor")
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Distributeur reprise : Potemkine Films
  • Date de sortie reprise : 6 octobre 2021
  • Editeurs vidéo : MK2 (DVD, 2001, 2004, 2008) / Potemkine Films (uniquement en coffret blu-ray et 4K UHD, 2021)
  • Dates de sortie vidéo : 23 novembre 2001 (DVD) / 2 juin 2004 (DVD) / 13 novembre 2008 (DVD) / 7 décembre 2021 (uniquement en coffret blu-ray et 4K UHD)
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 821 025 entrées / 254 543 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : 3 581 969 $
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby SR, Dolby Digital
  • Festivals : Festival de Cannes 1994 : compétition officielle / Festival du film de New York 1994 : sélection
  • Nominations : Oscars 1995 : Meilleur réalisateur, Meilleur scénariste, Meilleure photographie / César 1995 : Meilleur film, Meilleur acteur pour Jean-Louis Trintignant, Meilleure actrice pour Irène Jacob, Meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur son / Golden Globes 1995 : Meilleur film étranger
  • Récompenses : César 1995 : Meilleure musique pour Zbigniew Preisner
  • Illustrateur/Création graphique : © Yeti (agence, affiche de 1994) ; Kensuke Koike (affiche reprise 2021). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © MK2. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachée de presse : Eva Simonet
  • Tagline : Une trilogie de Krzysztof Kieślowski
  • Franchise : 3ème film de la trilogie Trois couleurs
Note des spectateurs :

Trois couleurs : Rouge est une œuvre magnifique aussi bien sur le plan esthétique que thématique, un bijou qui constitue le testament de Kieslowski, auteur majeur de la fin du 20ème siècle. Indispensable.

Synopsis : Rouge, comme la Fraternité. Mais quelle fraternité entre tous les personnages du film, qui s’entrecroisent sans jamais se trouver ? Surtout entre ces deux-là : une jeune étudiante et un vieux juge misanthrope aigri, reclus dans un quartier résidentiel de Genève, qui espionne ses voisins. Pourtant, Valentine apprivoise peu à peu Joseph, ou bien est-ce le contraire ? Un lien se tisse lentement, et Joseph se risque même à des confidences, au fond d’un théâtre vide…

L’aboutissement d’une superbe trilogie

Critique : Après avoir enchaîné les tournages de Trois couleurs : Bleu et Trois couleurs : Blanc du jour au lendemain, le cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski s’est offert cette fois-ci une courte pause avant de rejoindre le plateau de Trois couleurs : Rouge situé en Suisse dans le canton de Genève. Toutefois, le réalisateur doit encore travailler sur la finalisation de Blanc tandis qu’il effectue les prises de vue de ce troisième volet d’une trilogie financée par Marin Karmitz et portant sur la devise Liberté, égalité, fraternité.

Ainsi, après avoir exploré la liberté et l’égalité, Kieslowski nous amène à réfléchir à la fraternité à travers une histoire très particulière fondée sur les hasards et les coïncidences, mais aussi sur une étrange boucle temporelle. Toujours secondé par son coscénariste Krzysztof Piesiewicz, Kieslowski retrouve ici des thématiques qui ont été maintes fois abordées précédemment dans son œuvre. Notamment, il revisite des éléments qui étaient déjà au cœur du Hasard (1981), mais aussi de certains épisodes du Décalogue (1988) ou de La double vie de Véronique (1991).

Une histoire complexe où pointe un paradoxe temporel

Il n’est donc pas étonnant de retrouver au cœur de ce nouveau film l’actrice Irène Jacob qui a illuminé les images de La double vie de Véronique, avec lequel Rouge entretient des relations de gémellité. Tout d’abord, sur le plan purement esthétique, Trois couleurs : Rouge est à nouveau marqué par une photographie très élaborée (signée ici du génial Piotr Sobociński), ainsi que d’une réalisation très étudiée qui ne laisse rien au hasard. Disposant d’une grue et de décors naturels superbes, Kieslowski se fait plaisir en échafaudant des plans très compliqués. Sa caméra se faufile absolument partout, suivant dès l’introduction des fils de téléphone jusque sous la mer, mais pénétrant aussi dans des appartements par les fenêtres ouvertes. Cette virtuosité technique impeccable n’est aucunement démonstrative, mais renforce l’idée de pénétration de l’extérieur dans un univers intime.

Après tout, l’intrigue ne nous place-t-elle pas face à un vieux juge qui passe son temps à espionner ses voisins par des écoutes téléphoniques ? Son intrusion dans l’intimité des autres va être interrompue par l’arrivée inopinée d’une jeune femme ayant malencontreusement écrasé le chien du juge. Certes, la rencontre initiale se passe mal, mais ces deux êtres aux caractères et aux âges si différents vont finir par tisser des liens d’amitié qui pourraient bien être de l’amour si le poids des années ne se faisait pas sentir.

Parallèlement à cette histoire centrale, le spectateur est invité à suivre la destinée d’un jeune juge qui ne cesse de croiser l’héroïne sans lui prêter attention. Petit à petit, le spectateur vient à penser que cet homme d’une trentaine d’années pourrait bien être une version jeune du vieux briscard. Dès lors, Trois couleurs : Rouge se teinte de fantastique en nous invitant à un étrange jeu de miroir entre passé, présent et paradoxe temporel.

Duel entre deux conceptions opposées de l’existence

Sorte de huis-clos qui ne revêt jamais un caractère artificiel malgré des dialogues très écrits, Trois couleurs : Rouge s’appuie bien entendu sur des acteurs d’exception. L’affrontement verbal entre Irène Jacob, incarnation de la pureté et de l’innocence et Jean-Louis Trintignant, vieux monsieur bougon revenu de tout, tient de la pure dialectique. On imagine aisément l’auteur dialoguer avec lui-même, tentant de confronter son optimisme forcené à sa part grandissante de pessimisme liée à son âge. Dans ce match, le spectateur n’a même pas vraiment envie de prendre parti puisque les deux ont leur part de vérité, l’une incarnant la foi en la vie, et l’autre la défiance en l’être humain. L’ensemble s’avère absolument passionnant.

Trois couleurs : Rouge, l'affiche de la reprise de 2021

© 1994 MK2 Productions – France 3 Cinéma – CAB Productions – Zespol Filmowy “Tor” / Affiche : Kensuke Koike. Tous droits réservés.

Il faut dire que loin d’être théorique, Trois couleurs : Rouge n’oublie jamais de raconter une histoire touchante, faite de rencontres entre des êtres écorchés par l’existence et qui vont apprendre à s’apprivoiser pour parvenir à atteindre la fameuse fraternité tant recherchée.

Trois couleurs : Rouge, un bijou esthétique inoubliable

D’une très grande beauté esthétique, Trois couleurs : Rouge bénéficie notamment d’une photographie magnifique et d’un très sensuel thème musical de Zbigniew Preisner sous la forme d’un boléro langoureux. La multiplication de rimes visuelles contribue également fortement à l’impression de complétude du long métrage qui peut apparaître comme un pur accomplissement artistique pour le génial Kieslowski. Si Trois couleurs : Bleu est le film le plus célèbre du réalisateur par son lyrisme, on a le droit de lui préférer ce troisième opus plus intimiste, mais qui paraît encore plus personnel.

Présenté en compétition au Festival de Cannes en mai 1994, Trois couleurs : Rouge en est malheureusement reparti bredouille. Toutefois, Krzysztof Kieslowski a affolé la planète cinéma en annonçant lors de la conférence de presse cannoise son intention d’arrêter la réalisation pour pouvoir enfin profiter de la vie. Le réalisateur se déclare épuisé par l’expérience Trois couleurs. Et de fait, Rouge fut sa toute dernière œuvre avant qu’il ne décède en mars 1996 à la suite d’une opération du cœur ratée. L’auteur n’avait d’ailleurs pas respecté son vœu puisqu’il avait eu le temps de rédiger les scripts d’une nouvelle trilogie intitulée Paradis, Enfer et Purgatoire. Ces écrits ont ensuite été adaptés au cinéma par d’autres réalisateurs comme Tom Tykwer (Heaven, 2002) ou encore Danis Tanovic (L’enfer, 2005).

Une sortie lors d’une semaine chargée

Après le triomphe de Trois couleurs : Bleu et la légère déception de Trois couleurs : Blanc, Rouge devait s’imposer le mercredi 9 septembre 1994 face à des mastodontes comme Léon, le nouveau Luc Besson, mais aussi le très hollywoodien Wolf (Mike Nichols) avec Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer. Le film intimiste démarre plutôt bien avec 72 297 Parisiens et un total de 196 535 spectateurs sur 153 sites le diffusant. En deuxième semaine, c’est Le colonel Chabert (Yves Angelo) qui débarque dans les salles, pouvant séduire un public similaire. MK2 pousse son poulain en accentuant le nombre de copies et parvient à limiter sa chute.

Toutefois, Trois couleurs : Rouge dévisse un peu et entame donc sa descente. En quinze jours, il en est déjà à 355 797 entrées, ce qui prouve que le film fera nécessairement mieux que Blanc. En troisième septaine, Trois couleurs : Rouge se maintient plutôt bien et atteint déjà les chiffres terminaux de Blanc en approchant des 500 000 tickets.

Des critiques élogieuses, mais peu de récompenses au final

Tandis qu’en région parisienne le métrage atteint les 174 000 entrées en un mois, il commence à se stabiliser en province où il va poursuivre sa carrière durant plusieurs semaines à un niveau tout à fait honorable. Ainsi, début novembre, le drame intimiste dépasse les 700 000 tickets vendus et il continue à survivre jusqu’au mois de décembre où ses chiffres se stabilisent au-delà des 800 000 entrées. Il s’agit donc du deuxième plus gros succès du cinéaste sur notre territoire, après Trois couleurs : Bleu.

Honneur suprême, Trois couleurs : Rouge a reçu trois nominations aux Oscars en 1995 pour sa réalisation, sa photographie et son scénario, avant d’être nominé également aux César où il ne remporte que le Prix de la meilleure musique. Après avoir été surtout exploité en DVD, Trois couleurs : Rouge a eu le droit à une reprise en salles en 2021 par Potemkine qui en a profité pour éditer la trilogie dans un superbe coffret 4K UHD qu’on vous conseille fortement. Il permet effectivement de célébrer comme il se doit l’un des plus grands auteurs de la fin du 20ème siècle.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 14 septembre 1994

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Affiche de Trois couleurs : Rouge de Kieslowski

© 1995 MK2 Films. Tous droits réservés.

Biographies +

Krzysztof Kieślowski, Jean-Louis Trintignant, Juliette Binoche, Samuel Le Bihan, Julie Delpy, Roland Carey, Irène Jacob, Jean-Pierre Lorit, Benoît Régent, Zbigniew Zamachowski

Mots clés

Drame psychologique, MK2, Festival de Cannes 1994, Oscars 1995, Les personnes âgées au cinéma

 

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