Trois couleurs : Blanc – la critique du film (1994)

Comédie dramatique | 1h32min
Note de la rédaction :
7/10
7
Trois couleurs : Blanc, l'affiche

  • Réalisateur : Krzysztof Kieślowski
  • Acteurs : Juliette Binoche, Julie Delpy, Florence Pernel, Zbigniew Zamachowski, Janusz Gajos, Jerzy Stuhr
  • Date de sortie: 26 Jan 1994
  • Année de production : 1994
  • Nationalité : Français, Polonais, Suisse
  • Titre original : Trois couleurs : Blanc
  • Titres alternatifs : Three Colors: White (titre international) / Den vita filmen (Suède) / Tres colores: Blanco (Espagne) / Três Cores: Branco (Portugal) / Trzy kolory: Biały (Pologne) / Hvit (Norvège) / Tre colori - Film bianco (Italie) / Három szín: fehér (Hongrie) / Drei Farben - Weiß (Allemagne) / Blanc (Chili) / A Igualdade é Branca (Brésil)
  • Autres acteurs : Aleksander Bardini, Grzegorz Warchol, Cezary Harasimowicz, Jerzy Nowak
  • Scénaristes : Krzysztof Kieślowski, Krzysztof Piesiewicz, avec la collaboration de Agnieszka Holland, Edward Zebrowski, Edward Kłosiński
  • Monteuse : Urszula Lesiak
  • Directeur de la photographie : Edward Kłosiński
  • Compositeur : Zbigniew Preisner
  • Cheffes Maquilleuses : Jadwiga Cichocka, Jolanta Pruszynska
  • Chefs décorateurs : Halina Dobrowolska, Claude Lenoir
  • Directeur artistique : -
  • Producteur : Marin Karmitz
  • Producteur exécutif : Yvon Crenn
  • Sociétés de production : MK2 Productions, France 3 Cinéma, CED Productions, Eurimages, CAB Productions, Zespol Filmowy "Tor"
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Distributeur reprise : Potemkine Films
  • Date de sortie reprise : 6 octobre 2021
  • Editeurs vidéo : MK2 (DVD, 2001, 2004 et 2008) / Potemkine Films (uniquement en coffret blu-ray et 4K UHD, 2021)
  • Dates de sortie vidéo : 23 novembre 2001 (DVD) / 2 juin 2004 (DVD) / 1er mars 2008 (DVD) / 7 décembre 2021 (uniquement en coffret blu-ray et 4K UHD)
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 479 574 entrées / 170 579 entrées
  • Box-office nord-américain : 1 237 219 $ (soit 2 590 000 $ au cours de 2024)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby SR, Dolby Digital
  • Festivals : Festival international du film de Berlin 1994 : en compétition officielle / Festival international du cinéma de Huesca 1994 : en compétition /
  • Nominations : Prix du cinéma européen 1994 : Meilleur film / Chicago Film Critics Association Awards 1995 : meilleur film en langue étrangère
  • Récompenses : Festival international du film de Berlin 1994 : Ours d'argent du meilleur réalisateur pour Krzysztof Kieślowski
  • Illustrateur/Création graphique : © Yeti (affiche 1994) ; Kensuke Koike (affiche reprise 2021). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © MK2 Productions, France 3 Cinéma, CED Productions, Eurimages, CAB Productions, Zespol Filmowy "Tor". Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachées de presse : Eva Simonet, Laurette Monconduit
  • Tagline : Une trilogie de Krzysztof Kieślowski
  • Franchise : 2ème film de la trilogie Trois couleurs
Note des spectateurs :

Moins marquant que les autres segments de la trilogie, Trois couleurs : Blanc est pourtant un long métrage intéressant, mais qui pâtit d’une esthétique plus réaliste et d’un ton parfois hésitant entre comédie et drame intellectuel. Il est toutefois passionnant à redécouvrir de nos jours.

Synopsis : Blanc, comme l’égalité. Mais quelle égalité pour Karol, jeté dehors par son épouse, Dominique, française, qui demande le divorce, le trompe ? Agressé à l’aéroport, à peine de retour de Pologne, il retrouve son frère, lui aussi coiffeur. A la porte, un néon : « L’Europe, quoi ». Dans cette Pologne en mutation des années 1990, Karol se lance dans les affaires, s’improvise nouveau capitaliste. Il entreprend surtout de se venger de Dominique et conçoit un plan machiavélique. Mais la machine s’enraye…

Un deuxième volet dont le tournage a immédiatement suivi celui de Bleu

Critique : Projet pharaonique porté par le producteur français Marin Karmitz, la trilogie Trois couleurs initiée par le cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski était un sacré défi pour toute l’équipe. Il s’agissait de tourner trois films d’un seul coup, avec des équipes techniques différentes, mais un seul maître d’œuvre à bord d’un navire qui pouvait chavirer à n’importe quel instant. Le risque encouru était énorme, à l’image de l’investissement colossal des producteurs.

Ainsi, une seule journée a séparé la fin du tournage de Trois couleurs : Bleu du premier tour de manivelle de Trois couleurs : Blanc. Tandis que Krzysztof Kieslowski continuait à modifier le script de Blanc sur le tournage en collaboration avec son fidèle Krzysztof Piesiewicz, il montait parallèlement Bleu le soir. Un travail de titan qui a toutefois été facilité par la localisation du tournage de Blanc en Pologne, territoire bien connu du cinéaste.

Trois couleurs : Blanc tranche par son ton plus léger, voire comique

Effectivement, l’artiste n’étant pas bilingue, il lui fallait avoir recours à des traducteurs sur ses films français, ce qui n’est plus tout à fait le cas avec Blanc dont le casting est majoritairement constitué de concitoyens polonais. Il s’agissait ainsi d’une respiration pour le cinéaste, d’autant que le script du segment était volontairement plus léger, car longtemps considéré comme une comédie. A l’arrivée, on peut surtout considérer Trois couleurs : Blanc comme une comédie triste et désabusée qui porte pleinement l’empreinte pessimiste de son auteur.

Parti du principe qu’il devait illustrer cette fois-ci l’égalité, Kieslowski nous invite à suivre les mésaventures tragi-comiques d’un Polonais exilé en France par amour. Dans le rôle principal du vagabond proche d’un personnage à la Charlie Chaplin, on trouve l’acteur polonais Zbigniew Zamachowski qui dégage une sympathie immédiate. Face à lui, son épouse française qui le congédie avec perte et fracas pour cause d’impuissance est incarnée par une Julie Delpy plutôt froide, même si perce sous la glace un amour réel pour son ex-mari. Toutefois, dans cette relation déséquilibrée et inégalitaire, c’est bien la femme qui a le dessus au début du film. L’homme enchaîne les malheurs avec une constance qui frôle la poisse et qui peut effectivement provoquer l’amusement du spectateur. Sorte de pied nickelé, le protagoniste central est à la fois amusant et pathétique.

Quand la Pologne s’est vendue au capitalisme le plus radical

Grâce à un compatriote rencontré par hasard dans le métro parisien, notre mari éconduit va pouvoir repartir dans son pays natal désormais débarrassé du communisme. Ce passage du long métrage abandonne pour un moment Julie Delpy et se concentre donc sur une Pologne qui sort tout juste d’un isolement de plusieurs décennies. Dès lors, Krzysztof Kieslowski se fait très critique envers la plongée du pays dans les dérives d’un capitalisme à outrance. Devenue une terre d’opportunités pour tous les escrocs de la planète, la Pologne semble ici se vendre au plus offrant sous les yeux éberlués du réalisateur.

Trois couleurs : Blanc, l'affiche de la reprise

© 1994 MK2 Productions – France 3 Cinéma – CAB Productions – Zespol Filmowy “Tor” / Affiche : Kensuke Koike. Tous droits réservés.

Dans cette partie du film, l’amitié entre les deux hommes se révèle touchante, d’autant qu’elle est portée par deux acteurs chevronnés (Zbigniew Zamachowski et l’impérial Janusz Gajos). Elle permet aussi d’illustrer la résilience de deux personnages, thématique qui était déjà à l’œuvre dans Trois couleurs : Bleu. Cette fois pourtant, l’égalité appelle la vengeance du personnage masculin envers son ex-femme. Dès lors, la suite du métrage se concentre sur la restauration d’une équité entre les deux êtres, par le biais d’une machination diabolique. Une fois le piège refermé sur Julie Delpy, les deux protagonistes peuvent enfin se parler d’égal à égal dans une scène finale très belle et émouvante qui rappelle la fin poétique de Brève histoire d’amour (1989).

Une esthétique plus frustre

Particulièrement intéressant par son incroyable richesse thématique, Trois couleurs : Blanc a toutefois moins d’attraits que les deux autres segments car Krzysztof Kieslowski a cherché à simplifier sa mise en scène afin de coller davantage au style de vie polonais. Son directeur de la photographie Edward Klosinski est également un artiste plus classique et qui se refuse à tourner caméra à l’épaule. Il en résulte un film avec une lumière plus naturelle, mais également plus crue et moins séduisante à l’œil. Ces éléments donnent donc le sentiment d’un volet moins travaillé sur le plan esthétique, assez loin des flamboyances lyriques de Bleu ou du clair-obscur de Rouge. On peut donc être légitimement être étonné de son Prix du meilleur réalisateur octroyé au cinéaste lors du Festival de Berlin en 1994.

En ce qui concerne la musique, Zbigniew Preisner a opté pour un tango qui correspond bien aux circonvolutions des personnages centraux. Sa musique, certes plus légère, compte parmi les grandes réussites du compositeur, tant elle épouse à merveille leurs évolutions. Considéré en France comme le segment le plus faible de la trilogie, Trois couleurs : Blanc mérite pourtant d’être revu de nos jours. Débarrassé de la comparaison avec les autres volets, le film tient finalement bien la route et s’avère plus convaincant que dans notre souvenir.

Une sortie qui suit le triomphe de Trois couleurs : Bleu

Lorsque Trois couleurs : Blanc débarque dans les salles françaises le 26 janvier 1994, il fait donc suite au triomphe rencontré par Trois couleurs : Bleu qui a cumulé plus d’un million de spectateurs ravis depuis le mois de septembre 1993. Positionné dans 18 salles parisiennes, Blanc convainc 39 796 Franciliens à faire le déplacement, ce qui est nettement moins que le coup d’envoi de Bleu. Même constat sur la France avec tout de même 105 193 entrées sur une centaine de salles le programmant. Mais là encore, il s’agit d’une déception par rapport au précédent volet qui avait cumulé plus d’entrées sur une combinaison de salles inférieure.

Le public parisien semble séduit puisque le métrage se maintient parfaitement en deuxième semaine, gagnant même quelques entrées dans un parc identique. En France, le distributeur MK2 a injecté des copies supplémentaires permettant aussi de bien se maintenir avec un film d’auteur qui émarge à plus de 200 000 entrées en deux semaines. C’est finalement en troisième semaine que la carrière de Blanc se joue puisque les entrées commencent déjà à chuter, ne pouvant donc pas espérer un succès de longue durée comme pour son prédécesseur. Blanc a tout de même franchi les 300 000 tickets vendus sur toute la France.

Un segment à reconsidérer positivement

Tandis que Blanc est à la peine, le distributeur relance dans les salles Trois couleurs : Bleu qui en profite pour capter de nouveaux spectateurs. Pourtant, Blanc a bien du mal à dépasser les 400 000 tickets et finit par terminer sa course à 479 574 entrées grâce à la relance de la trilogie au moment de la sortie de Rouge. Considéré à raison comme le maillon faible de la trilogie, Trois couleurs : Blanc est aussi le long métrage qui a le moins bien fonctionné en salles, du moins en France, puisque les Etats-Unis lui ont réservé bon accueil, identique à celui de Bleu.

Depuis, le film a été exploité en DVD, mais on notera qu’il a surtout été édité en coffret avec les autres segments de la trilogie, notamment pour la version blu-ray et 4K UHD de Potemkine Films. Il est aussi revenu faire un tour en salles lors de la reprise de la trilogie en octobre 2021.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 26 janvier 1994

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Trois couleurs : Blanc, l'affiche

© 1994 MK2 Productions – France 3 Cinéma – CAB Productions – Zespol Filmowy “Tor” / Affiche : Yeti (agence). Tous droits réservés.

Biographies +

Krzysztof Kieślowski, Juliette Binoche, Julie Delpy, Florence Pernel, Zbigniew Zamachowski, Janusz Gajos, Jerzy Stuhr

Mots clés

Cinéma polonais, Comédie dramatique, Le couple au cinéma, MK2

 

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Trois couleurs : Blanc, l'affiche

Bande-annonce de Trois couleurs : Blanc (VOstf)

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