Salon Kitty / Les nuits chaudes de Berlin : la critique du film (1976)

Drame, Historique, Erotique | 2h13min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
Les nuits chaudes de Berlin (Salon Kitty), affiche

  • Réalisateur : Tinto Brass
  • Acteurs : John Steiner, John Ireland, Helmut Berger, Ingrid Thulin, Stefano Satta Flores, Pietro Torrisi, Luciano Rossi, Sara Sperati, Teresa Ann Savoy, Malisa Longo
  • Date de sortie: 23 Juin 1976
  • Année de production : 1976
  • Nationalité : Italien, Français, Allemand
  • Titre original : Salon Kitty
  • Titres alternatifs : Les nuits chaudes de Berlin (titre alternatif français) / Madam Kitty (USA) / Salong Kitty (Suède) / Salón Kitty (Espagne) / Salon Kitty - O Bordel dos Nazis! (Portugal) / Den Sorte Engel (Norvège) / Salão Kitty (Brésil)
  • Autres acteurs : Bekim Fehmiu, Tina Aumont, Paola Senatore, Maria Michi, Dan van Husen
  • Scénaristes : Tinto Brass, Ennio De Concini, Antonio Colantuoni, Maria Pia Fusco
  • D'après : le roman de Peter Norden, Espionnage sur l'oreiller (Salon Kitty, 1971)
  • Monteur : Tinto Brass
  • Directeur de la photographie : Silvano Ippoliti
  • Compositeur : Fiorenzo Carpi
  • Chefs maquilleurs : Otello Sisi, Giovani Tarni
  • Chef décorateur : Ken Adam
  • Directeur artistique : Enrico Fiorentini
  • Producteurs : Ermanno Donati, Giulio Sbarigia
  • Producteurs exécutifs : -
  • Sociétés de production : Coralta Cinematografica, Cinema Seven Film, Fox Europa
  • Distributeurs : Fox Lira (sous le titre Salon Kitty) ; PM Productions (sous le titre Les nuits chaudes de Berlin)
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeurs vidéo : René Chateau Vidéo (VHS, 1983) / Grenadine (DVD, 2006) / Tiffany (DVD, 2009) / Sidonis Calysta (blu-ray, 2024)
  • Dates de sortie vidéo : 1983 (VHS) / 16 février 2006 (DVD) / 2 février 2009 (DVD) / 16 janvier 2024 (blu-ray)
  • Budget :
  • Box-office France : 364 000 entrées / 71 756 entrées
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (moins de 16 ans depuis 1990)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals : -
  • Nominations :
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : © René Ferracci (affiche Salon Kitty) ; Michel Landi (affiche Les nuits chaudes de Berlin). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Coralta Cinematografica, Surf Film. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Tagline : Les "damnées" du 3ème Reich (affiche Ferracci) / Allemagne Nazie 1939, décadence et dépravation (jaquette blu-ray, 2024)
Note des spectateurs :

A la lisière du film d’auteur et du pur produit d’exploitation, Salon Kitty fait rimer érotisme et nazisme avec un certain talent. Intrigant pour certains, honteux pour d’autres.

Synopsis: Wallenberg, un nazi arriviste, est chargé de recruter et de former de jeunes et belles militantes afin qu’elles deviennent des espionnes de l’amour dans le célèbre bordel de Madame Kitty. Elles doivent espionner pour le parti, mais, évidemment, l’une d’elles tombe amoureuse…

Tinto Brass, l’anarchiste libertaire

Critique : Le cinéaste italien Tinto Brass est au début des années 70 un artiste peu connu, n’ayant à son actif que quelques longs métrages qui n’ont pas marqué les esprits. On lui reconnaît tout de même un certain talent pour détourner les codes habituels des genres qu’il aborde, attitude symptomatique de son tempérament frondeur et anarchiste. Pourtant, il lui faudra attendre le milieu des années 70 et la libération des mœurs pour pouvoir s’exprimer pleinement.

Les scandales provoqués par les sorties de Portier de nuit (Liliana Cavani, 1974), puis de Salo ou les 120 jours de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini qui décrivait avec une certaine complaisance les tortures infligées par des fascistes à un groupe de jeunes gens, lui ouvre la voie d’un cinéma radical convenant à merveille à son esprit profondément libertaire. S’emparant d’un sujet sérieux – l’histoire vraie d’un bordel de Berlin mis sous écoute afin d’espionner les soldats qui venaient s’y prélasser – Tinto Brass emboite le pas de Pasolini et compte choquer le bourgeois.

Et Tinto Brass lance la nazisploitation…

Pour cela, il met le paquet et lance involontairement la mode de la “nazisploitation” – série de films racoleurs tournés pour la plupart entre 1976 et 1980 prenant pour cadre les camps de concentration nazis et multipliant scènes de tortures et de sexe afin de titiller le voyeurisme du public masculin, cœur de cible des cinémas de quartier qui font alors salles combles.

Si on dénombre fort peu de bons films dans cette crapoteuse exploitation d’une situation historique abominable, Salon Kitty (1976) demeure une exception à la règle : grâce à un budget confortable, Brass soigne sa reconstitution du Berlin des années 40 en s’appuyant sur les magnifiques décors conçus par le génial Ken Adam (qui sortait tout juste de l’éprouvante épreuve Barry Lyndon de Kubrick). Le réalisateur parvient à nous intéresser malgré une intrigue que l’on peut juger minimaliste. Sa mise en scène alterne le bon – de beaux travellings et une photographie très soignée – et le pire – un abus parfois trop évident de zooms, tic visuel inhérent à de nombreuses productions transalpines de l’époque.

© 1976 Coralta Cinematografica Surf Film / Jaquette : L’étoile graphique. Tous droits réservés.

Retour aux affaires du duo des Damnés de Visconti

Il s’appuie également sur un casting trois étoiles en réunissant le duo pervers des Damnés (1969) de Luchino Visconti, autre référence évidente du film, à savoir Helmut Berger et Ingrid Thulin. Le premier est toujours formidable lorsqu’il s’agit d’interpréter une brute dégénérée et sanguinaire, tandis que la seconde, habituée des grands drames bergmaniens, crève l’écran en tenancière de bordel finalement plus morale qu’il y paraît de prime abord.

Mais que les amateurs de films historiques ne s’y trompent pas : Salon Kitty est avant tout un véritable film trash comme on ne pourrait plus en tourner de nos jours, à la fois choquant et déstabilisant. Sans aucun tabou, le cinéaste expose la plastique de ses actrices et de ses acteurs à la vue du spectateur-voyeur, érotisant des situations pourtant scabreuses ou moralement douteuses. Obsédé par les corps difformes, Brass multiplie les séquences sexuelles entre des jeunes filles et des nains, des handicapés et même, outrage suprême, avec un déporté juif. Il se place ici dans la lignée du baroquisme à la Fellini, y ajoutant une pointe de grotesque volontaire.

Une vision fantasmée du nazisme

Autant dire que le spectacle ne sera pas du goût de tout le monde et on peut comprendre que certaines personnes soient profondément choquées par cet étalage de chair pas toujours fraîche. Malgré cette complaisance et cette provocation facile, surtout évidente lors d’une première demi-heure très audacieuse, l’auteur parvient à évoquer une page sombre de l’histoire de l’humanité, saisissant à merveille l’horreur de la situation.

Condamnant avec fermeté l’attitude des nazis, Brass ne laisse planer aucune ambiguïté quant à son point de vue sur cette période trouble. Grand écart improbable entre film d’auteur et pur produit d’exploitation, Salon Kitty conserve encore aujourd’hui son aura sulfureuse et le culte qui l’entoure s’avère tout à fait mérité. Entre plaisir coupable ou rejet immédiat, c’est à vous de trancher.

Un film choc interdit aux moins de 18 ans à sa sortie

Les spectateurs de l’époque ont pu goûter le charme de la transgression tout en respectant la lourde interdiction aux moins de 18 ans, par ailleurs fort méritée. Si en Italie, le film a bien failli ne pas sortir, la France fut une terre d’accueil bienvenue, même si les critiques furent dans l’ensemble assez négatives. En première semaine parisienne, le métrage intitulé alors Salon Kitty suscite l’intérêt en entrant à la troisième place du box-office hebdomadaire avec 28 283 voyeurs dans 22 cinémas ce qui en fait la première nouveauté de la semaine. Il est notamment vu par 5 824 flâneurs des Grands Boulevards, au Rex. Le film est uniquement dépassé par la comédie On aura tout vu (Georges Lautner) qui parle également de cinéma porno et par Taxi Driver (Martin Scorsese). Décidément, le cinéma de ce début d’été était très chaud.

Dès la semaine suivante, le film scandaleux entame une chute avec 18 789 retardataires et une dixième place hebdo. Salon Kitty restera 6 semaines dans le classement parisien. Il sera ensuite repris en salles sous le titre Les nuits chaudes de Berlin et terminera son exploitation française autour de 364 000 tickets vendus, ce qui en fait tout de même une bonne affaire au vu de son aspect scandaleux.

Les nuits chaudes de Berlin (Salon Kitty),

© 1976 Coralta Cinematografica Surf Film / Jaquette : L’étoile graphique. Tous droits réservés.

Edité en VHS par René Chateau Vidéo dès 1983, Salon Kitty a longtemps disparu des radars avant d’être exhumé au milieu des années 2000 grâce à la vogue du DVD. Toutefois, il a fallu attendre 2024 pour que le métrage ait le droit à une édition plus prestigieuse chez Sidonis Calysta qui a dégainé un Mediabook tout à fait correct s’appuyant sur le director’s cut de 133 minutes, ce qui est fondamental pour une œuvre qui a été charcutée durant l’intégralité de son exploitation chaotique.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 23 juin 1976

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Les nuits chaudes de Berlin (Salon Kitty), affiche

© 1976 Coralta Cinematografica Surf Film / Affiche : Michel Landi. Tous droits réservés.

Biographies +

Tinto Brass, John Steiner, John Ireland, Helmut Berger, Ingrid Thulin, Stefano Satta Flores, Pietro Torrisi, Luciano Rossi, Sara Sperati, Teresa Ann Savoy

Mots clés

Cinéma bis italien, Nazisploitation, Les nazis au cinéma, La prostitution au cinéma, Les écoutes au cinéma, Cinéma trash

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Les nuits chaudes de Berlin (Salon Kitty), affiche

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