Pulp Fiction : la critique du film (1994)

Policier | 2h29min
Note de la rédaction :
10/10
10
Pulp Fiction, affiche de la Palme d'or Cannes 1994 de Quentin Tarantino

Note des spectateurs :
[Total : 3   Moyenne : 3.7/5]

Palme d’or à Cannes en 1994, Pulp Fiction est le plus culte des films culte de Quentin Tarantino. On ne se lasse pas de revoir ce bijou de construction narrative, au ton décalé et au casting jubilatoire.

Synopsis : L’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s’entremêlent.

« Je vais te la jouer moyenâgeux »

Critique :  Après Reservoir Dogs (1992), Quentin Tarantino a voulu rendre hommage au pulp magazine, publication à bon marché qui fut très populaire aux États-Unis jusqu’aux années 1950. Le film démarre par la longue discussion au sein d’un couple de voleurs minables (Amanda Plummer et Tim Roth), finalement décidés à braquer la cafétéria dans laquelle ils grignotent. Cafétéria qui sera le lieu de la dernière séquence, où nous revoyons un même plan suivi du début du braquage. Pulp Fiction propose en fait une narration non linéaire, l’éclatement du récit révélant trois histoires de malfrats de Los Angeles. Si des cartons explicites séparent les trois récits, ce n’est en rien un film à sketchs, certains personnages et des plans répétés opérant la jonction entre les segments, le tout bien orchestré par le montage éblouissant de Sally Menke.

 

Une faune de bande dessinée trash défile alors sous nos yeux : deux truands (Samuel L. Jackson et John Travolta) chargés de récupérer une mallette pour le compte d’un caïd local (Ving Rhames), l’épouse de ce dernier (Uma Thurman), qui aura le tort de confondre héroïne et cocaïne, un couple de dealers (Eric Stoltz et Rosanna Arquette), désireux de ne pas être dérangé un samedi soir, et un boxeur déchu (Bruce Willis), souhaitant se faire la malle en compagnie de sa petite amie (Maria de Medeiros). Se mêleront aussi à l’action Winston Wolfe (Harvey Keitel), chargé d’aider au nettoyage d’une voiture salie par des morceaux de cervelles, et de multiples seconds couteaux.

Pulp Fiction ou l’archétype du film culte

Il baigne dans Pulp Fiction un second degré ravageur, et ce ton de parodie qui marque la griffe Tarantino. On ne dira jamais assez combien ce dernier a dynamité le film policier, par des scénarios déjantés et un style qui n’appartient qu’à lui. Pulp Fiction est à cet égard emblématique de son art. Le réalisateur procède par une succession de très longs dialogues au cours desquels se mêlent propos sur l’action à proprement parler mais aussi de nombreuses digressions réjouissantes. On y apprend alors que la traduction française de quarter « pounder with cheese » est « royal cheese » ou bien qu’« un porc qui aurait de la personnalité ne serait plus aussi dégueulasse qu’avant ».

On pourrait multiplier à l’infini les répliques désormais culte, mais également les séquences choc, de la piqûre d’adrénaline assénée en plein cœur à Uma Thurman à un viol perpétré dans la boutique d’un prêteur sur gage. Il faut dire que le scénario coécrit avec Roger Avary est un véritable régal. Présenté au Festival de Cannes 1994, Pulp Fiction y reçut un accueil triomphal et obtint la Palme d’or décernée par le jury de Clint Eastwood. De Jackie Brown (1997) à Once Upon a Time… in Hollywood (2019), en passant par Inglorious Basterds (2009), Tarantino approfondira cette veine.

Critique de Gérard Crespo

Sorties du 26 octobre 1994

Les Palmes d’or sur CinéDweller

Le saviez-vous ?

  • C’est Jean Labadie via son ancienne boîte de distribution fondée en 1986, Bac Films, qui a acheté les droits  salle de Pulp Fiction, avant même d’avoir vu le résultat achevé, à Cannes, sur lecture du scénario.
  • Bien avant d’avoir reçu la Palme, Pulp Fiction avait été placé par son distributeur français pour une sortie en France au mois d’octobre, afin de profiter des vacances, d’un effet Palme en cas de victoire et surtout pour laisser le temps au distributeur de réaliser le doublage de cette œuvre fleuve.

 

  • Pulp Fiction a permis à Bac Films d’obtenir sa cinquième Palme d’or, après celles de Sailor et Lula, Barton Fink, Les Meilleures Intentions, et La Leçon de piano. Labadie – qui a fondé depuis Mars et plus récemment Le Pacte, et l’équipe de Bac avaient un flair légendaire dans les années 90. Jusqu’au départ de son fondateur, le distributeur indépendant, jadis très puissant de ses choix souvent heureux, comptera de nombreuses autres Palmes (La Chambre du fils, Le Pianiste et 4 mois, 3 semaines, 2 jours).
  • Miramax International, sous l’ère du sulfureux Weinstein qui avait en 1993 laissé Disney racheter sa boîte, proposait de nombreux films à Cannes en 1994. Outre Pulp Fiction, Mrs. Parker and the Vicious Circle du prestigieux Alan Rudolph était également en sélection officielle, Picture Bride de Kayo Hatta figurait dans la section Un Certain Regard, Clerks de Kevin Smith à la Semaine de la Critique. Pour Miramax, il s’agissait aussi de vendre Prêt-à-porter de Robert Altman, alors en production, la réalisation de Sean Penn, The Crossing Guard, et Heavenly Creatures de Peter Jackson. Ces deux films étaient alors en post-production.

 

 

  • Pulp Fiction a été dévoilé au Jury présidé par Clint Eastwood le samedi 21 mai, la veille de la remise du palmarès. Un placement stratégique qui a sûrement contribué au triomphe cannois du très long métrage.
  • Il s’agissait du second film de Quentin Tarantino, mais aussi de sa deuxième œuvre présentée sur la Croisette, puisque Reservoir Dogs, en 1992, avait connu un triomphe lors de sa présentation hors-compétition. Tarantino est né par Cannes et nombreux de ses films reviendront y faire leur première mondiale.
  • Pulp Fiction divisa les critiques présents à Cannes, entre ceux clamant au génie et d’autres conspuant le film. D’ailleurs, ce trublion au sein d’une sélection très académique sera chahuté par certains lorsqu’il obtiendra la Palme, lors de la cérémonie de clôture. Des huées se font alors entendre au cœur de la ferveur générale.
  • Par la suite, Clint Eastwood évoquera cette cuvée cannoise en dents de scie. Pour lui et son jury, pas de doute, le film de Quentin Tarantino était LE film du festival…

 

  • Nommé sept fois aux Oscars, Pulp Fiction allait repartir avec la récompense du Meilleur scénario original. Forrest Gump remportait 6 Oscars, dont celui du Meilleur film et Meilleur réalisateur. Il faut dire que commercialement, ce dernier avait franchi les 330 millions de dollars au box-office américain, faisant office de phénomène de société quand la deuxième réalisation de Tarantino avait achevé sa carrière nord-américaine à 107 000 000$. Seul Le Roi Lion avait été plus féroce au B.O. 1994 avec 421 000 000$. Evidemment, ces recettes ne tiennent pas compte de l’inflation. Si l’on prend en compte le cours du dollars en 2019, Forrest Gump avait assommé toute concurrence avec plus de 700 000 000 $ engrangé. A ce jour (2020), il s’agit de l’une des 30 plus gros recettes de l’histoire aux USA, devant tous les films de super-héros contemporain, sauf Avengers Endgame. Même Black Panther n’a pas réussi à faire de l’ombre au personnage culte incarné par Tom Hanks.

    S.K.T. © 1995 Bittler

La bande originale :

  • Dick Dale, le compositeur du thème mythique d’ouverture de Pulp Fiction, que Tarantino emprunta, est mort en 2019, à l’âge de 91 ans. Son morceau Misirlou est l’un des morceaux les plus iconiques de l’histoire du 7e art et son utilisation au générique lui permit de démarrer une seconde carrière. Un autre succès émergea de la bande originale : le carton de la reprise d’un morceau de Neil Diamond par Urge Overkill, You’ll be a woman soon. Parmi les autres titres mémorables, on citera Let’s stay together d’Al Green, You can never tell de Chuck Berry…
  • Sortie en fin d’année, la période la plus chargée en compilations et nouveautés, la musique de Pulp Fiction atteint la 6e place en France et se vendra à 120 000 exemplaires sur moins de trois mois, mais en 1995, aidées notamment par la sortie du film en VHS, ce sont 270 000 copies supplémentaires qui furent vendues. Le phénomène n’allait pas s’arrêter là. En 1996, il faut compter sur 170 000 exemplaires supplémentaires, et 1997 vit les ventes s’accroître… Et avec l’avènement des back catalogues dans les années 2000, la B.O. de Pulp Fiction n’a jamais cessé de se vendre, accroissant son emprise au fil des générations de cinéphiles découvrant l’œuvre culte de Tarantino. L’album compte désormais plus d’un million de ventes en France, ce qui est faramineux.

Box-office :

Sorti le mercredi 26 octobre, en période de vacances de la Toussaint, Pulp Fuction a dû composer avec une très forte concurrence. Tout d’abord celles des continuations d’un mois dynamique caractérisé par les succès de True Lies de James Cameron, Forrest Gump avec Tom Hanks, Léon de Besson, et Danger Immédiat avec Harrison Ford. Octobre était alors le mois des grosses sorties américaines, puisqu’en été les studios sortaient leur fond de catalogue et séries B, profitant de la désertion des productions françaises durant la période estivale. Octobre 1994 était très chargé.

Au niveau de son circuit de salles, Tarantino bénéficiait de la deuxième plus forte combinaison des nouveautés de la semaine, avec pas moins de 39 salles Paris/Périphérie contre 46 pour The Mask de Chuck Russell. Cette semaine avait été choisie judicieusement par Bac Films pour ne pas être trop écrasé par la concurrence des huitaines précédentes. Les autres sorties du 26 octobre (Bébé part en vadrouille ou Muriel’s wedding, qui révélait au public français une certaine Toni Collette) représentant des menaces insignifiantes.

Au vu de sa durée de 2h30 qui l’amputait d’une séance par jour, Pulp Fiction faisait fort pour son premier jour, avec 21 081 curieux contre 23 270 pour la fantaisie burlesque qui allait révéler Jim Carrey au public français, The Mask.

A l’issue de sa première semaine, Pulp Fiction, sur 233 salles en France, réalisait un solide démarrage à 474 931 entrées, quand The Mask pour un public plus jeune et plus consensuel, profitait des vacances pour apprivoiser 840 349 garnements.

 

C’est au Max Linder et au Gaumont Ambassade que Travolta et ses potes attirèrent le plus grand nombre de spectateurs en semaine 1, avec 15 098 visiteurs sur le site des Champs-Elysées contre 14 775 tickets sur la salle unique des Grands Boulevards. L’UGC Ciné Cité les Halles n’avait pas encore ouvert et c’était au Gaumont les Halles que se situait alors l’activité du film dans ce quartier central qui ne jouissait pas du même intérêt des Parisiens qu’aujourd’hui. Au total, 23 cinémas intra-muros diffusaient l’hommage à la fiction noire de Tarantino, dont le Gaumont Kinopanorama. Pulp Fiction cumulait 174 835 franciliens en fin de première semaine.

 

Avec une seconde semaine stable à 408 389 spectateurs, Pulp Fiction s’assurait un succès sur la durée. Et quelle durée ! En 3e semaine, il pouvait encore compter sur 264 000 entrées et franchir ainsi son premier million de spectateurs. En fin d’année 1994, le film achevait sa 9e semaine consécutive dans le top 10 et se situait magnifiquement à 1 726 469 spectateurs, malgré son procédé narratif complexe, sa durée handicapante et une interdiction aux moins de 12 ans.

Un an après sa sortie, le film,  qui a fait d’Uma Thurman une icône grâce à l’affiche, est toujours en salle, notamment à l’UGC Triomphe, vitrine hebdomadaire du film sur les Champs-Elysées ou au mythique UGC Orient Express, cinéma de sortie de métro qui servait de mouroir aux films en fin d’exclusivité ou accueillait les productions de séries B américaines sans envergure pour les circuits plus prestigieux.

Tarantino acheva la carrière française de son second long métrage à plus de 2 800 000 entrées, soit le plus gros succès pour une Palme d’or en 15 ans, depuis Apocalypse Now de Francis Ford Coppola… Entre temps, le film connaissait une seconde vie en VHS, chez l’éditeur vidéo star des années 90, Delta Vidéo.

Frédéric Mignard

Pulp Fiction, affiche de la Palme d'or Cannes 1994 de Quentin Tarantino

Copyrights : Miramax International – Affiche : S.S.K.T. (agence)

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Pulp Fiction, affiche de la Palme d'or Cannes 1994 de Quentin Tarantino

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