Traumatisant, choquant, Massacre à la tronçonneuse reste un monument du survival des années 70. Entre docu-fiction et série B d’exploitation underground, l’expérience est forcément culte.
Synopsis : Cinq jeunes gens sillonant le Texas à bord d’un mini-bus prennent en stop un curieux personnage au comportement inquiétant, dont ils se débarrassent bien vite. Arrêté pour prendre de l’essence, le groupe se fera presqu’entièrement décimer par une bande de fous, anciens bouchers à l’abattoir local. Leur outil de prédilection : la tronçonneuse…
L’un des films d’horreur les plus marquants de l’histoire du 7e art
Critique : Marqué dans sa jeunesse par la vision de La nuit des morts-vivants (1968) de George A. Romero dont il apprécie le côté documentaire, Tobe Hooper n’a de cesse de vouloir choquer le public en racontant une histoire horrifique dans laquelle chacun peut se reconnaître. Ainsi, il exhume l’histoire du boucher Ed Gein et la mélange à d’autres faits divers monstrueux afin de concocter l’intrigue “véridique” de ce pur film de fiction.
Avec un budget proche du ridicule (300 000$), financé par les producteurs du porno Gorge profonde (1972), Tobe Hooper se lance dans une aventure épuisante où les tensions furent considérables. Acteurs poussés à bout par un metteur en scène intraitable, sujet particulier abordé avec hystérie, chaleur excessive du Texas ont fait de ce tournage un enfer.
Particulièrement inspiré, Tobe Hooper arrive à créer une ambiance absolument terrifiante avec trois fois rien. Dès le générique, le spectateur se trouve plongé dans l’horreur par une bande sonore stridente qui met profondément mal à l’aise. Par la suite, ce sentiment d’insécurité ne fait que s’accroître, d’autant que l’ennemi vient désormais de l’intérieur.

© 1974. Vortex Inc, Kim Henkel, Tobe Hooper. Tous droits réservés / All rights reserved
Marqué par l’expérience du Watergate, Tobe Hooper ne cherche pas un bouc émissaire venu de l’extérieur, communiste ou autre, mais montre que l’Amérique est aussi capable d’engendrer ses propres monstres. Dans ces lieux perdus et délaissés par la civilisation, des familles entières peuvent atteindre un degré de dégénérescence tel qu’ils se comportent comme des animaux, d’autant que la société capitaliste les y pousse – voir ici la métaphore de l’abattoir.
Film politique, Massacre à la tronçonneuse (1974) reste avant toute chose un grand moment de terreur psychologique, parfaitement traumatisant et totalement ironique dans les séquences finales. On peut saluer l’implication de l’actrice principale, Marylin Burns, décédé depuis en 2014, qui passe la moitié du film à hurler à s’en rompre les cordes vocales. Son personnage reviendra dans une suite tardive diffusé sur Netflix, en 2022, pour célébrer les 50 ans du conte de l’abattoir.
Ce monument de l’horreur, dépourvu d’hémoglobine malgré son titre évocateur, a connu un important succès permettant de mettre huit films entre 1986 et 2022.
Critique de Virgile Dumez
La franchise Massacre à la tronçonneuse
Sorties de la semaine du 5 mai 1982

© 1974. Vortex Inc, Kim Henkel, Tobe Hooper. Tous droits réservés / All rights reserved



