Massacre à la tronçonneuse (Netflix) est un carnage gore qui ne compte pas ses victimes, mais qui est avare dans sa narration réduite à seulement 1h21. Bon, mais frustrant.
Synopsis : Melody, sa sœur adolescente Lila et leurs amis Dante et Ruth se rendent dans la petite ville de Harlow, au Texas, pour lancer une nouvelle entreprise. Mais leur rêve se transforme bientôt en cauchemar éveillé lorsqu’ils pénètrent sans le vouloir dans le monde de Leatherface, le dangereux tueur en série dont l’héritage sanglant continue de hanter les habitants de la région. Parmi eux, Sally Hardesty, unique survivante du tristement célèbre massacre de 1973, et bien décidée à se venger.

© René Chateau
Critique : Et de 9. La franchise Massacre à la tronçonneuse est increvable. En 1974, Tobe Hooper explore le docufiction avec un monument de terreur, au réalisme glaçant, qui restera interdit sur le grand écran français jusqu’en 1982, malgré son absence de toute goutte de sang. Un chef d’œuvre de terreur froide et de viande putride qui introduisait une famille de rednecks déjantés, dont le plus mémorable est le garçon boucher Leatherface. Le simple d’esprit efféminé, à la carrure imposante d’obésité, et à la tronçonneuse facile, arbore en permanence un masque facial fait de peau humaine. L’histoire du cinéma a trouvé son nouveau monstre. Il l’exploitera pendant 50 ans.
En 1986, la Cannon Films, firme putassière des Israéliens Golan / Globus, domine la série B et s’approprie les services du cinéaste Tobe Hooper pour trois films, dont une suite au Massacre original.
La comédie horrifique, interdite aux moins de 18 ans, donne dans le burlesque gore mais s’avère un échec total au box-office américain, éreintée par la critique et diminuée par l’omniprésence du cinéma de genre en cette période bénie des années 80 où l’on parle Re-animator, Freddy 3 ou Evil Dead 2.

Cr. Yana Blajeva / ©2021 Legendary, Courtesy of Netflix
La culture des garçons bouchers
Quelques suites mineures plus tard, Michael Bay lance la production d’un remake en 2003. Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel est le phénomène que le genre horrifique attendait au box-office américain avec 80M$ de recettes aux USA et une virtuosité inégalée. Cela sera d’ailleurs le meilleur segment après le classique de Hooper. La relecture est brillante et Hollywood lance une armada de remakes des classiques de l’épouvante des années 70 et 80, et même un prequel de Massacre à la tronçonneuse : The Texas Chainsaw Massacre: The Beginning en 2006. Une œuvre angoissante et sauvage qui fonctionne encore.
Parmi les remakes commandés dans les années 2000, celui de Evil Dead est une évidence, pour ceux qui considèrent que le petit budget de Sam Raimi a prix un coup de vieux. Diminuée par des effets numériques, la nouvelle version du film le plus terrifiant des années 80, devient un vrai succès, avec Fede Alvarez à la réalisation. Le jeune Uruguayen délivre une production efficace, avec le soutien de Raimi producteur en 2013.
D’autres suites, reboots, prequels de Massacre à la tronçonneuse interviennent, dont une avec le dispositif 3D relief et même la présence de deux Français à la réalisation d’un Leatherface, charcuté par ses producteurs et donc irregardable.
La critique du premier Massacre à la tronçonneuse
Quand en 2020 Legendary Pictures récupère les droits de la franchise, l’idée de célébrer les 50 ans de l’œuvre originelle est évidente. Le film sera de qualité et devra sortir en salle. Un budget coquet de 20M$ lui donne les moyens d’accomplir ses ambitions, même s’il faut pour cela virer au bout d’une semaine de tournage en Bulgarie les deux cinéastes initialement désignés, Ryan et Andy Tohill.

Mark Burnham en Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse. Cr. Yana Blajeva / ©2021 Legendary, Courtesy of Netflix
On ne cancel pas Leatherface
Intervient alors à la caméra David Blue Garcia, cinéaste Texan remarqué en 2018 pour un film indépendant, Tejano, tourné sur les terres arides du Lone Star State. Le scénario est conservé à la ligne, mais le réalisateur doit tout retourner. La Covid met les choses à mal. Le tournage s’achève en mai 2021 quand les salles américaines sont exsangues. L’exploitation salle est annulée en août 2021 ; Legendary Pictures confie la distribution de son rejeton à Netflix pour un montant cash non révélé. Le film devient alors l’une des productions les plus attendues sur la plateforme américaine qui annonce sa diffusion mondiale pour le 18 février 2022, soit deux ans après l’annonce du projet.
Massacre à la tronçonneuse (Netflix) épouse donc les filtres de la plateforme – on peut ne pas en être fou-, et comme beaucoup de films qui y sont proposés laisse un goût d’inachevé, sans être à aucun moment médiocre ou dispensable.
Davantage proche esthétiquement du remake de Nispel que du film original de Hooper, la série B hargneuse débute avec des images du film des années 70 pour une transition dans les formes. L’intrigue se déroule effectivement dans les années 2020, à l’ère d’une Amérique plus que jamais socialement divisée, le Texas étant devenu le symbole d’une nation fratricide et irréconciliable, entre bouseux ultra-conservateurs et une jeunesse progressive et woke, qui intervient ici sous les traits d’influenceurs (les très bons Elsie Fisher, Sarah Yarkin et une apparition du chanteur RnB Jacob Latimore).

Elsie Fisher est Lila dans Massacre à la tronçonneuse (2022). Cr. Yana Blajeva / ©2022 Legendary, Courtesy of Netflix
Massacre à la tronçonneuse (Netflix) charcute du Woke
La suite fait fi des sept segments intervenus depuis l’original et réintroduit le personnage mythique (et hystérique) de Sally Hardesty, seule survivante du carnage de 1973. Désormais jouée par l’Irlandaise Olwen Fouéré (l’actrice Marilyn Burns est décédée en 2014, Tobe Hooper, pour sa part en 2017), Sally est à l’image du personnage de Jamie Lee Curtis dans les épisodes contemporains d’Halloween, une vieille dame revancharde, qui a attendu toute sa vie pour buter le monstre qui a détruit sa vie.
Malheureusement, la confrontation entre bobos wokistes et cul-terreux est torchée dans un montage d’1h20. C’est le reproche essentiel que l’on fera au film qui n’a pas le temps d’asseoir de vrais personnages, de sonder quelques plaies et de pousser l’effroi jusqu’à son paroxysme. Aucune séquence relève du panthéon de l’horreur, contrairement au repas de démence du premier Massacre ou ses jeux de porte qui permettaient l’apparition mémorable car effroyable de Leatherface.
Désormais vieillard dégénéré de 70 ans, orphelin sur le tard, Leatherface, interprété par le pote de Quentin Dupieux et vedette de Wrong Cop, Mark Burnham, apparaît souvent, tranche, découpe, décapite et abuse de sa tronche haineuse, pardon, tronçonneuse, dès la 49e minute. Le massacre dans un bus d’une génération de jeunes aux téléphones braqués, prêts à le « cancel », est d’une féroce ironie. On n’efface pas la réalité hideuse d’une Amérique prompte à prendre ses armes pour se rebeller contre ses institutions (les flics vivants, ici, ne le restent jamais très longtemps) et la gentrification.

Cr. Yana Blajeva / ©2022 Legendary, Courtesy of Netflix
Faute d’un script développé, Massacre à la tronçonneuse (Netflix) est une production enthousiasmante, particulièrement gore pour la chaîne payante, mais trop éphémère pour vraiment égratigner la franchise de sa scie. Le plaisir, parfois, se développe aussi dans la durée.
Attention, Texas Chainsaw Massacre contient une scène post générique qui évoque brièvement la possibilité d’un nouveau sequel. Quelques secondes sans idées dont on peut toutefois faire l’économie si l’on ne souhaite pas aller jusqu’au bout des crédits.
Voir sur Netflix
La franchise Massacre à la tronçonneuse
Les films Netflix sur Cinédweller

© Netflix

© Netflix