Scanners : la critique du film (1981)

Epouvante - Horreur - Science-Fiction | 1h43min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Affiche 1981 originale de Scanners

  • Réalisateur : David Cronenberg
  • Acteurs : Michael Ironside, Stephen Lack, Jennifer O’Neill, Patrick McGoohan, Chuck Shamata
  • Date de sortie: 19 Août 2020
  • Nationalité : Canadien
  • Titre original : Scanners
  • Année de production : 1979
  • Scénariste(s) : David Cronenberg
  • Maquillages : Dick Smith
  • Directeur de la photographie : Mark Irwin
  • Compositeur : Howard Shore
  • Société(s) de production : Filmplan International Inc., SDICC
  • Distributeur (1e sortie) Ciné Paris Distribution
  • Distributeur (reprise) : Visa Films (1985), Capricci Films (2020)
  • Editeur(s) vidéo : Sunset Vidéo (VHS), EuropaCorp (DVD), Pathé Vidéo (blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 1982 (VHS, Sunset) 1 octobre 2008 (DVD, EuropaCorp), 1er octobre 2014 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris Périphérie : 598 339 entrées / 133 755 entrées - 19 039 entrées (Paris-Périphérie, reprise 1985) - 3 909 entrées / 1893 entrées (Reprise, 2020)
  • Box-office nord-américain : 14 225 876$
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs (Eastmancolor, 1981), 2K (reprise salle 2020) / Mono
  • Illustrateur / Création graphique : Joann (affiche originale), Marclafon – Design.fr (affche reprise 2020)
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Festivals et récompenses : Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films, USA (1981) : Meilleur film international, Meilleurs effets spéciaux / Genie Awards : 8 nominations, aucun prix
  • Crédits : © Filmplan International Inc., SDICC
  • Franchise : Scanners est le premier volet d'une franchise de 3 films, suivi de deux spinoffs
Note des spectateurs :

Premier film d’envergure de David Cronenberg, au sein de ses premiers films indépendants, Scanners marqua l’ère de la vidéocassette et le cinéma du début des années 80. Désormais classique dans la filmographie de son auteur, il s’agit d’un grand cru dans une filmographie d’une remarquable cohérence.

Synopsis : Cameron Vale est un télépathe qui vit en marge de la société. Repéré par la ConSec, société secrète qui mène des recherches sur ce type d’individus nommés “scanners”, il apprend auprès du Docteur Ruth à domestiquer son pouvoir. Cameron est alors chargé de localiser Daryl Revok, un scanner qui organise à échelle industrielle un trafic d’Ephémérol : une substance chimique dangereuse destiné aux femmes enceintes…

Michael Ironside vient contrôler votre esprit dans Scanners

© Filmplan International Inc., SDICC

Meurtres sous contrôle

Critique : Les années 70 sont connues pour leurs films fous, leurs thématiques bordeline, la faculté des artistes à ausculter les maux d’une société malade. Avec du recul, il est évident que le divin ne pouvait qu’être mis à mal. La science exerçait ses progrès, générant des mutants, exposant l’homme à des troubles et transformation, et engendrant des communautés sectaires et organisations iconoclaste qui idolâtraient une nouvelle forme d’homme. Bienvenue dans le cinéma de David Cronenberg.

L’ultime pornographie, pénétrer l’esprit de l’autre

Entre les productions sur l’Antéchrist, les films sur les sectes sanguinaires et le repli anthropophagique sur les us et coutumes de quelques peuplades cannibales, le cinéma horrifique s’interrogeait aussi sur le pouvoir de l’esprit, celui de lire et de manipuler l’autre, en abolissant la dernière frontière. La pornographie sexuelle et gore, durant cette décennie, avait permis la pleine possession du corps : Satan l’habitait, comme le veut l’usage du jeu de mot douteux ; les monstres humains le dévoraient. Mais pour les auteurs, il était désormais temps de livrer un point de vue cérébral et de rendre hommage aux facultés mentales de l’homme dont l’esprit devenait soudainement un outil de manipulation, une technologie capable de scanner l’esprit de l’autre, de l’investir, de le démolir.

videodrome, l'affiched e Melki

Crédits : Melki (1984)

Quand Stephen King s’en mêle

Le septième art compte de nombreux exemples, parmi lesquels les adaptations du jeune Stephen King : Carrie, souffre-douleur des jeunes et d’une mère bigote, utilisait finalement ses pouvoirs pour se nettoyer des souillures d’une société de l’exclusion. L’auteur du Maine sera adapté par Brian De Palma qui enchaînera juste après sur Furie, sorte de version adulte de X-Men où l’État tente de contrôler les pouvoirs extrasensoriels de certains cas individuels. King, évidemment, avec L’enfant Lumière, The Shining, accouchera dans la douleur d’un roman somme où l’enfant se retranche dans ses facultés. Le bouquin monumental sera adapté par le traître, aux yeux du romancier, Stanley Kubrick, qui explorera ses propres pistes à partir du socle littéraire. Avec Firestarter et The Dead Zone du même King, l’esprit de l’homme semble n’avoir plus de limite, et inspire deux œuvres à des cinéastes à la mode, Mark L. Lester (Class 84) et David Cronenberg, pour qui les mutations génétiques et mentales de l’homme tournaient à la névrose et à l’obsession cinématographique.

Scanners ou l’ère de la vidéocassette

David Cronenberg, avant l’épisode The Dead Zone, avait déjà œuvré dans l’indépendance canadienne la plus totale sur des séries B qui avaient alimenté les cinémas de quartier français, sans trop de succès, avant d’éclater, en 1982, en VHS : la frénésie sexuelle via le virus meurtrier de Frissons, Parasite murders, canonisé par Hollywood Vidéo, la pandémie façon Rage, avec l’actrice porno Marylin Chambers, inoculait l’envie de s’enivrer de chair humaine. Chromosome 3, faisait de la figure maternelle la génitrice de monstres… La science y était pour quelque chose. En 1982, avec Scanners également, tous ces films paraissent en vidéo et démontrent l’incroyable originalité d’un auteur à l’avenir singulier, mais immense.

Frissons, la jaquette VHS de Melki

Copyrights : Melki

Dans Scanners, série B produite avec plus d’argent, devenu un authentique jalon dans la science-fiction horrifique, David Cronenberg exploite les pistes assénées précédemment. Le virus est désormais mental, mais contrôle l’esprit transformant l’homme, habile de ses dons de télékinésie, en une véritable arme humaine. Des dérives médicamenteuses, comme dans Chromosome 3, et des expériences militaires sur ces mutants capables d’explorer l’esprit humain, de le contrôler jusqu’à le faire imploser, sonnent quasiment comme des clichés en cette époque où le corps, l’âme et l’esprit n’ont de cesse d’être outragés par des auteurs sans limite.

L’être humain upgradé

Les victimes deviennent bourreaux et un nouvel ordre semble s’organiser autour d’un être humain en version améliorée : après la matrice à photocopies monstrueuse dans Chromosome 3, Cronenberg fait de l’homme un scanner. Plus tard, il en fera un lecteur de vidéocassettes sur l’autel de la nouvelle chair. Et dans les années 90, il le fondra dans le métal de l’automobile, dans Crash, avant d’en faire un lecteur de jeux vidéo, dans le virtuel et forcément existentiel… eXistenZ (1999), son ultime œuvre du genre, encore trop sous-estimée.

Des vedettes et un budget

Scanners commence bien, avec de l’argent et des promesses heureuses. Cronenberg engage un casting hétéroclite : une vedette classe en la star d’Un été 42 Jennifer O’Neill, l’artiste underground Stephen Lack qui n’était pas forcément comédien de profession, ce dont se plaindront certains membres de la production, et même Le prisonnier Patrick McGoohan, dont l’alcoolisme provoquera l’ire des producteurs, avec des difficultés à en tirer quelque chose, à certains moments de la journée. Il n’était qu’un élément perturbateur sur un plateau qui allait connaître bien plus de difficultés. Pour Cronenberg, ce fut le tournage le plus difficile de sa carrière, avec des scènes d’effets spéciaux qui ne fonctionnaient pas (mais comment faire imploser la tête, lors de la fameuse séquence d’introduction qui sera choisie pour promouvoir le film?) et une postproduction chaotique. Ce fut un cauchemar pour le cinéaste, qui ne traduit jamais ses films en storyboards, et aime en contrôler chaque aspect, à commencer par le script. Il est attaché au fameux director’s cut. Or, cette fois-ci, il dût même recourir au reshoot pour tourner une fin plus satisfaisante sur un plan commercial. Mais quelle fin, puisqu’elle donne lieu au un combat épique (et pourtant somme toute intimiste) entre « scanners » et à un rebondissement de situation terrifiant.

Michael Ironside terrifie dans Scanners

© Filmplan International Inc., SDICC

Nonobstant, Scanners triomphe au box-office

Malgré tous ces mauvais présages, Scanners sera un succès mondial se vendant sur tous les marchés cinématographiques de la planète, avec notamment un succès retentissant aux Etats-Unis où il s’emparera de la première place du box-office en raison d’une promotion virale (avant même l’arrivée de l’internet) diablement efficace, et une sortie remarquable en France, pourtant face au chef d’œuvre de David Lynch, Elephant Man, qui était son concurrent direct sur les écrans. L’ironie dramatique de voir Lynch et Cronenberg sortant un film le même jour est, avec notre recul savant, d’autant plus jubilatoire que ces deux artistes intègres resteront dans leur intransigeance et ascétisme tout au long de leur carrière.

Scanners ressortira d’ailleurs à deux reprises en France. D’abord en 1985 pour profiter du succès français de The Dead Zone et de la bonne réception du film de studio Universal Videodrome (qui sortit très tardivement chez nous, en raison de son bide retentissant américain). Et évidemment, en 4K durant l’été 2020, dans une copie que l’on peut qualifier de sublime. Entre-temps, Scanners n’a pas démérité, devenant l’un des hits vidéo de l’ère de la VHS/V2000 dans les années 80, et profitant de plusieurs éditions DVD et même d’un blu-ray de très bonne facture chez Pathé en 2014.

Affiche reprise 2020 de Scanners

Conception Graphique : Marc Lafon – Design.fr

Et la critique, bordel ?

Le plus banal en 2020 serait de se lancer dans une énième critique du film, sur-analysé, sur-commenté, car David Cronenberg est resté un auteur à la mode depuis son explosion en 1984 avec The Dead Zone, et sa canonisation à Avoriaz avec son sommet du cinéma commercial, La mouche (1987), puis Faux-semblants (1989) qui laissaient apercevoir ses futurs travers « auteurisants ». Pourtant il ne faut pas diminuer Scanners à une série B de plus dans la carrière de Cronenberg. Magnifiquement réalisée, avec des plans à l’architecture qui épatent la rétine, la célébration mentale est d’une beauté esthétique formelle qui aime convier les arts pour assommer le spectateur de sa propre morbidité de film de fin de règne. Scanners qui relate le combat entre les bons et les mauvais « lecteurs mentaux » regroupés en parias d’un côté ou au cœur d’une organisation avide de pouvoir et de vengeance de l’autre, est une œuvre mortifère dans le ton, et la musique de son jeune complice d’époque, Howard Shore. Celle-ci vient plomber les humeurs.

© Filmplan International Inc., SDICC

Tagline de ScannersDes baisses de tension

Pourtant, on peut reprocher au film des scènes de dialogues qui ralentissent l’intrigue dans sa partie centrale. Entre l’incipit spectaculaire et sa conclusion épique, avec des effets spéciaux qui ont fait date, l’approche est plus celle d’un auteur que d’un faiseur de divertissements fantastiques, contrairement à De Palma, Romero ou Carpenter, qui sévissaient avec la même appétence sur tous les écrans, de cinéma ou de salon, avec des œuvres qui battaient davantage le rythme.

Scanners n’en demeure pas moins fascinant et remarquable. On s’empressera en revanche d’oublier ses deux suites réalisées en 1991 et 1992 par Christian Duguay, ainsi que les deux spinoffs autour d’un Scanner Cop, dont le premier épisode fut dirigé par le producteur historique de la franchise, Pierre David.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 8 avril 1981

Sorties du 17 juillet 1985

Sorties de la semaine du 19 août 2020

Scanners en 3 affiches

Conception Graphique 2020 : Marclafon Design.fr / Marc Lafon – Joann (illustrateur) – Tous droits réservés

Box-office :

Très belle entrée de Scanners en 3e position du box-office parisien la semaine du 8 avril 1981, avec 61 342 entrées. Le film est interdit aux moins de 13 ans et bénéficie de 24 salles. Certes, il est doublé par Elephant Man qui réalise cette même semaine-là un score phénoménal (voir article ici), mais cela se joue à 400 entrées près.

Les salles diffusant Scanners étaient le Publicis Elysées, le Publicis Matignon, le Paramount Bastille, le Paramount Marivaux, le Studio Médicis, le Paramount Montparnasse, le Paramount Orléans, le Paramount Maillot, le Passy, le Paramount Galaxie, le Paramount Odéon, le Paramount Montmartre, le Paramount Opéra et le Convention St-Charles, pour l’intra-muros. Cronenberg s’éclatait également dans 10 salles de banlieue.

En 2e semaine, le réalisateur canadien doit non seulement affronter David Lynch, mais faire également face à Brian De Palma, qui ouvre en première place, avec Pulsions, faisant le forcing dans 28 cinémas (122 387) et Fassbinder (Lili Marleen, 76 113 entrées dans 17 salles). Scanners ne décroche pas pour autant, avec 40 087 spectateurs dans 25 cinémas.

En 3e semaine, l’auteur perd 50% de sa fréquentation, avec 22 618 spectateurs dans 21 salles, chute typique pour les films d’épouvante, d’autant qu’un certain Cannibal Holocaust s’installe tranquillement en 6e place, avec 26 537 spectateurs dans 10 salles courageuses. Le film de tous les scandales de Deodato lui vole un peu la vedette.

En 8e semaine, David Cronenberg est prêt à rendre l’âme, avec 1 981 retardataires sur 2 sites (le Cin’ac italiens, et le Paramount Montparnasse). A 159 620 spectateurs, il a bien vécu, et s’est même offert, fait rare pour une œuvre de ce genre, un ticket au-dessus des 500 000 spectateurs sur l’ensemble de l’Hexagone, puisqu’il flirte même avec les 600 000 tickets vendus. Cela sera, jusqu’à Dead Zone, son plus fort taux de remplissage.

Première reprise de Scanners en juillet 1985

Juillet 1985, c’est la crise du cinéma qui commence à poindre. Comme tous les étés, les salles se vident et l’on ressort les succès des années passées (Le flingueur, Soleil vert, Frankenstein Jr, Phase IV, L’homme au pistolet d’Or, Il était une fois la révolution, 2001 l’Odyssée de l’Espace, Pink Floyd the Wall, Les faucons de la nuit essaient tous de se placer dans le top 20). Le cinéma de séries B et Z abonde également. Tout concorde pour une ressortie de Scanners qui bénéficie désormais d’un culte grâce à son succès en VHS chez Sunset et surtout qui a vu son auteur, David Cronenberg, canonisé par la critique avec The Dead Zone, un sacré succès (746 000) de 1984, aidé, il est vrai, par le nom à la mode de Stephen King. Hasard des calendriers, Universal décidait enfin de lancer Vidéodrome en France en mai 1984. On en parle alors beaucoup mais le sujet, le snuff movie, rebute et l’auteur dérape à 229 000 spectateurs, malgré la présence de Debbie Harry du groupe Blondie. Pas grave, cependant, David Cronenberg est désormais érigé au rang des auteurs à suivre.

Affiche de la reprise 1985 de Scanners

Copyrights : Joann (illustrateur) – Tous droits réservés

Lancé le 17 juillet 1985 face au film érotique de Kikoïne Le feu sous la peau, le film d’horreur Les frénétiques avec Joe Spinell , les productions à gros bras Sale temps pour un flic, Stick le justicier de Miami, Nom de code oies sauvages et Pumping Iron 2, la reprise de Scanners introduit péniblement le top 15 avec 12 445 entrées. Chuck Norris bombe le torse en tête (67 230) et Burt Reynolds en Justicier de Miami se cache sous sa toison virile (14 779). La province reste plus ouverte au film de Cronenberg avec une nouvelle entrée dans le top 10, mais perdra 8 de ses salles clé en seconde semaine.

En deuxième semaine, Scanners trébuche aussi sur la capitale, perdant sur la « francilie » 12 de ses écrans, et doit se contenter de 4 489 curieux. La semaine était riche en nanars à accueillir (Gymkata, Vendredi 13 chapitre V, Porky’s 3, Le facteur de St-Tropez…) et le distributeur Visa Films, qui ressortait Scanners, devait trouver 8 écrans pour Cinq Femmes à abattre, l’un des premiers Jonathan Demme, le futur réalisateur du Silence des agneaux, qui avait démarré dans les années 70 dans le cinéma d’exploitation.

Dans 2 salles, Scanners provoque la migraine chez 1 247 spectateurs en 3e semaine. Il tient ainsi 6 semaines, grâce au Montparnos, où il grappille l’attention 249 télépathes, pour un total de 19 039 spectateurs.

La reprise de 2020

Après les ressorties estivales à succès d’auteurs méconnus de l’intelligentsia comme Lucio Fulci ou Dario Argento, le distributeur Capricci, qui ressortira aussi Chromosome 3, décide de creuser l’univers horrifique de David Cronenberg avec une reprise prestigieuse du film. A Paris, le cinéma le plus fréquenté d’Europe, l’UGC Ciné Cité les Halles, accueille le désormais classique Scanners, tout comme le MK2 Bibliothèque et le Grand Action. Il est également au très prisé Le Vincennes.

De nombreuses villes françaises proposent cette vieillerie dépoussiérée en 4K pour quelques séances ici et là.

Longue vie à « l’ancienne chair ». Gloire à David Cronenberg.

Frédéric Mignard

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Affiche 1981 originale de Scanners

Bande-annonce de Scanners (reprise 2020)

Epouvante - Horreur - Science-Fiction

Bande-annonce de ScannerS 1981

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