Comédie policière sympathique, Les keufs aborde des thématiques sérieuses, en mettant en scène des acteurs très bons. Une bonne surprise, marquée par des dialogues au cordeau.
Synopsis : Mireille Molyneux, inspectrice de police et ancienne enfant de la DDASS, traque les proxénètes avec des méthodes bien à elle, qui passent d’autant moins inaperçues que sa chevelure rousse la signale de loin. Grâce à la complicité de Yasmina, une jeune prostituée qui veut s’affranchir, elle arrête Charlie, son souteneur. Pour se venger de Mireille, Jean-Pierre, un autre proxénète, l’accuse de corruption. La jeune femme fait alors l’objet d’une enquête de deux inspecteurs de l’IGS : Blondel et Lacroix.
Une comédie au discours social marqué
Critique : Au milieu des années 80, Josiane Balasko a affirmé ses ambitions aussi bien au théâtre où sa pièce Nuit d’ivresse a été un triomphe, qu’au cinéma où elle est passée à la réalisation avec Sac de nœuds (1985). Toutefois, son premier long-métrage de réalisatrice a plutôt été une déception sur le plan commercial, tandis que les critiques n’ont pas été tendres. Avec Les keufs (1987) qui signifie flic en verlan, Balasko poursuit son exploration de la société française dans ses aspects les plus sombres. Aidée cette fois de Christian Biegalski et Jean-Bernard Pouy au scénario, elle aborde le milieu de la prostitution, des maquereaux, ainsi que les mutations de la Police nationale, contrainte d’intégrer de nouveaux éléments au cours des années 80. Ainsi, la réalisatrice se fait ici l’écho d’une société en pleine mutation, avec l’intégration policière des femmes et d’éléments venus de la diversité.
Balasko saisit l’occasion pour dénoncer les clichés racistes et machistes qui sont encore tenaces au sein de la population de l’époque. Ainsi, le bœuf carotte Noir incarné par Isaach de Bankolé ne cesse de se faire contrôler par la police, alors que lui-même est là pour surveiller les dérives des flics. Balasko, en mode séduisante malgré des tenues volontairement vulgaires, est elle-même systématiquement confondue avec les prostituées qu’elle s’évertue de remettre dans le droit chemin.

© 1987 Studio TF1 Cinéma, Les Films Flam, France 2 Cinéma. All Rights Reserved.
Des dialogues épicés et des interprètes au diapason
Ces différents éléments déclenchent des quiproquos plutôt amusants et permettent de glisser des idées progressistes sans en avoir l’air. Les auteurs ont également ajouté des running gags sympathiques à travers le rôle d’inspecteur tenu par Ticky Holgado. Ainsi, le personnage est systématiquement frappé, maltraité pour le plus grand plaisir du spectateur. Même effet comique déclenché cette fois-ci par Jean-Pierre Léaud qui incarne un commissaire hystérique, sans cesse sur les nerfs. L’acteur se parodie avec jubilation et offre une prestation certes caricaturale, mais franchement drôle. A noter d’ailleurs qu’il a été nommé aux César en tant que meilleur second rôle pour ce film. Enfin, Balasko livre encore une fois des dialogues épicés qui raviront les amateurs de vulgarités en tous genres.
Mais le meilleur des Keufs réside surtout dans le duo formé par Josiane Balasko et Isaach de Bankolé. Ce dernier sortait tout juste du succès surprise de Black mic-mac (Gilou, 1986) et se fait ici un malin plaisir à caricaturer les emplois habituels réservés aux Noirs dans le cinéma français de l’époque. Il interprète un policier très éduqué, mais qui se régale de jouer avec les stéréotypes de ses concitoyens. Certains passages qui s’attaquent directement au racisme sont encore aujourd’hui d’une belle pertinence, tant cette attitude de rejet reste malheureusement d’actualité. Signalons enfin un beau baiser final entre Balasko et de Bankolé. Cela semble peut-être anodin de nos jours, mais ce type de relation n’était pas si fréquemment affichée à l’écran à l’époque, preuve d’un bel engagement de la part de Josiane Balasko.
Box-office : un divertissement de Noël bien reçu par le public
Clôturant une année de crise du cinéma, Les Keufs est propulsé dans les salles par son distributeur AMLF comme blockbuster du rire pour les vacances de Noël. Sa sortie le 16 décembre le plaçait face à de nombreuses nouveautés : L’aventure intérieure de Joe Dante, Cayenne Palace d’Alain Maline, Creepshow 2, De guerre lasse de Robert Enrico, Ishtar avec Warren Beatty, Dustin Hoffman et Isabelle Adjani, Renegade avec Terence Hill et Sens unique de Roger Donaldson avec Kevin Costner. En concurrence directe, mais en seconde semaine, les comédies françaises Vent de panique ! et Il est génial papy ! s’installaient dans leur deuxième semaine sans grand succès. La dernière comédie populaire française, L’oeil au beurre noir, s’estompait en 7e semaine, créant une certaine frustration chez les amateurs en manque réel du cinéma du Splendid.
Les Keufs trouve son public avec 1 071 000 spectateurs sur l’ensemble du territoire. Le million était attendu ; la comédie aurait pu faire mieux. Au moins, parvient-elle à cette jauge symbolique, ce que La Smala (1984), avec Balasko actrice, et surtout la première réalisation de l’ancienne vedette du Splendid, Sac de Nœuds (1986), n’étaient pas parvenus à accomplir. Ce dernier avait péniblement atteint les 633 000 spectateurs. Par ailleurs, avec du recul, Balasko peut savourer cet accomplissement puisque l’année suivante, Jugnot ne comptabilisera que 416 000 spectateurs pour sa troisième réalisation, Sans peur et sans reproche. Quant à Lhermitte réalisateur, il connaîtra un bide avec Les Secrets professionnels du docteur Apfelglück (1990). Balasko, prêtresse du box-office, fera encore mieux avec Ma vie est un enfer en 1991 (1 170 523 entrées) et surtout Gazon maudit en 1995 (3 984 000).

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Dans le détail du box-office parisien
Malgré son cadre parisien populaire (notamment Ménilmontant et ses jardins qui venaient d’être inaugurés), le film a réalisé à peine 240 000 entrées sur la capitale et sa périphérie.
Avec 62 000 entrées en première semaine sur Paris-Périphérie, le résultat n’est pas exaltant, le film se classant seulement en 4e position, derrière Le Dernier empereur (4e semaine), la reprise des Aventures de Bernard et Bianca (3e) et L’aventure intérieure (1e) qui disposait de 37 écrans et d’effets spéciaux à la pointe. Les Keufs, dans 35 salles, se faisait l’écho franchouillard de Black Mic Mac (1986, également avec Isaach de Bankolé). Il se maintient en semaine 2 avec 60 000 entrées, et dépasse même Les dents de la mer 4 lors de sa 3e semaine (47 000). Il chute à 26 000 entrées en 4e semaine (35 écrans) en raison de la fin des vacances.
Aujourd’hui souvent oublié dans sa filmographie, le second long-métrage de Josiane Balasko en tant que réalisatrice mérite encore le coup d’œil pour sa verve et son regard frais sur les questions de société de son époque. La synergie entre Balasko et Isaach de Bankolé y est toujours savoureuse. La sortie du blu-ray et la disponibilité d’une version restaurée en HD vont lui permettre à juste titre de restaurer son cachet.
Critique de Virgile Dumez, Frédéric Mignard
Les sorties de la semaine du 16 décembre 1987
Voir le film en VOD

© TF1 International – Les Films Flam – France 2 Cinéma / Affiche : R.S.C.G. Best seller (agence). Tous droits réservés.
Le test blu-ray
Les Keufs est issu de la collection Josiane Balasko chez Rimini. Elle comprend des films comme Les hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds, Ma vie est un enfer et Nuit d’ivresse. Outre Les Keufs, elle inclut également depuis février 2026 Signes extérieurs de richesse.
Packaging & Compléments : 3 / 5
A l’image des autres films de la collection, Les Keufs profite d’une jaquette dynamique et fournie contrairement à l’affiche originale qui ne comportait que deux personnages. Elle est signée Sébastien Dréano (By Dreano) qui a proposé récemment les visuels de Dr. Wai, Sissi, Histoires de fantômes chinois, Black Mask, The Master… Un étui cartonné dissimule un amaray bleu à l’intérieur. Une collection stylée et carrée.
Au niveau des suppléments audiovisuels, pas de bande-annonce restaurée, aucuns documents d’époque, mais l’essentiel est là : une interview contemporaine de Josiane Balasko (15 min) qui aborde certains points intéressants. Elle évoque l’origine du projet qu’elle ne voulait pas réaliser ; elle développe son travail avec Jean-Pierre Léaud, qui sortait de déboires drôlissimes avec la justice, le casting (Ticky Holgado, Isaach de Bankolé), le tournage à Ménilmontant… En quinze minutes, on ne fait pas le tour du projet, cela reste superficiel, mais Josiane Balasko, pleine de tempérament et de nostalgie vis-à-vis d’une époque de copains qui ne sont désormais plus parmi nous, nous passionne, comme toujours.
L’image du blu-ray : 3.5 / 5
L’image HD est convenable. La restauration est manifeste, avec une colorimétrie ajustée et un piqué réhaussé. Mais cela s’est fait au détriment de l’acuité. La copie paraît quelque peu lisse. Cela reste néanmoins la meilleure copie pour découvrir le film désormais.
Le son du blu-ray : 4 / 5
Proposé en DTS HD Master Audio 2.0, Les Keufs dispose d’une piste claire et agréable, avec un niveau de puissance satisfaisant pour ce type de divertissement qui n’était proposé qu’en Dolby Stéréo à l’époque. Les dialogues sont très accessibles et la bande-originale a grignoté quelques crans de volume.
Test DVD : Frédéric Mignard
Sortie en blu-ray le 17 février 2026 (Rimini Editions)

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