Plus psychologique qu’horrifique, Les Démons de la nuit, dernier film de Mario Bava, bénéficie d’une ambiance mélancolique et macabre souvent touchante.
Synopsis : Après avoir été internée pour problèmes psychiatriques, Dora, qui a assisté au suicide de son compagnon, revient vivre dans leur maison. Elle est accompagnée par son nouveau mari, Bruno, et son jeune fils, Marco, issu de son premier mariage. Ce dernier se met à agir de manière insolite et semble pourvu de pouvoirs télékinésiques. Tous les événements étranges semblent avoir un lien avec la cave, scellée depuis fort longtemps…
Mario Bava et les maudites années 70
Critique : Cinéaste longtemps considéré comme mineur, Mario Bava a eu de plus en plus de mal à monter ses projets personnels au cours des années 70. Après le succès inattendu de La Baie sanglante (1971), la suite de la décennie fut très compliquée pour le réalisateur. Ainsi, son dernier film gothique Lisa et le Diable (1973) a été caviardé par son producteur Alfredo Leone pour se conformer à la mode du moment en devenant le nanar La Maison de l’exorcisme (1975).
Mais les déconvenues s’enchaînent pour Mario Bava puisque son polar nihiliste Les Chiens enragés (1974) n’a pas pu être achevé à cause de la faillite de son producteur. Le métrage ne sortira que quinze ans après la mort de son auteur. Dès lors, son fils Lamberto Bava l’a poussé à reprendre un projet abandonné au début des années 70. A partir d’un script rédigé par Dardano Sacchetti et Gianfranco Barberi, Lamberto Bava et Alessandro Parenzo ont modifié la plupart des éléments pour les conformer au style des films d’horreur contemporains.
Une pincée de gothique et beaucoup de Stephen King
Ainsi, les nouveaux auteurs de ce qui est devenu Les Démons de la nuit (1977) ont évacué les éléments les plus gothiques du script pour situer l’action dans une villa italienne très contemporaine. De même, ils ont privilégié quelques thématiques plus à la mode comme celle de la possession (L’Exorciste est passé par là) et de la télékinésie (influencé par les livres de Stephen King comme l’a avoué Lamberto Bava).

© 1977 Laser Film S.r.l. Rome. / Jaquette : L’Etoile Graphique. Tous droits réservés.
Avec un budget très réduit (l’équivalent de 100 000 euros), Mario Bava s’est donc lancé dans la réalisation de cette œuvre entièrement tournée dans la villa de l’acteur Enrico Maria Salerno. Pour incarner son héroïne, le cinéaste a choisi Daria Nicolodi qui est alors la compagne de Dario Argento et qui sort justement d’une dépression, tout comme le personnage principal du film. Face à elle, John Steiner et Ivan Rassimov contribuent à rendre le film crédible par leur jeu solide. Enfin, le gamin est interprété par le jeune David Colin Jr. déjà vu dans le film de possession Le Démon aux tripes (Ovidio G. Assonitis et Roberto D’Ettorre Piazzoli, 1974).
Un film d’atmosphère porté par une superbe musique progressive
Finalement, Les Démons de la nuit, dernier opus d’un auteur qui allait mourir trois ans plus tard, est un faux film de genre et une œuvre bien plus intéressante qu’il paraît de prime abord. Même si le scénario n’a rien de franchement original, Bava arrive à en tirer le meilleur parti possible grâce à sa sensibilité extrême et à son sens de l’atmosphère. Ainsi, les amateurs de sang frais seront sans doute déçus par cette fine étude psychologique d’une femme dont la raison vacille progressivement, emportée par sa mauvaise conscience. Réduisant l’action à sa plus simple expression, le metteur en scène s’applique davantage à créer une ambiance fantastique et mélancolique dans le style des Innocents (1961) de Jack Clayton ou encore du Cercle infernal (1977) de Richard Loncraine.
Les différentes séquences servent seulement à traduire l’état intérieur d’une femme au bord de la crise de nerfs, bourrée de calmants à la suite d’une grave dépression. Le cinéaste multiplie les plans biscornus et les déformations d’images, future marque de fabrique de son fils Lamberto, par ailleurs assistant de son père sur ce métrage. La première heure instaure une ambiance mystérieuse qui se prolonge sans doute un peu trop, mais l’ensemble est soutenu par une musique typique des productions italiennes de l’époque : à la fois mélancolique, gothique, macabre et efficace, le score du groupe I Libra est en tout point remarquable et n’a rien à envier aux productions des Goblins – notons d’ailleurs la présence de Walter Martino, membre commun aux deux formations.
Une dernière demi-heure polanskienne
Dans la deuxième partie, le cinéaste multiplie les moments déstabilisants sur le plan psychologique, prenant ainsi la suite des œuvres les plus névrotiques de Roman Polanski. On songe notamment beaucoup à son Répulsion (1965). La prestation de Daria Nicolodi est d’ailleurs tout à fait remarquable. Il s’agit assurément de son meilleur rôle au grand écran car elle se donne totalement. Dans ce bel exercice de style, on peut sans doute regretter l’aspect frustre de la photographie, pourtant la spécialité du réalisateur. Ici, les scènes nocturnes semblent trop éclairées pour être vraiment crédibles et l’on peut donc être frustré sur ce point précis.

Schock / Les démons de la nuit en VHS et DVD en France – © 1977 Laser Film S.r.l. Rome. Tous droits réservés.
Ce dernier film de Mario Bava a été un gros échec commercial en Italie où il a essuyé des critiques assassines. En France, il fut présenté en mars 1978 au Festival du Film Fantastique de Paris où il s’est fait descendre par les critiques spécialisés. Finalement, le métrage sort d’abord en VHS en 1981 chez MPM Production sous le titre Schock, avant d’être acheté par Les Films Jacques Leitienne pour une sortie cinéma en province sous le titre Les Démons de la nuit, à partir du 7 juillet 1982. Après une longue tournée des villages de France, le film a débarqué seulement en 1984 lors d’un double programme au Brady en 1984. Au total, le long métrage n’a pas engrangé plus de 15 000 entrées sur toute sa carrière française.
Une distribution française complexe, avec plusieurs titres différents
Décidément distribué n’importe comment, le métrage réapparaît en VHS chez MPM Production en 1985, cette fois sous le titre Cauchemar. Depuis l’ère du DVD, le film a récupéré son titre cinéma des Démons de la nuit. Il est désormais disponible dans une très belle copie blu-ray chez Sidonis Calysta, assortie de suppléments intéressants et d’un livret complet signé Marc Toullec.
Longtemps considérée comme une œuvre mineure au sein de la filmographie de Mario Bava, Shock est surtout une preuve de plus du talent incomparable d’un véritable auteur. Il est donc temps de réhabiliter totalement ce beau chant du cygne.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 7 juillet 1982
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Biographies +
Mario Bava, Daria Nicolodi, John Steiner, Ivan Rassimov, Lamberto Bava, David Colin Jr.
Mots clés
Cinéma italien, Cinéma bis italien, Les enfants maléfiques au cinéma, Les fantômes au cinéma, La folie au cinéma, Les huis-clos au cinéma