Les chiens enragés : la critique du film (2022)

Thriller | 1h35min
Note de la rédaction :
8/10
8
Les chiens enragés, jaquette Mediabook

  • Réalisateur : Mario Bava
  • Acteurs : Ettore Manni, Riccardo Cucciolla, George Eastman, Don Backy, Lea Lander, Maurice Poli
  • Date de sortie: 26 Mai 2022
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Cani arrabbiati
  • Titres alternatifs : Semaforo rosso (titre italien alternatif) / Rabid Dogs (titre international) / Kidnapped (titre de la version alternative américaine) / Semáforo rojo (Espagne) / Cães Raivosos (Portugal) / Wild Dogs (Allemagne)
  • Année de production : 1974
  • Scénaristes : Alessandro Parenzo, Mario Bava, Cesare Frugoni d'après la nouvelle de Michael J. Carroll
  • Directeur de la photographie : Mario Bava, Emilio Varriano
  • Compositeur : Stelvio Cipriani
  • Société(s) de production : Spera Cinematografica, International Media Film
  • Distributeur : Film inédit en France.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Sidonis Calysta (Mediabook, 2022)
  • Date de sortie vidéo : 26 mai 2022 (combo DVD & Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Dark Star, l'étoile graphique (jaquette Mediabook). Tous droits réservés.
  • Crédits : Spera Cinematografica - International Media Film / © 2022 Sidonis Calysta. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Thriller en huis-clos à l’atmosphère tendue, Les chiens enragés est une œuvre majeure de Mario Bava restée longtemps inédite. Pour amateurs de films radicaux des années 70.

Synopsis : En possession de l’argent volé à un transport de fonds dont ils éliminent l’un des convoyeurs, quatre braqueurs prennent la fuite devant la police. Si l’un d’eux est tué, les trois autres se couvrent en prenant en otage une femme ainsi qu’un automobiliste qui affirme conduire son garçonnet malade à l’hôpital. Commence alors une cavale où, à chaque instant, le pire peut arriver…

Les chiens enragés, une occasion de rebondir pour Mario Bava ?

Critique : En 1973, le réalisateur Mario Bava se trouve dans une très mauvaise passe. Effectivement, ses derniers films comme Baron Vampire (1972) ont été de gros échecs commerciaux. Pire, son œuvre suivante, le superbe Lisa et le diable (1973) a eu toutes les peines du monde à sortir et a même été complètement remodelé par le producteur Alfredo Leone pour en faire un médiocre film d’exploitation intitulé opportunément La maison de l’exorcisme. Dégoûté de cette situation, Mario Bava entend réagir par un geste artistique radical. Il choisit donc d’adapter une nouvelle américaine de Michael J. Carroll intitulée Man and His Boy (1951). En seulement cinq pages, l’auteur développe une intrigue forte, surtout remarquable pour son retournement de situation final qui sera récupéré par le cinéaste.

Mario Bava réussit à trouver un financement auprès du producteur Roberto Loyola et il peut ainsi se lancer dans l’écriture d’une intrigue qui a l’originalité de se passer en temps réel. Ainsi, le spectateur est invité à suivre durant une heure et demie la cavale en voiture de trois truands qui prennent en otage une femme, un homme et le gamin malade et inconscient du conducteur. Tourné durant le mois d’août 1973 dans une véritable voiture (précédée donc d’une voiture travelling), Les chiens enragés n’a pas besoin d’artifice pour signifier la chaleur écrasante qui accable à la fois les personnages, mais aussi toute l’équipe du film. Les comédiens ont notamment souffert le martyr durant ce tournage éprouvant, même si l’ambiance fut bonne entre les membres de l’équipe, tous persuadés de réaliser une œuvre hors norme.

Les Chiens enragés, argu Sidonis

©1974 Spera Cinematografica – International Media Film / © 2022 Sidonis Calysta. Conception graphique : Dark Star, l’étoile graphique. Tous droits réservés.

Un shocker quelque part entre Les chiens de paille et La dernière maison sur la gauche

Et de fait, Les chiens enragés impressionne encore beaucoup de nos jours, notamment par son extrême violence, aussi bien physique que psychologique. Marqué par la prestation hallucinante de Don Backy en fou du cran d’arrêt et de George Eastman en géant obsédé sexuel, le métrage fait preuve d’un dynamisme incroyable pour un huis-clos motorisé. Alors que nous ne quittons quasiment jamais l’habitacle d’une petite voiture, l’ennui ne s’immisce jamais durant la projection, tant le réalisateur parvient à créer une atmosphère tendue. Grâce à une caméra très mobile, et surtout qui cadre ses protagonistes en gros plan, Mario Bava crée une ambiance étouffante et même à la lisière du soutenable. Ici, on n’est jamais très loin d’œuvres radicales des années 70 comme Les chiens de paille (Peckinpah, 1971) et La dernière maison sur la gauche (Craven, 1972).

Dès le casse initial filmé au grand angle, l’hystérie de la réalisation étonne, d’autant que Mario Bava était plutôt habitué aux films d’atmosphère. Sa violence graphique, ainsi que sa conclusion nihiliste et totalement misanthrope doivent donc plutôt être rapprochés de La baie sanglante (1971). D’ailleurs, Mario Bava n’évite pas toujours la vulgarité lorsqu’il dépeint ces jeunes chiens fous du prolétariat joués par Backy et Eastman. Leurs tentatives pitoyables de viol sur la jeune femme courageusement incarnée par Lea Lander donnent lieu à des scènes assez hallucinantes que l’on ne peut trouver que dans le cinéma bis italien, agrémentés de dialogues épicés.

Un twist final monstrueux de misanthropie

Alors que les personnages interprétés par Maurice Poli et Riccardo Cucciolla semblent appartenir à une classe sociale bourgeoise plus soucieuse des convenances, le twist final vient rebattre les cartes et démontre que l’argent gangrène l’intégralité de la société italienne, alors entièrement minée par la violence des années de plomb. Sans être un objet politique à proprement parler, Les chiens enragés témoigne à sa façon de la déliquescence d’une société italienne en pleine phase d’implosion. Il le fait avec une puissance impressionnante et une radicalité stylistique marquante. Le tout souligné par un thème musical entêtant de Stelvio Cipriani.

Alors que Mario Bava espérait retrouver le succès avec ce long-métrage choquant, Les chiens enragés a finalement été bloqué juste à la fin du tournage par la faillite soudaine du producteur. La justice a ainsi saisi les bobines et le long-métrage est donc resté à l’état brut, sans montage, sans post-synchronisation et sans bande son durant vingt ans. Un vrai drame pour toute l’équipe qui y croyait dur comme fer. Malheureusement, Mario Bava est donc mort avant de voir son film fini.

Un bijou resté au placard plus de 20 ans

C’est l’actrice allemande Lea Lander qui a débloqué la situation en rachetant les parts au milieu des années 90. Dès lors, le film a été terminé en essayant de respecter au maximum les indications laissées par Bava. Cette version a été proposée dans plusieurs pays en DVD, tandis qu’Alfredo Leone a sollicité Lamberto Bava pour réaliser des inserts supplémentaires pour le marché américain. Le film est alors exploité sous le titre Kidnapped au début des années 2000 agrémenté d’une musique infame.

Après ces multiples retournements de situation, Les chiens enragés est désormais disponible en France chez l’éditeur Sidonis Calysta dans une édition combo DVD / Blu-ray qui propose les deux montages différents (celui de Bava et la version américaine ratée). Le long-métrage peut donc enfin être jugé à l’aune de ses qualités. Il s’agit d’une œuvre rescapée qui propose de découvrir un Mario Bava encore plus radical qu’à l’accoutumée, mais toujours aussi brillant dans la création d’ambiances tordues.

Rappelons enfin que le métrage, même resté longtemps invisible, a suscité la fascination et l’admiration de nombreux cinéastes. Ainsi, on signalera l’existence d’un remake franco-canadien pas très fameux intitulé Enragés (Hannezo, 2015) avec Lambert Wilson et Virginie Ledoyen.

Critique de Virgile Dumez

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© 1974 Spera Cinematografica – International Media Film / © 2022 Sidonis Calysta. Conception graphique : Dark Star, l’étoile graphique. Tous droits réservés.

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