La chair et le sang : la critique du film (1985)

Guerre, Aventure, Epopée | 2h07min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
La chair et le sang, affiche du film de Paul Verhoeven (1985)

  • Réalisateur : Paul Verhoeven
  • Acteurs : Jennifer Jason Leigh, Rutger Hauer, Brion James, Blanca Marsillach, Susan Tyrrell, Simón Andreu, Tom Burlinson
  • Date de sortie: 02 Oct 1985
  • Année de production : 1984
  • Nationalité : Néerlandais, Espagnol
  • Titre original : Flesh+Blood
  • Titres alternatifs : L'amore e il sangue (Italie), Kött och blod (Suède), Amor e sangue (Portugal), Conquista sangrienta (Colombie), Den vilde kriger (Danemark), Ild og blod (Norvège), Conquista Sangrenta (Brésil), Carne y hueso (Mexique), Fleisch & Blut (Allemagne), Hús és vér (Hongrie), Los señores del acero (Espagne), Krev a maso (Tchécoslovaquie), Krv i meso (Yougoslavie), Ciało i krew (Pologne), Rivalii (Roumanie)
  • Scénaristes : Gerard Soeteman, Paul Verhoeven
  • Directeur de la photographie : Jan de Bont
  • Monteur : Ine Schenkkan
  • Compositeur : Basil Poledouris
  • Producteur : Gijs Versluys (Gys Versluys)
  • Sociétés de production : Riverside Pictures, Impala
  • Distributeur : 20th Century Fox (France), Orion Pictures (Etats-Unis)
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : RCV Vidéo (VHS, distribution GCR), TF1 Vidéo (VHS, réédition); Filmedia (DVD, blu-ray), Carlotta (DVD, Blu-ray, Combo)
  • Date de sortie vidéo : 5 juillet 2005 (DVD, MGM), 18 septembre 2012 (DVD, blu-ray Collector), 19 avril 2022 (Carlotta), 24 juillet 2013 (Filmedia, réédition édition Collector, blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 339 361 entrées, 113 642 entrées
  • Box-office nord américain : 100 000$
  • Budget : 6 500 000$
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 2.39 : 1 (35mm) / Couleur / Dolby Stereo
  • Festivals et récompenses : Seattle International Film Festival (USA), Fantasporto Film Festival (Portugal), Nederlands Film Festival (2 Prix, Meilleur réalisateur, Meilleur film)
  • Illustrateur / Création graphique : © Renato Casaro. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1985 Orion Pictures Corporation. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Avec La chair et le sang Paul Verhoeven revisite le Moyen Âge et l’adoube de sa patte sans concession : sexe, violence et paillardises. Culte, cela va sans dire !

Synopsis : Europe de l’Ouest, 1501. Une troupe de mercenaires menée par le charismatique Martin est engagée par le seigneur Arnolfini pour l’aider à reprendre possession de son fief. En échange, il leur permet de faire main basse sur sa ville vingt-quatre heures durant. Mais Arnolfini ne respecte pas sa promesse et chasse la bande, qui jure de se venger. Pendant ce temps, le seigneur fait venir la jeune Agnes qu’il destine à son fils Steven. Le jour de leur rencontre, les mercenaires attaquent le convoi. Restée cachée, Agnes se retrouve aux mains de la terrible bande de Martin…

La chair et le sang, l’œuvre de transition entre l’Europe et Hollywood de Verhoeven

Critique : Premier film en langue anglaise de Paul Verhoeven, La Chair et le sang est un film de transition pour le futur réalisateur de Robocop et Basic Instinct. Et pour cause, habitué aux brûlots subversifs, mâtinés de sexualité crue et dérangeante, et de perversité violente, le cinéaste se tournait vers Hollywood à contre-cœur pour réaliser un projet médiéval qui lui tenait à cœur ! Sans pouvoir trouver l’argent sur le seul territoire européen où ses productions néerlandaises déroutaient les critiques, il parvient à un bon compromis avec Orion Pictures, pouvoir tourner son épopée épique, de « chair et de sang » sur le territoire européen. Sur un script de Gerard Soeteman, fidèle du cinéaste (Turkish délices, Le choix du destin, Spetters, Le quatrième homme) qui avait déjà rédigé le scénario d’une série médiévale avec Rutger Hauer dans les années 60, le cinéaste reconstitue le Moyen Âge avec un réalisme épatant (scènes de bataille impressionnantes, utilisation du décor de pierre, château et forteresse épatante), s’entichant en particulier des moments crus et de provocation : une scène de viol collectif impliquant la peu farouche Jennifer Jason Leigh, des moments de barbarie gratuite, un sentiment général de crasse et de dégénérescence alors que la peste noire s’acharne sur des personnages pourrissant de l’intérieur et de l’extérieur.

La Chair et le sang en édition ultra Collector chez Carlotta

La Chair et le sang en édition ultra Collector chez Carlotta (2022) – Visuel exclusif Pete Lloyd

Ce film de boue et de fureur est cadencé par un rythme soutenu, et forcément approprié pour le marché américain où la sortie se fera en catimini. Ce trépignement de l’image est insolite au cœur de la carrière dite néerlandaise de Verhoeven qui a toujours soutenu des projets intimiste.

C’est évidemment dans la religion que l’artiste puise l’essentiel de son inspiration, non pour la célébrer, mais bel et bien pour la repousser dans ses retranchements. Il utilise avec majesté et ironie l’imagerie des icônes, notamment représentées par les peintures de l’époque (Bruegel et Jérôme Bosch), en s’accompagnant de ses fidèles techniciens et amis proches, notamment Rutger Hauer, alors sorti du propret Ladyhawke, la femme de la nuit, son acteur fétiche des années 70.

Un Moyen Âge nihiliste où règne un parfum de misanthropie

Verhoeven excelle dans la réalisation et communique sa jubilation iconoclaste avec un talent incomparable. Trublion du mauvais goût, il filme la chair, sexuelle ou putride, dans ce qu’elle a de moins glorieux, accompagnant les pendus accrochés à leur potence, dans leurs déchéances physiques, et retournant comme une crêpe la vanité des innocents qu’il pervertit avec un plaisir sans équivoque.

Très loin d’être un film hollywoodien dans le ton et ce qu’il montre, La Chair et le sang frôle la misanthropie et témoigne d’une philosophie de l’humanité d’une grande noirceur. Echec aux USA et en Europe, et notamment en France, La Chair et le sang témoigna néanmoins du talent d’un grand auteur qui s’exila par la suite pendant 15 ans aux USA pour tourner des œuvres sensationnelles comme Robocop, Basic Instinct ou Starship troopers.

Cette œuvre au parfum de soufre a su élargir avec le temps sa cour d’aficionados en trouvant maintes éditeurs en VHS, DVD et Blu-ray. Une raison à cela, le génie déterminant de son auteur qui reste puissamment signifiant à travers les époques, avec des regards différents portés sur la richesse thématique en fonction des générations.

Frédéric Mignard

La chair et le sang, affiche du film de Paul Verhoeven (1985)

Copyrights & Design : René Casaro. Tous droits réservés – Les archives de CinéDweller.

Box-office :

Passé inaperçu aux USA, avec une sortie limitée par Orion sur quelques écrans de villes importantes, échec en Europe… La chair et le sang et ses excès de violence et de sexe a été moyennement été apprécié par la critique en son temps.

Une œuvre en quête d’identité auprès des spectateurs

Malgré le superbe visuel de Casaro qui restera, le film ne dépassera pas les 400 000 spectateurs en France. A son cinéma épique, les Français préfèreront aller voir Mad Max au-delà du dôme du tonnerre, sorti une semaine plus tôt, ou Rambo II dont le phénomène, 15 jours plus tard, allait être dans tous les esprits, ou des comédies à la mode, Trois hommes et un couffin ou Recherche Susan désespérément avec Madonna.

Sans vraie identité (américain? européen?, série B ou épopée épique de série A?), ce premier film en anglais de Paul Verhoeven dont les Français n’avaient toujours pas vu Le quatrième homme, toujours inédit dans l’Hexagone, sort en France le 2 octobre 1985.

Ce jour-là, l’écho médiatique est important, avec une belle page et une partie de la couverture du gratuit Actua Ciné et de nombreux papiers accompagnant sa barbarie. La Twentieth Century Fox lui trouve 29 écrans contre 37 pour Le quatrième pouvoir, thriller médiatique avec Nicole Garcia et Philippe Noiret, et 32 pour le récit biblique avec Richard Gere, Le roi David.

La chair et le sang, les affiches, jaquettes et visuels français

© 1985 Orion Pictures

Paul Verhoeven obtient donc le second démarrage de la journée avec 5 346 spectateurs contre 9 844 pour le thriller français. La première semaine le voit se positionner en 7e place sur Paris, avec 42 717, contre 33 564 entrées pour Le Roi David. Ce n’est évidemment pas terrible. Avec 9 écrans de moins en 4e semaine, Recherche Susan Désespérément en réalise 37 000, Akira Kurosawa et Ran sur seulement 22 écrans en 3e semaine éblouit 42 000 amateurs de cinéma belliqueux épique. Pourtant, la présence de 16 cinémas en intra-muros le place sur une position de force.

Où voir le film en 1985?

On le retrouve au George V, à l’UGC Ermitage, au Forum Cinéma, au Ciné Beaubourg, à l’UGC Montparnasse, à l’UGC Danton, à l’UGC Convention, au Rex, à l’UGC Gare de Lyon, aux 3 Secrétan, au Français Pathé, qu Quintette Pathé, à la Fauvette, aux Parnassiens, au Gaumont Sud, et aux Images.

Seuls les Ciné Beaubourg, Quintette Pathé et 3 Secrétan afficheront moins de 1 000 spectateurs par salle.

En passant à 23 écrans, le film chute à la 10e place en 2e semaine, se maintenant mieux que Le Roi David de Bruce Beresford. Le film parvient en 15 jours à dépasser les 70 000 spectateurs quand Richard Gere plafonne à moins de 50 000.

Un beau maintien malgré la sortie phénoménale de Rambo II

La 3e semaine de La chair et le sang est honorable : 14 837 écrans dans 16 salles. A peine sent-il l’effet du démarrage record historique de Rambo II avec Sylvester Stallone qui explose les compteurs avec 510 000 entrées dans 65 salles.

Pour sa 4e semaine, plus que 8 sites le programment, dont seulement un en périphérie. Il parvient à une belle moyenne par écran et demeure solide à 9 022 guerriers. Cela lui permet de compter sur 6 écrans en 5e semaine, dont le George V, le Rex, l’UGC Montparnasse et Danton, et le Pathé Français. Avec 7 268 entrées, on retrouve le bouche-à-oreille qui semble dessiner un profil culte à cette vision sombre et pessimiste du Moyen Âge selon Verhoeven. C’est d’ailleurs cette semaine-là que Flesh + Blood dépasse la barre symbolique des 100 000 combattants.

La 6e semaine est exclusivement parisienne. Plus aucun site de la périphérie ne le programme. Quatre salles, toute au-dessus des 1 000 spectateurs, pour un total de 5 783 entrées. C’est bien. Toutefois, on note la programmation dans un cinéma de quartier, le Paris Ciné qui dénote la fin de carrière proche pour le film.

La 7e semaine, outre l’écran du George V, La chair et le sang gagne l’accès à deux temples des fins de programmation, le Gaîté Boulevard et le Gaîté Rochechouart pour 5 391 spectateurs. De la 8e à la 11e semaine, il fera un petit tour à l’espace gaîté pour quelques centaines de spectateurs en plus.

L’un des scores bas dans la carrière de Paul Verhoeven

A l’échelle nationale, le film trouvera une 10e place en première semaine, avec 93 708 entrées, devant les 76 000 entrées du Roi David. Paul Verhoeven trouvera un déclin proportionné avec le Parisien (77 388 entrées en 2 semaine, 47 000, 25 000, 18 000, 17 000, 15 000…). Cette stabilité l’honore.

Malheureusement, il sera parti de trop bas pour parvenir à faire les 500 000 spectateurs auquel on aurait aimé le retrouver. Après tout, Turkish Delice, en 1973, avait émoustillé 530 000 spectateurs. Benedetta en fin de carrière fera toutefois à peine 2 000 entrées de plus (338 000 pour le film cannois contre 336 011 pour l’épopée nihiliste).

Robocop (1 686 000), Total Recall (2 360 000), Basic Instinct (4 618 000) et Hollow Man (1 512 000) sècheront ses larmes.

Une analyse exclusive par Frédéric Mignard

Le DVD de La chair et le sang chez Carlotta (2022)

© 1985 Orion Pictures

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