La bête de guerre : la critique du film (1988)

Film de guerre | 1h51min
Note de la rédaction :
7/10
7
La bête de guerre, affiche du film de Kevin Reynolds

  • Réalisateur : Kevin Reynolds
  • Acteurs : George Dzundza, Steven Bauer, Jason Patric, Don Harvey, Stephen Baldwin
  • Date de sortie: 07 Sep 1988
  • Année de production : 1988
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Beast of War
  • Titres alternatifs : The Beast (Royaume-Uni), Bestie Krieg (Allemagne de l'Est), A Besta da Guerra (Portugal), Belva di guerra (Italie), La bestia de la guerra (Espagne), Krigsdjævelen (Danemark), La fiera de la guerra (Argentine), Bestia (Pologne)
  • Scénariste : William Mastrosimone
  • D'après la pièce : Nanawatai de William Mastrosimone
  • Directeur de la photographie : Douglas Milsome
  • Monteur : Peter Boyle
  • Compositeur : Mark Isham
  • Producteur : John Fiedler
  • Sociétés de production : A&M Films, Brightstar Films
  • Distributeur : Columbia / TriStar
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Columbia Pictures International Vidéo - RCA (VHS, 1989), Sony Pictures (DVD, 2002), ESC Editions (DVD, Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Avril 1989 (VHS), 5 février 2002 (DVD), 5 Janvier 2022 (DVD, blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 120 000 entrées (chiffres approximatifs) / 37 151 entrées
  • Box-office nord américain : 161 004 $
  • Budget : 8 000 000$
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (DeLuxe, 35MM) / Dolby Stéréo
  • Festivals et récompenses : Prix du meilleur film au Festival International du film de Cleveland 1988, Festival de Deauville 1987
  • Illustrateur / Création graphique : © 1988 Columbia Pictures. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1988 Columbia Pictures Industries. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Film curieusement oubliée malgré une belle réception à sa sortie, La Bête de Guerre est une œuvre qui évite tout schématisme, âpre et violente.

Synopsis : Pendant la guerre d’Afghanistan, en 1981, une troupe de soldats soviétiques, commandée par un homme très dangereux, se perd dans le désert. Les hommes, en pleine mission de destruction de villages et d’élimination de civils, deviennent alors les cibles des habitants, armés pour se défendre…

La bête de guerre : la nuance dans les deux camps

Critique : L’argument du deuxième long-métrage de Kevin Reynolds, avant le succès de Robin des Bois, Prince des Voleurs (1991), est des plus simples : en Afghanistan durant la guerre, un tank russe détruit un village puis se perd et se fait prendre en charge par des Moudjahiddins. Comme le souligne le film, c’est David contre Goliath, mais on sait ce qu’il advint dans le texte biblique. Sauf qu’à la place d’un récit manichéen que le sujet semblait appeler, La Bête de Guerre développe en parallèle les deux camps en faisant reposer la dramaturgie sur des oppositions fortes : les rebelles sincères, avides de vengeance contre les pilleurs, le soldat russe compréhensif qui essaie de rester humain face au chef brutal et féroce. Et cette opposition se nuance elle-même grâce à des personnages secondaires : soldats hésitants, femmes revanchardes, entre autres, ce qui donne une complexité louable au film et relance sans cesse l’action.

Dès le début, le spectateur est happé par la dureté (la séquence de l’Afghan écrasé par un char est terrible) et, grâce à un scénario et un montage des plus habiles, sera conduit vers une fin relativement inattendue sans décrocher : les rebondissements s’enchaînent selon un rythme savant, réservant suffisamment de surprises pour captiver et suffisamment de « temps morts » pour explorer des psychologies complexes. Ainsi les dilemmes se multiplient-ils, avec comme fondement la question de la conscience : faut-il toujours obéir ? Qu’est-ce que trahir ? Comment vivre avec un passé oppressant (même le méchant a droit à sa justification, en rapport avec sa lutte contre les nazis) ? Loin d’être clairement posées, ces questions surgissent au fil du métrage, incarnées par des personnages forts et construits, remarquablement interprétés.

Arrête ton char, bidasse

Dénoncer l’absurdité de la guerre n’est pas vraiment nouveau. Trouver un angle sinon inédit, du moins inhabituel, est plus difficile ; dans quelques séquences, La Bête de Guerre y parvient : la plus belle sans doute est celle dans laquelle les occupants du char se sentant menacés déclenchent un déluge de feu, avant de se rendre compte qu’ils ont abattu des cerfs. Plus profondément, le lien entre les deux protagonistes officiellement ennemis, préparé par les discussions avec l’Afghan « collaborateur », décrit finement la possibilité pour deux cultures opposées de se rencontrer. Dès lors, l’ennemi n’est plus forcément celui que désigne la guerre.

Spoiler

On pourra chipoter ici ou là, trouver la tentative d’amplifier le récit, de le tirer vers la Bible assez maladroite : le tank transformé en « Bête », David et Goliath déjà cités, mais aussi le héros « crucifié » et qui finit par une élévation, tout cela semble balourd dans un film aussi concret, aussi matériel. En revanche, l’utilisation des décors, ces paysages âpres et minéraux, participent de la réussite cinématographique d’une œuvre oubliée, réapparue en blu-ray chez ESC en 2022. Elle mérite amplement d’être redécouverte.

François Bonini

Sorties de la semaine du 8 septembre 1988

La bête de guerre, affiche du film de Kevin Reynolds

© 1988. Columbia Tri Star. Tous droits réservés.

Box-office :

Véritable désastre au box-office américain où il est sorti en catimini et finira sa carrière sous les 200 000$ pour un budget initial de 8 000 000$, La bête de guerre était un petit événement en France où la critique était dans l’ensemble enthousiaste. Columbia TriStar le place à deux jours de sa sortie au festival de Deauville pour accroître son exposition qui est déjà belle dans les magazines cinéphiles, et notamment Starfix qui en fait son coup de cœur et l’estampille à jamais du seau son aval. Instantanément culte, et pourtant, les chiffres ne sont pas là.

La bête de guerre, un désastre au box-office

Malheureusement, l’exploitation du film sera misérable dans l’ensemble de notre pays, tout particulièrement sur la capitale, indifférente. En proposant le pamphlet contre la guerre à la rentrée 1988 – période creuse pour les exploitants -, le distributeur, qui offre une première mondiale au marché français, se trompe. En cette année particulièrement funeste pour l’exploitation (le marché était encore en baisse par rapport à 1987, déjà en baisse par rapport à 86…, bref, c’était la crise), Deauville offrait aux distributeurs l’opportunité de déballer de belles cartouches. Mais n’était-ce pas le film de trop dans un contexte d’esquive de la part des spectateurs?

En fait, cette semaine du 7 septembre 1988, les Américains lancent dans nos salles la comédie américaine triomphale Big de Penny Marshall, avec Tom Hanks, l’autre phénomène américain de l’année, cette fois-ci avec Robin Williams, Good Morning Vietnam, mais aussi Masquerade, avec Rob Lowe, par le réalisateur de La Balance, et un film fleuve d’Hector Babenco de 2h25, avec Jack Nicholson, Meryl Streep et Carroll Baker, Ironweed, la force d’un destin. Dans le secteur de l’art et essai, Alan Rudolph proposait Les modernes, l’une de ses grandes réussites,  et la France dévoilait une copieuse production en anglais avec Christophe Lambert et Ed Harris, Le complot.

Dès le premier jour, le classique du film de tank s’écrase malgré la plus grosse combinaison pour une nouveauté (33 salles sur Paris-Périphérie). Avec 2 835 spectateurs, en 24 heures, le film se pare d’une moyenne abyssale. La comédie fantastique Big, qui était sortie de façon prématurée avec une exclusivité dans trois cinémas, réalisait 1 831 spectateurs, à titre de comparaison. Masquerade, dans 19 cinémas, accomplissait le faux exploit de faire quasiment autant (2 737) avec 14 écrans de moins.

Une affiche Cannon

En première semaine sur Paris, La bête de guerre, sans nom célèbre sur son affiche, et à une époque où la Cannon vendait de la baston armée par dizaine chaque année sur des affiches dessinées similaires, réalise 20 588 entrées. Une misère pour cette nouveauté en 9e position. De toute façon, la semaine est effroyable. Le numéro 1, Good Morning Vietnam n’a enthousiasmé que 64 025 spectateurs malgré une sortie événement. Big dans trois cinémas parvient tout de même à enchanter 16 826 cinémas.

Le second long métrage de Kevin Reynolds ne tiendra donc que 5 semaines dans les salles parisiennes, glissant en 15e place en deuxi_me semaine quand Presidio s’accaparait du haut du podium, avec 56 238 entrées. Le film de guerre quitte évidemment le top 20 en 3e semaine.

Les exploitants se débarrassent au plus vite du vilain petit canard du box-office. 14 salles en intra-muros en première semaine, 8 écrans la semaine suivante, 3 sites sur Paris même en 3e semaine, 1 seul cinéma en 4e semaine (l’UGC Normandie et 1 064 spectateurs grâce à sa situation géographique, les Champs Elysées). En 5e semaine, Columbia exploite La bête de guerre sur trois écrans, lui assénant le coup final. En effet, The Beast est exposé dans les temples de fin de carrière, ceux des cinémas de quartier, en l’occurrence le Paris Ciné à Strasbourg St-Denis, et le Hollywood Boulevard au niveau des Grands Boulevard, au croisement de la Rue Montmartre. Au moins, trouve-t’il encore 4 090 retardataires pour un total accablant de 37 151 spectateurs.

Un classique méconnu, rare mais recherché

En province, où le film peut apparaître comme une petite série B pêchue sur le papier, la déconvenue est moindre, mais la production ambitieuse agonise bel et bien dans la poussière (environ 120 000 spectateurs, chiffres approximatifs).

Dans ce contexte, Columbia et RCA n’auront aucun mal à sortir cette œuvre que l’on croyait très attendue, en VHS, dès le mois d’avril 1989. Un succès plus évident dès lors, avec plusieurs mois de classement dans le top des meilleures locations. En DVD, Sony mettra sur le marché une fausse édition collector en 2002 et l’éditeur ESC réalise une première mondiale en proposant le film dans une édition blu-ray, malheureusement médiocre qualitativement et au niveau des suppléments, vingt ans plus tard.

Le film est maudit, mais la mémoire des enfants des années 80 demeure. Le culte attendra une copie 4K, un jour viendra, peut-être.

Frédéric Mignard

La bête de guerre, de Kevin Reynolds

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