La banquière : la critique du film (1980)

Drame | 2h11min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
La banquière, l'affiche

  • Réalisateur : Francis Girod
  • Acteurs : Daniel Auteuil, Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Claude Brasseur, Thierry Lhermitte, Jean-Claude Brialy, Jean Carmet, Marie-France Pisier, Jacques Fabbri, Daniel Mesguich, Hubert Deschamps, Véronique Genest
  • Date de sortie: 27 Août 1980
  • Nationalité : Français
  • Année de production : 1980
  • Scénariste(s) : Georges Conchon, Francis Girod, inspiré de la vie de Marthe Hanau
  • Directeur de la photographie : Bernard Zitzermann
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Société(s) de production : Partner's Productions, France 3 (FR 3), Gaumont
  • Distributeur (1ère sortie) : Gaumont
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Gaumont Columbia RCA (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 23 mai 2005 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 2 394 073 entrées / 669 556 entrées
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Stéréo
  • Festivals et récompenses : 4 nominations aux César 1981 : Meilleure photographie, Meilleurs décors, Meilleur son, Meilleur montage
  • Illustrateur / Création graphique : René Ferracci
  • Crédits : © 1980 StudioCanal Image - France 3 Cinéma
Note des spectateurs :
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Porté par l’interprétation incandescente de Romy Schneider, La banquière est pourtant un film assez faible, plombé par une absence de point de vue et une réalisation académique.

Synopsis : Emma Eckhert, issue d’un milieu modeste, réussit, dans l’entre-deux-guerres, une fulgurante ascension et se trouve à la tête d’une banque et d’un journal financier spécialisé dans l’épargne populaire. Elle sera victime d’une machination politico-financière.

De nombreuses libertés prises par rapport à l’affaire Marthe Hanau

Critique : Fidèles collaborateurs depuis le début des années 70, Francis Girod et Jacques Rouffio ont également un ami en commun nommé Georges Conchon. Si les deux premiers sont passés assez rapidement à la réalisation, Conchon est resté un scénariste très apprécié dont les scripts manifestent une vision très noire de l’humanité. On lui doit ainsi des histoires aussi fortes que celles de Sept morts sur ordonnance (Rouffio, 1975), La victoire en chantant (Annaud, 1976), L’état sauvage (Girod, 1978), Judith Therpauve (Chéreau, 1978) ou encore Le sucre (Rouffio, 1978).

A la fin des années 70, Georges Conchon et Francis Girod décident de s’inspirer de la vie de Marthe Hanau pour créer une œuvre fictionnelle qui serait une critique cinglante des milieux d’affaires au cœur des années 30. En réalité, les auteurs du script ne font que vaguement s’inspirer du personnage et ne tiennent pas compte de la réalité historique d’une telle affaire qui a agité la France de la fin des années 20. Contrairement à Alain Resnais qui a su retracer l’affaire Stavisky avec suffisamment de liberté artistique tout en s’appuyant sur une réalité historique juste dans Stavisky (1974), Francis Girod et Georges Conchon s’éloignent volontairement du véritable personnage de Marthe Hanau pour faire de leur banquière (renommée Emma Eckhert) la victime d’un système politico-financier pourri.

Un personnage fuyant au sein d’un film contradictoire

Malheureusement pour le spectateur, Francis Girod n’est pas parvenu à offrir un regard affirmé sur ce personnage auquel il est difficile de s’attacher. On sent bien que le réalisateur souhaite en faire une femme libre dans une société d’hommes, une rebelle qui viendrait du ruisseau et se hisserait au niveau des puissants. Mais dans un grand élan de contradiction, il en fait également une opportuniste qui, au lieu de combattre le système frontalement, se met à jouer le même jeu que les autres. Puisqu’il faut corrompre pour réussir, voilà que cette femme se livre à une avalanche de pots-de-vin pour acheter sa tranquillité. Certes, elle use des armes de ses adversaires, mais elle se complaît surtout dans un système corrompu dont elle tire les bénéfices.

L’erreur manifeste de Francis Girod est d’en avoir fait une héroïne du petit peuple alors même que cette population n’apparaît jamais à l’image. Bien au contraire, Girod semble fasciné par ce monde de l’argent qu’il tente pourtant de dénoncer. Il ne cesse de filmer des hôtels de luxe et fait donc évoluer son personnage dans un monde clos, totalement replié sur lui-même, annulant ainsi toute la dimension sociale de son sujet. Oui, Emma Eckert dit qu’elle se soucie des petits épargnants, mais on ne le ressent jamais. Pas plus que son engagement à gauche, contredit la scène suivante par le contrat passé avec les fascistes de Mussolini.

La banquière se résume trop souvent à un défilé de stars

Certains pourront donc défendre le positionnement de Girod en disant qu’il souhaitait ainsi montrer l’ambivalence de ces milieux d’affaires. Dans ce cas, pourquoi la dernière demi-heure est-elle consacrée à victimiser le personnage incarné par Romy Schneider, au point d’en faire une martyre tombée sous les coups de la grande finance internationale ? Elle-même corrompue jusqu’à la moelle, elle ne parvient pas vraiment à attirer la sympathie et les effets mélodramatiques du réalisateur sont donc réduits à néant.

En fait, Francis Girod semble incapable ici de construire des personnages secondaires qui soient autre chose que des archétypes. Autour de cette banquière elle-même mal définie gravitent un nombre trop important de protagonistes qui n’ont que quelques minutes pour exister. Ainsi, on a trop souvent l’impression d’assister à un défilé de stars qui auraient été convoquées pour faire leur show le temps d’une scène ou deux, avant de disparaître du cadre pour toujours. Aucun personnage n’est vraiment développé : quelles sont les motivations du journaliste pourri joué par Jean Carmet ? Qui est vraiment cet homme au triple jeu interprété par Daniel Auteuil ? On pourrait étendre cette liste à l’ensemble des protagonistes qui ne se définissent qu’en fonction de leur rôle d’électron gravitant autour de la banquière.

A voir pour Romy Schneider, rien que pour elle

Il résulte de cette absence de point de vue affirmé un sentiment de flottement permanent au cours d’un film qui voudrait évoquer les tensions sociales des années 30 sans jamais montrer le peuple. Il ne reste de La banquière que la désagréable impression d’assister à un spectacle populiste dont le seul message paraît être que toutes les élites sont forcément corrompues.

Heureusement, le long-métrage, empesé par une réalisation très académique, est en partie sauvé par l’interprétation de la magnifique Romy Schneider. Comme à son habitude, la star se consume littéralement devant la caméra. Elle donne absolument tout ce qu’elle a dans les tripes pour offrir une belle incarnation à ce personnage de femme moderne avant l’heure. Elle constitue donc le seul vrai atout de ce film terriblement décevant, aussi bien dans le fond que la forme, même si on peut également sauver la partition musicale sobre et inspirée d’Ennio Morricone.

Ce défilé de tout le gratin du cinéma français a été bien vendu par son producteur Ariel Zeitoun et la firme Gaumont qui est parvenue à en faire un grand événement. Le long-métrage n’a pas eu que des soutiens au niveau des critiques, mais il a pu compter sur des spectateurs ravis de cette charge au bulldozer contre les milieux financiers. Ils furent donc plus de 2,3 millions de spectateurs heureux d’enfoncer des portes ouvertes avec Francis Girod, confirmant le lien très puissant entre le public français et la bouleversante Romy. Le film s’est notamment hissé à la quinzième marche du podium annuel et a constitué le plus gros succès commercial de Francis Girod. Il ne s’agit pourtant pas de son meilleur opus.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 27 août 1980

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La banquière, l'affiche

© 1980 StudioCanal Image – France 3 Cinéma / Affiche : René Ferracci © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.

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