Nanar de compétition, Kinjite sujet tabou clôt le cycle de J. Lee Thompson et Charles Bronson chez la Cannon avec une œuvre terriblement réactionnaire enchaînant les scènes outrancières et surréalistes. Drôle au quinzième degré.
Synopsis : Père de famille, policier désabusé aux méthodes musclées et racistes, proche de la retraite, le sergent Crowe mène une lutte sans merci et s’acharne particulièrement sur les trafiquants de drogue et les proxénètes. Depuis longtemps, Crowe et son adjoint Rios, sont sur la trace de Duke, qui enlève et drogue des adolescentes pour les livrer à la prostitution. Duke vient de kidnapper Fumiko, la jeune fille du richissime industriel Hada, installé en Californie…
Un scénario entièrement remanié pour satisfaire Charles Bronson
Critique : La firme Cannon de Menahem Golan et Yoram Globus est déjà dans le rouge lorsqu’elle acquiert le scénario Kinjite sujet tabou écrit par Harold Nebenzal et qui était initialement un drame policier dépourvu d’action. L’homme est surtout connu comme producteur, mais il a tout de même rédigé le scénario de Le vent de la violence (Ralph Nelson, 1975) avec Sidney Poitier et Michael Caine qui faisait preuve d’un réel progressisme.
Même si Harold Nebenzal demeure le seul scénariste crédité au générique de Kinjite sujet tabou (1989), tous les témoignages concordent pour dire que son script a été très largement modifié par le producteur Pancho Kohner et le réalisateur J. Lee Thompson afin d’en faire un pur produit taillé sur mesure pour le public réactionnaire de Charles Bronson. Ils ont ajouté également plusieurs scènes d’action, même si le budget de 5 millions de dollars (autour de 13M$ de nos jours) alloué par la Cannon s’avère rachitique, pour cause de gros soucis financiers.
Le justicier braque les proxénètes
Même si en France Kinjite est sorti avant Le Messager de la mort (J. Lee Thompson, 1988), il a été produit et réalisé après et constitue donc bel et bien le dernier film de Charles Bronson pour la Cannon, ainsi que le tout dernier long métrage réalisé par J. Lee Thompson qui allait prendre sa retraite après ce nouvel échec. D’ailleurs, pour un chant du cygne, les différents intervenants semblent avoir pris le parti de lâcher totalement la bride du politiquement correct.
Ainsi, Kinjite sujet tabou semble vouloir marcher sur les pas du Justicier de minuit (J. Lee Thompson, 1983) en matière d’excès putassiers. Mais le résultat est bien loin de celui du métrage précédent, pourtant déjà outrageusement bis. En fait, on a surtout l’impression que J. Lee Thompson est ici en roue libre, laissant les idées réactionnaires de son acteur principal s’exprimer sans le moindre filtre. Effectivement, le métrage évoque une thématique chère aux conservateurs et vise donc la prostitution des mineures. Bien évidemment, le but est de scandaliser le spectateur à peu de frais en signant des séquences qui ne peuvent que révulser. Il est ensuite plus facile de faire avaler la pilule des solutions radicales appliquées par le sergent Crowe.
Kinjite déploie un argumentaire réactionnaire embarrassant
Ici, papy Bronson incarne un père de famille apparemment modèle qui couve sa fille (en gros qui l’empêche de vivre sa vie), mais qui semble également développer une étrange forme de jalousie vis-à-vis des jeunes prétendants de l’adolescente. Il faut dire qu’il appartient à la police des mœurs et qu’il est confronté durant tout le film aux agissements d’un proxénète sans scrupule interprété avec jubilation par Juan Fernández. A cela, il faut ajouter la présence d’un important homme d’affaires japonais (en réalité l’Américain d’origine chinoise James Pax) dont la jeune fille est kidnappée par le maquereau.

© 1989 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc / Jaquette : L’Etoile Graphique. Tous droits réservés.
Dans cette histoire mal fagotée où les personnages se rencontrent souvent par hasard, le manque d’action est absolument flagrant et il faut attendre le dernier quart d’heure pour que des fusillades et autres explosions interviennent. En attendant, le spectateur a droit à une multitude de moments embarrassants qui feront la joie des bisseux, tout en scandalisant à juste titre les autres. Kinjite ne s’embarrasse pas de nuances et clame tout haut son racisme et son homophobie.
Un nanar raciste, homophobe et putassier
Ainsi, tous les membres du gang sont soit Portoricains, soit Afro-américains, tandis que les Asiatiques sont décrits comme des alcooliques frustrés sur le plan sexuel et donc prêts à tous les excès pour satisfaire leurs fantasmes. En bon réactionnaire qu’il est, le personnage est aussi homophobe puisqu’il punit le client d’une prostituée mineure à l’aide d’un godemiché (scène allusive, mais surréaliste), tandis qu’il préfère enfermer le grand méchant en prison afin qu’il serve de jouet sexuel aux autres détenus (le cliché de la douche, vous remettez). Enfin, le cinéaste n’oublie pas de cibler la corruption des élites, ainsi que l’inefficacité légendaire de la police et le laxisme de la justice. Autant de thèmes qui font de Kinjite sujet tabou un sommet de cinéma fascisant, parfaitement condamnable dans son discours sans filtre.
Le tout est épicé de dialogues particulièrement orduriers (surtout en VF, culte) qui feront le bonheur des amoureux de cinéma bis, puisque le rire est ici garanti, pour peu que vous supportiez le discours général d’une œuvre d’autant plus indéfendable qu’elle suscite le voyeurisme et les bas instincts du spectateur. Typique de son époque, Kinjite sujet tabou était toutefois déjà considéré comme un film putassier dès sa sortie.
Des critiques catastrophiques et un bide aux Etats-Unis
Ainsi, dans La Saison cinématographique 1989, le critique Jacques Zimmer écrit :
Dans ce pêle-mêle sont ainsi confondus le viol et la prostitution, le kidnapping et les mœurs trop libérales, la drogue et le cinéma pornographique. Sans oublier le racisme sous-jacent à l’égard des « Blacks » délinquants comme des Asiates envahissants.
L’ensemble des critiques furent catastrophiques et signalèrent non seulement la médiocrité de la réalisation, du scénario et bien entendu la contradiction d’une œuvre qui condamne les « déviances » de la société en filmant le tout avec un voyeurisme déplacé.
Sorti aux Etats-Unis au mois de février 1989, Kinjite sujet tabou a été un échec cinglant pour la Cannon et pour Bronson avec des recettes qui n’ont pas dépassé 3 416 846 $ (soit 9 080 000 $ au cours de 2026), ce qui est à peu près le même résultat que celui du Messager de la mort (1988), déjà une sacrée déception. D’ailleurs, Charles Bronson se réfugiera à la télévision durant la décennie suivante, conscient que le vieux monsieur aux valeurs rances ne pouvait plus attirer la jeune génération dans les salles.
Box-office français de Kinjite sujet tabou
En France, Kinjite sujet tabou débarque dans les salles le 26 avril 1989, soit une semaine très chargée en matière de nouveautés. Parmi elles, on pouvait voir La Mouche 2 (Chris Walas), Marquis (Henri Xhonneux), J’ai épousé une extra-terrestre (Richard Benjamin), Les Deux Fragonard (Philippe Le Guay), Le Café des Jules (Paul Vecchiali), Au fil de la vie (Garry Marshall) ou encore Après la guerre (Jean-Loup Hubert).
Distribué par Cannon France, Kinjite sujet tabou débarque à la 15ème place du box-office national avec seulement 35 461 voyeurs. La semaine suivante, le métrage attire 25 454 retardataires et glisse donc à la 16ème place. Puis, en troisième instance, le polar mou consterne encore 19 408 vieux réacs et atteint donc péniblement les 80 000 tickets vendus. Au bout d’un seul mois à l’affiche, le métrage semble déjà exsangue puisqu’il est retiré de l’affiche de nombreux cinémas pour cause de salles vides. Il attire donc seulement 7 516 personnes à la fin mai.
Toutefois, le polar voyeuriste va continuer sa carrière à bas bruit durant plusieurs semaines, remontant un temps à 10 131 clients supplémentaires. A partir du mois de juin, le métrage va faire le tour des villages de France, avec un public généralement plus réceptif à ce type de divertissement. Kinjite sujet tabou parlera en tout à 122 737 Français.
Une œuvre de vidéo-club
Par la suite, il va également connaître une belle carrière en vidéo-club et deviendra progressivement une référence dans le domaine du nanar réactionnaire. Après une édition VHS chez Delta Vidéo, le métrage a fait l’objet d’une première édition DVD médiocre au début des années 2000. Désormais, le film existe dans une version blu-ray de bonne tenue chez Sidonis Calysta. Même s’il est assurément un nanar de compétition, on peut aussi considérer Kinjite sujet tabou comme un plaisir coupable. Vraiment coupable !
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 avril 1989
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© 1989 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés.
Biographies +
J. Lee Thompson, Charles Bronson, Danny Trejo, Perry Lopez, Juan Fernández, James Pax
Mots clés
Cinéma américain, Cannon Films, Polar urbain des années 80, Nanars d’action des années 80, Vigilante Movie, La prostitution au cinéma, La pédophilie au cinéma