Marquis : la critique du film (1989)

Animation, Comédie, Erotique | 1h23min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche de Marquis, film 1989

  • Réalisateur : Henri Xhonneux
  • Acteurs : Michel Robin, François Marthouret, Valérie Kling
  • Date de sortie: 26 Avr 1989
  • Année de production : 1989
  • Nationalité : Belge, Français
  • Titre original : Marquis
  • Titres alternatifs : Marquis de Sade (Allemagne) / Markiz (Pologne)
  • Casting : François Marthouret (voix), Valérie Kling (voix), Michel Robin (voix), Isabelle Wolfe (voix), Vicky Messica (voix), Nathalie Juvet (voix), René Lebrun (voix), Bob Morel (voix), Roger Crouzet (voix), Willem Holtrop (voix), Eric De Sarria (voix), Henri Rubinstein (voix), Peter Fischer (voix), Hans Mauli (voix), Jacques Bouanich (voix), Jean-Daniel Boucry (voix), Philippe Dumond (voix), Serge Blumental (voix), Philippe Bizot, Bien de Moor, Gabrielle van Damme, Olivier Dechaveau, Bernard Cogniaux, Pierre Decuypere
  • Scénaristes : Roland Topor, Henri Xhonneux
  • D'après l'œuvre de : Sade
  • Monteuse : Chantal Hymans
  • Directeur de la photographie : Étienne Fauduet
  • Compositeur : Reinhardt Wagner
  • Chef Maquilleur : Emmanuel Pitois
  • Chef décorateur : Pierre-François Limbosch
  • Directeur artistique : Roland Topor
  • Producteurs : Claudie Ossard, Eric van Beuren
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : Tchin Tchin Productions, YC Alligator Film
  • Distributeur : BAC Films
  • Editeurs vidéo : Cin & Scen - Evénements et Communications (DVD, 2004) / Caméflex (blu-ray, 2024)
  • Dates de sortie vidéo : 4 mai 2004 (DVD) / 10 décembre 2024 (blu-ray)
  • Budget :
  • Box-office Paris-Périphérie : 11 203 entrées (chiffre arrêté au 31 décembre 1989)
  • Classification : Interdiction aux moins de 13 ans (moins de 12 ans depuis 1990)
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Arsenal (agence), Christian Carez (affiche 1989) ; Editions Caméflex, FFS Production (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © YC Alligator Film, Tchin Tchin Productions. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Simon Mizrahi, Laurence Granec
  • Tagline : Un film révolutionnaire pour créatures hardcore
Note des spectateurs :

Œuvre audacieuse mêlant acteurs et animatroniques, Marquis constitue un portrait savoureux de Sade, au-delà des clichés généralement associés à son nom. Drôle, insolent et spirituel en même temps.

Synopsis : En 1789, Marquis, un chien notoirement rétif, est incarcéré à la prison de la Bastille pour un léger blasphème. Son unique compagnon est Colin, son propre sexe, avec qui il tient de longues conversations. Grâce à son imagination débordante, Marquis s’évade dans des récits sulfureux qu’il couche sur le papier. Cependant, l’idée d’une évasion concrète prend forme lorsque ses voisins de cellule, Pigonou et Lupino, commencent à planifier leur fuite pour rejoindre le mouvement révolutionnaire à l’extérieur des murs de la Bastille.

L’après-Téléchat pour Topor et Xhonneux

Critique : Entre 1983 et 1985, l’illustrateur Roland Topor et le réalisateur belge Henri Xhonneux proposent aux enfants un programme surréaliste qui entend bouleverser les conventions des émissions généralement proposées aux bambins. Avec Téléchat, les auteurs offrent aux petits une expérience hors normes qui défie les lois de la logique, mais qui démontre la plus grande ouverture d’esprit des enfants. Effectivement, le programme connaît un énorme succès durant ses 234 épisodes d’environ cinq minutes chacun. Notons que l’arrêt de l’émission n’est pas lié à une faible audience, mais à une volonté des auteurs de ne pas se répéter.

D’ailleurs, lorsqu’on leur propose d’en tirer un long métrage, les deux créateurs tombent d’accord pour refuser un projet qu’ils jugent hasardeux et peu adapté pour le grand écran. Dès lors, Roland Topor propose une idée totalement différente liée à l’embastillement du marquis de Sade. Il écrit donc avec son complice Henri Xhonneux un script qui deviendra la base de Marquis (1989). Le but est aussi de profiter des célébrations du bicentenaire de la Révolution française pour attirer les spectateurs dans les salles en cette année 1989.

Un mélange original d’acteurs et d’animatroniques

Le film, bien plus aventureux, est aussitôt validé par le producteur belge Eric van Beuren, mais celui-ci doit trouver un coproducteur. Il s’agira d’une productrice française en la personne de Claudie Ossard qui a déjà une expérience dans le domaine en étant aux manettes sur Diva (1981) et 37°2 le matin (1986), tous deux de Jean-Jacques Beineix. Par la suite, la productrice s’illustrera encore en finançant les délires de Caro et Jeunet sur Delicatessen (1991) et ceux d’Emir Kusturica sur Arizona Dream (1992). Un bien beau palmarès.

Pour Marquis, les auteurs ont pensé à un procédé plutôt original puisque les différents protagonistes sont des êtres mi-hommes (pour le corps), mi animaux (pour les visages), ce qui a nécessité l’emploi de nombreux animatroniques conçus de manière brillante par Jacques Gastineau. Ainsi, lors du tournage, le réalisateur a dirigé des comédiens qui interprètent physiquement les personnages (dont Philippe Bizot, Bien de Moor, Gabrielle van Damme et Olivier Dechaveau), tandis qu’une bande-son diffuse en direct les dialogues préenregistrés par d’autres acteurs (dont l’excellent François Marthouret, ou encore Michel Robin et Valérie Kling).

Sade, entre mythe et réalité

Le résultat s’avère tout à fait étonnant, avec une esthétique théâtrale qui convient parfaitement au projet. Il s’agit de rendre hommage au génie littéraire de Sade, enfermé à la Bastille à la suite d’une lettre de cachet pour des faits de sacrilège. Bien entendu, Topor et Xhonneux ne livrent pas ici un biopic en bonne et due forme et préfèrent évoquer la figure du divin marquis à travers des personnages qui sont issus de son œuvre, comme Justine ou encore Juliette. Au lieu de se concentrer sur les frasques sexuelles de Sade, les auteurs préfèrent montrer que l’écrivain s’est laissé dépasser par son propre mythe. Ici, ses dialogues avec son propre sexe démontrent que le marquis n’était pas seulement agi par ses pulsions, mais qu’il était aussi capable d’aimer et de développer une pensée profonde sur le monde qui l’entourait.

Marquis, jaquette blu-ray collector

© 1989 YC Alligator Film, Tchin Tchin Productions / Jaquette : Editions Caméflex, FFS Production. Tous droits réservés.

Avec leur goût habituel pour la provocation, Roland Topor et Henri Xhonneux mettent ici en boite l’hypocrisie des ordres privilégiés et notamment des religieux, tout aussi pervers et débauchés que ceux qu’ils condamnent. En cela, le métrage est clairement réservé à un public mature puisqu’on y dévoile des scènes d’orgie et une sodomie au homard qui nous as bien fait rire. Enfin, le film est entrecoupé de quelques séquences animées en pate à modeler qui visualisent les perversions de Sade. Cette forme permet d’atténuer leur violence sexuelle. En fait, en se jouant de la chronologie avec brio, les auteurs sont parvenus à saisir le climat prérévolutionnaire de 1789, tout en restant fidèle aux écrits du romancier sulfureux.

Un bel objet cinématographique, totalement hors normes

Du point de vue de la réalisation, Henri Xhonneux privilégie plutôt les plans fixes, mais cela convient tout à fait à son sujet, essentiellement tourné en huis-clos. En fait, il s’attache à soigner les cadrages, tout en profitant de superbes décors et d’une photographie très chatoyante d’Étienne Fauduet. Enfin, le tout est agrémenté d’une belle partition de Reinhardt Wagner. Spectacle tour à tour drôle, décalé, profond et même poignant en ce qui concerne certains personnages féminins, Marquis est assurément un objet cinématographique non identifié qui est sans doute sorti trop tardivement, tant il semble issu d’un cinéma audacieux typique des années 70.

Doté de critiques plutôt positives, Marquis est arrivé dans les salles françaises en plein cœur de la crise du cinéma, un mercredi 26 avril 1989 pour un résultat plutôt faible. Cette semaine-là était marquée par de très nombreuses sorties, dont les mélodrames Après la guerre (Jean-Loup Hubert) et Au fil de la vie (Garry Marshall), avec Bette Midler. On pouvait aussi découvrir Les deux Fragonard (Philippe Le Guay), The Last of England (Derek Jarman) et dans un domaine plus commercial Kinjite, sujet tabou (J. Lee Thompson), J’ai épousé une extra-terrestre (Richard Benjamin) et La mouche 2 (Chris Walas).

Box-office parisien de Marquis

Marquis paraît dans 6 cinémas parisiens le 26 avril : le George V, le Forum Arc en Ciel, les 14 Juillet Odéon – Bastille et Beaugrenelle, ainsi qu’aux Parnassiens. Il réalise 5 091 entrées en première semaine sur la capitale, ce qui est le minimum attendu. Six autres cinémas en province en tirent 2 552 entrées. C’est peu.

Quatre semaines plus tard, la comédie libertaire en est réduite à une misère : 394 spectateurs au Cinoche et au Forum Orient Express. Il a à peine doublé sa mise de départ sur Paname, avec 10 699 entrées. En 8e semaine, désormais en exclusivité au Cinoche, ce sont 12 spectateurs égarés qui vont découvrir cette gauloiserie.

Le film finit proposé en séance unique jusqu’à la fin du mois de mars 1990 à l’Accatone. On pourrait croire qu’il est resté à l’affiche un an, mais ce type d’exploitation de quartier courante à l’époque ne lui permettra d’acquérir que quelques centaines de spectateurs en plus. Fin 1989, le métrage a réuni 11 203 spectateurs, auxquelles il faudrait ajouter les curieux qui l’ont encore découvert entre les mois de janvier et mars 1990. Le film est donc effectivement retiré de l’affiche le 28 mars 1990.

Ensuite, il a fait l’objet d’une édition DVD de piètre facture en 2004. Heureusement, la cinémathèque de Bruxelles a opéré en 2022 une restauration du long métrage en 2K. Cette copie superbe est désormais disponible en format blu-ray chez l’éditeur Caméflex.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 26 avril 1989

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Affiche de Marquis, film 1989

© 1989 YC Alligator Film, Tchin Tchin Productions / Affiche : Arsenal (agence) – Christian Carez. Tous droits réservés.

Biographies +

Henri Xhonneux, Michel Robin, François Marthouret, Valérie Kling

Mots clés

Cinéma belge, Sade au cinéma, La Révolution française au cinéma, Films de prison, Les évasions au cinéma

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Affiche de Marquis, film 1989

Bande-annonce de Marquis

Animation, Comédie, Erotique

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