Innocents The Dreamers : la critique du film et le test 4K UHD (2003)

Drame, Erotique | 1h55min
Note de la rédaction :
8/10
8
Innocents The Dreamers, l'affiche

  • Réalisateur : Bernardo Bertolucci
  • Acteurs : Eva Green, Louis Garrel, Jean-Pierre Léaud, Robin Renucci, Jean-Pierre Kalfon, Anna Chancellor, Michael Pitt
  • Date de sortie: 10 Déc 2003
  • Année de production : 2003
  • Nationalité : Britannique, Français, Italien
  • Titre original : The Dreamers
  • Titres alternatifs : Dreamers (Suède) / Soñadores (Espagne) / Os Sonhadores (Portugal, Brésil) / Marzyciele (Pologne) / Drømmerne (Norvège) / Los soñadores (Mexique) / Svajotojai (Lituanie) / The Dreamers - I sognatori (Italie) / Álmodozók (Hongrie) / Snílci (Tchèque)
  • Casting complet : Michael Pitt, Eva Green, Louis Garrel, Robin Renucci, Anna Chancellor, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Pierre Léaud, Florian Cadiou, Pierre Hancisse, Valentin Merlet, Lola Peploe, Ingy Fillion, Gilbert Adair, Alexandre Marciano, Aleksandra Yermak
  • Scénariste : Gilbert Adair
  • D'après : son œuvre The Holy Innocents (1988)
  • Monteur : Jacopo Quadri
  • Directeur de la photographie : Fabio Cianchetti
  • Compositeur : -
  • Chef Maquilleur : Thi Thanh Tu Nguyen
  • Chef décorateur : Jean Rabasse
  • Directeur artistique : Pierre du Boisberranger
  • Producteurs : Jeremy Thomas, en coproduction avec John Bernard
  • Producteurs associés : Hercules Bellville, Peter Watson
  • Sociétés de production : Recorded Picture Company (RPC), Fiction, Peninsula Films
  • Distributeur : TFM Distribution
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeurs vidéo : Lancaster (DVD, 2004) / Metropolitan Film & Video (4K UHD, blu-ray, DVD, 2025)
  • Dates de sortie vidéo : 20 octobre 2004 (DVD) / 16 mai 2025 (4K UHD) / 12 juillet 2025 (blu-ray et DVD)
  • Budget : 15 000 000 $ (soit 26 300 000 $ au cours de 2025)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 79 849 entrées / 44 537 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : 2 532 228 $ (soit 4 440 000 $ au cours de 2025) / 23 701 405 $ (soit 41 550 000 $ au cours de 2025)
  • Classification : Interdiction aux -12 ans
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs et Noir et Blanc (images d'archives) / Son : Dolby Digital
  • Festivals : Mostra de Venise 2003 : en avant-première / Festival de Sundance 2003
  • Nominations : Goyas 2004 : Meilleur film européen / David di Donatello 2004 : Meilleur montage / European Film Awards 2004 : Meilleur réalisateur pour Bernardo Bertolucci ; Meilleure actrice pour Eva Green
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : © Terre Neuve (agence, affiche) ; L'Etoile Graphique (jaquette blu-ray 4K UHD). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Recorded Picture Company (RPC), Fiction, Peninsula Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachée de presse : Michèle Abitbol-Lasry
  • Tagline : L'événement du Festival de Venise 2003
Note des spectateurs :

Grand film sur la découverte de la sensualité et les espoirs déçus de mai 68, Innocents The Dreamers est un pur bonheur de cinéphile signé par un auteur en état de grâce. A découvrir dans une superbe copie 4K.

Synopsis : Mai 1968, à Paris. La révolte étudiante gronde, les manifestations se multiplient. Invitent et son frère Théo, restés seuls dans la capitale pendant les vacances de leurs parents, invitent chez eux Matthew, un étudiant américain qu’ils ont rencontré à la Cinémathèque où ils passent le plus clair de leur temps. Dans cet appartement, ils rejouent les scènes de leurs films préférés, cherchent à se découvrir en se livrant à des jeux sensuels de plus en plus troubles.

Retour à Paris pour Bernardo Bertolucci

Critique : Après les grandes fresques historiques de la fin des années 80 et du début des années 90 (Le dernier empereur, Un thé au Sahara, Little Buddha), Bernardo Bertolucci est revenu à un cinéma plus intimiste avec des œuvres comme Beauté volée (1996) et Shanduraï (1998). En 2003, il poursuit dans une veine intermédiaire en adaptant au cinéma la nouvelle de Gilbert Adair intitulée The Holy Innocents (1988), premier opus d’un écrivain qui allait ensuite signer le livre culte Amour et mort à Long Island (1990).

Gilbert Adair a été engagé pour écrire lui-même le script, en collaboration avec Bertolucci, puis est resté auprès du réalisateur tout au long du tournage afin de pouvoir modifier le scénario au fur et à mesure du tournage, une pratique courante chez le cinéaste. Toujours épaulé à la production par Jeremy Thomas, Bertolucci pose à nouveau ses caméras à Paris, trente ans après son sulfureux Dernier tango à Paris (1972), afin de reconstituer la période de février à mai 1968.

Regard nostalgique sur le vent de liberté de mai 68

Ainsi, dans Innocents The Dreamers, Bernardo Bertolucci revient sur ces événements marquants qui vont des manifestations des cinéphiles pour demander la réintégration d’Henri Langlois comme directeur de la Cinémathèque française après un limogeage incompréhensible. Cet épisode est ici rejoué par Jean-Pierre Kalfon et Jean-Pierre Léaud devant la caméra de Bertolucci, tandis que des images d’archives montrent les mêmes plus de trente ans auparavant en pleine lecture de tracts visant à défendre Langlois. Ce moment qui tient du collage est un pur manifeste esthétique qui va perdurer durant la totalité d’une œuvre qui cite ses références en incluant non seulement des scènes des films qu’elle évoque, mais qui utilise aussi des bandes originales d’autres films.

Bertolucci rend ainsi hommage au travail de Jean-Luc Godard, cinéaste qu’il admire depuis son passage à la Cinémathèque française lorsqu’il était lui-même étudiant à Paris. Si le réalisateur n’a pas connu les événements de mai 68 car il était alors en plein tournage en Italie, il a toujours été un compagnon de route des révoltes de ces années-là. Il ne pouvait donc que se reconnaître dans les personnages créés par Gilbert Adair, eux-mêmes largement inspirés par Les enfants terribles de Jean Cocteau – et donc de son adaptation cinématographique éponyme par Jean-Pierre Melville.

Une œuvre très sensuelle sur la découverte de la sexualité

Ainsi, le personnage de jeune étudiant américain incarné avec beaucoup de subtilité par Michael Pitt apparaît comme une émanation non seulement de l’écrivain, mais aussi du cinéaste. Dès lors, les auteurs s’échappent progressivement de la description des événements historiques pour suivre la découverte de la sexualité par trois jeunes cinéphiles. Enfermés pendant une grande partie du film dans un appartement, les deux jumeaux interprétés par les très jeunes Eva Green et Louis Garrel et l’étudiant américain vont tout d’abord vivre à travers leur cinéphilie, avant que la sensualité ne s’abatte sur leur trio, avec une dimension incestueuse qui semble être une obsession dans l’œuvre de Bertolucci – on pense forcément à La luna (1979).

Innocents The Dreamers, jaquette 4K UHD détails

© 2003 Recorded Picture Company (RPC), Fiction, Peninsula Films / Jaquette : L’Etoile Graphique. Tous droits réservés.

Dès lors, le long métrage qui confrontait politique et cinéphilie dérive vers un érotisme de plus en plus marqué, notamment dans sa deuxième heure, parfois très chaude. En fait, Bertolucci s’émerveille de la naissance du désir au sein d’une jeunesse éprise de liberté. Il y puise ainsi lui-même une forme de renaissance artistique après quelques œuvres mineures. Ainsi, il s’inscrit dans le même vent de liberté sexuelle qui soufflait durant mai 68 et les années qui suivirent. Marqué par une grande sensualité – les acteurs s’exposent sans pudeur à la caméra, toujours dans le consentement – Innocents The Dreamers donne une vision plus positive de la sexualité que celle proposée par le dérangeant Dernier tango à Paris.

De l’échec de l’utopie libertaire!

En fait, Bernardo Bertolucci fait ici le constat de l’échec de cette utopie libertaire, démontrant dans la séquence finale – où la rue pénètre par inadvertance dans l’appartement par le biais d’une pierre jetée à travers la fenêtre – que la politique finit par diviser les êtres les plus proches. Le trio ne peut pas éternellement vivre ensemble, car la transgression ne peut perdurer indéfiniment, avant que les choix politiques de chacun consomment la rupture. Ainsi, l’étudiant américain ne peut se résoudre à la violence, là où Louis Garrel décide de passer à l’action pour effectuer la révolution qu’il n’a expérimentée que dans les livres et les films.

Le choix de Bertolucci ne fait aucun doute tant il insiste sur le choix éclairé du jeune étranger, tandis que ses amis s’égarent sur la voie sans issue du maoïsme et de la révolution permanente. D’ailleurs, leur origine bourgeoise n’est aucunement anodine puisque cette révolte étudiante de mai 68 a été majoritairement portée par des jeunes bourgeois qui pensaient parler au nom du prolétariat. Leur échec était donc en quelque sorte programmé, d’autant que les intellectuels de l’époque se sont totalement fourvoyés en mettant en avant des événements comme la révolution culturelle de Mao Zedong, particulièrement idéalisée et mal comprise en Occident.

Innocents The Dreamers, un film magistralement réalisé

Réalisé de main de maître par un cinéaste en pleine possession de ses moyens, Innocents The Dreamers propose un nombre conséquent de plans séquences magistraux, avec notamment l’aide de la Steadycam. Ainsi, le réalisateur tourne de nombreuses séquences où la caméra se joue de la géographie des lieux de manière virtuose, à la manière d’un Martin Scorsese dans Casino (1995) pour les plans dans les couloirs. Parfois, il va jusqu’à passer de manière invisible de plans à la grue à ceux réalisés à la Steadycam afin d’embrasser à la fois les lieux, tout en suivant ses protagonistes à la trace.

On pense aussi à Scorsese dans la volonté de Bertolucci de baigner son film dans une ambiance sonore typique de l’époque. Ainsi, la bande sonore est non seulement constituée de musiques d’autres films, mais aussi de morceaux de Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jefferson Airplane, ainsi que de quelques succès français de Michel Polnareff ou encore Françoise Hardy.

Un cinéaste en liberté

Le résultat est une œuvre qui fait preuve d’une fraîcheur de ton étonnante pour un cinéaste qui dépassait alors la soixantaine. Sa liberté, aussi bien dans sa thématique que dans sa forme, fait tout le sel d’Innocents The Dreamers. Il faut enfin signaler l’excellence de l’interprétation du trio principal. Eva Green dont ce fut la deuxième expérience au cinéma a mené la belle carrière que l’on sait et Louis Garrel est devenu une figure majeure du cinéma français. Seul Michael Pitt a connu une carrière plus décevante dans les années 2010 après de belles promesses dans les années 2000.

Présenté en avant-première au Festival de Venise 2003, puis au Festival de Sundance, Innocents The Dreamers est sorti en salles en France à partir du 10 décembre 2003 sur une combinaison de 150 salles. La même semaine, il était concurrencé sur son domaine du film d’art et essai par Thirteen (Catherine Hardwicke) qui parlait également de la sexualité des adolescents. Sur le plan commercial, le métrage est concurrencé par la comédie ratée Ripoux 3 (Claude Zidi) et le film d’animation Les Looney Tunes passent à l’action (Joe Dante).

Box-office français de Innocents The Dreamers

Mais Innocents The Dreamers se fait même doubler par la reprise du Seigneur des anneaux : les deux tours (Peter Jackson), préparant l’arrivée du troisième volet la semaine suivante, et ne mobilise que 47 922 cinéphiles pour sa première semaine, très décevante. Dès sa deuxième semaine, les exploitants se débarrassent du drame érotique qui perd plus d’une soixantaine d’écrans et s’effondre à 16 201 spectateurs sur toute la France. L’échec public est tel que le long métrage termine sa carrière française avec seulement 79 849 entrées. Pour un budget estimé à 15 millions de dollars, le résultat est déplorable.

Par la suite, le film n’a eu le droit qu’à une discrète sortie DVD. Toutefois, il a été restauré en 4K en Italie en 2023, prouvant son importance sur le plan cinématographique.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 10 décembre 2003

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Innocents The Dreamers, l'affiche

© 2003 Recorded Picture Company (RPC), Fiction, Peninsula Films / Affiche : Terre Neuve (agence). Tous droits réservés.

Biographies +

Bernardo Bertolucci, Eva Green, Louis Garrel, Jean-Pierre Léaud, Robin Renucci, Jean-Pierre Kalfon, Anna Chancellor, Michael Pitt

Mots clés

Cinéma franco-italien, Paris au cinéma, La cinéphilie au cinéma, La sexualité des adolescents au cinéma, L’inceste au cinéma

Le test 4K UHD

Metropolitan a mis les petits plats dans les grands pour cette sortie en 4K UHD d’un film devenu rare. A saisir !

Packaging & Compléments : 4,5 / 5

Présenté dans un fourreau élégant, le film dispose d’un digipack qui s’ouvre en quatre volets présentant le disque 4K UHD et le blu-ray. A cela s’ajoute un livre de 55 pages écrit par Nicolas Rioult, richement illustré. Le bouquin propose d’abord une analyse pertinente du film, puis présente aux cinéphiles l’affaire Henri Langlois, avant d’évoquer les lieux de tournage parisiens du film, carte à l’appui – une excellente initiative. On a aussi le droit à un entretien avec l’auteur Gilbert Adair et enfin à un panorama des films cités dans l’œuvre. Tout ceci est fort intéressant.

Sur la galette proprement dite, on peut suivre tout d’abord un commentaire audio, mais le plus intéressant et le plus synthétique supplément vient du documentaire de la BBC intitulé Ciné, sexe, politique (50min). Le module propose une alternance entre images du tournage, entretiens avec Bernardo Bertolucci et Gilbert Adair et enfin contextualisation historique. Il permet de parfaitement comprendre les enjeux du long métrage.

Les autres suppléments sont constitués de versions longues d’éléments vus dans le documentaire précédent. Le making of de moins de 5 minutes est totalement accessoire, tandis que les entretiens avec l’équipe (24min) ne font globalement que répéter ce qui a déjà été dit. Enfin, on termine ce tour d’horizon par la bande-annonce.

L’image du 4K UHD : 5 / 5

Proposé dans une restauration 4K de toute beauté, validée par le directeur de la photo Fabio Cianchetti, Innocents The Dreamers est une redécouverte de chaque instant par la qualité du travail accompli. La photographie propose des teintes chaudes et sensuelles, une profondeur de champ exceptionnelle et une précision chirurgicale qui ne dénature pas l’image cinéma. Le résultat est donc largement à la hauteur des espérances et le DVD d’époque est donc à remiser au grenier.

Le son du 4K UHD : 5 / 5

Disposant de trois pistes (deux en VO, 5.1 et 2.0, et une en français 5.1), toutes en DTS HD Master Audio, Innocents The Dreamers propose un parfait équilibrage entre les voix parfaitement mises en avant, les bruits d’ambiance et l’intrusion judicieuse de la musique, jamais invasive. On dispose ici de trois pistes plutôt équivalentes et qui ne déméritent pas dans leur harmonie.

Test blu-ray UHD 4K : Virgile Dumez

Innocents The Dreamers, jaquette 4K UHD

© 2003 Recorded Picture Company (RPC), Fiction, Peninsula Films / Jaquette : L’Etoile Graphique. Tous droits réservés.

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