Horror Kid, sorti en vidéo en France sous le titre de Les démons du maïs, est l’une des adaptations culte de Stephen King. Ce pur morceau des années 80 a particulièrement bien vieilli, avec une relecture pertinente sur l’Amérique MAGA de Donald Trump.
Synopsis : Un jeune couple marié de passage dans le Nebraska percute en voiture un jeune homme. Mais il semble qu’on l’ait poignardé avant la collision. Lorsqu’ils rejoignent une zone habitée, c’est un village fantôme qui les accueille. Les seuls habitants de Gatlin sont une bande déterminée d’enfants psychotiques… Leur obsession : exercer leur pouvoir terrifiant sur les adultes, en les exterminant…
Une nouvelle de Stephen King qui accouchera de plus de dix films
Critique : Pas forcément bien accueilli par les critiques dans les années 80, Les démons du maïs a été pourtant un vrai beau succès pour une série B de moins d’un million de dollars de budget. Le film a généré pas moins de 10 suites, remakes ou reboots. Un cas d’école pour une œuvre basée sur une nouvelle. Stephen King publia le matériau littéraire original dans Penthouse, en mars 1977, avant de l’inclure dans son anthologie Danse macabre (Night shift) dans la foulée. L’écrivain s’était lui même attelé à l’écriture d’un scénario pour le grand écran, d’abord rejeté par les studios qui avaient l’impression d’une overdose de projets autour du futur “king of horror”. Néanmoins, quand une société indépendante s’intéresse de près à la nouvelle, Stephen King réécrit le script, mais celui-ci, très bavard, centré sur les déboires personnels du couple, sera, après de nombreuses mésaventures de préproduction, finalement entièrement révisé, au point d’avoir peu en commun avec la vision initiale de l’auteur qui reniera toujours Children of the Corn, dans sa version cinématographique.
Quand Children of the Corn atterrit chez New World Pictures en 1983, la nécessité de rentabilité est claire. Le budget n’est pas élevé, les stars sont absentes (Peter Horton et Linda Hamilton sont pour la première fois de leur carrière têtes de casting) et le réalisateur Fritz Kiersch, dont il s’agit du premier long, n’a pas la renommée de Tobe Hooper, Stanley Kubrick, Brian de Palma et George A. Romero.

© 1983 New World Pictures. Tous Droits Réservés.
Des impératifs commerciaux s’abattent sur cette production qui se doit de séduire un public plutôt jeune, d’où de nombreux “jumpscares” et une mise au ban d’une psychologie déplacée. Exit donc la métaphore sur l’Amérique post Vietnam, celle d’une nation traumatisée (le protagoniste central dans la nouvelle est un vétéran de guerre), même si la nouvelle mouture cinématographique a bien des choses à dire quant à la religion, le fanatisme et une certaine Amérique isolée, littéralement, au milieu de gigantesques champs de maïs, ou de façon métaphorique, dans ses préjugés, sa haine, et le refus de la science et de la modernité qu’incarne le jeune couple au centre du film.
L’épopée intime se déroule sur 24 heures si l’on écarte la séquence inaugurale particulièrement efficace où les enfants et adolescents de Gatlin assassinent tous les adultes et majeurs du village. Ces 24 heures de cauchemar d’adulte résultent d’une décision qui s’écartait de la raison. Celle-ci aurait voulu que le jeune couple d’amoureux suive les grandes routes pour se rendre à Seattle, dans l’Ouest des USA, mais, les tourtereaux ont préféré traverser les patelins d’une Amérique hors du temps, se frottant finalement à la bigoterie, le paganisme et à la monstruosité. La figure masculine est un docteur incarnant la science et le savoir. Quand il percute un enfant, sur cette interminable route au cœur des champs de maïs, il lui est facile de voir que ce dernier avait été grièvement blessé à l’arme blanche. Aussi, le médecin va mener l’enquête dans la première bourgade sur sa route, le village fantôme de Gatlin. La vie semble y avoir été éradiquée ; elle est désormais gagnée par la poussière et l’intrusion d’un maïs intrusif qui envahit l’espace.
Une série B bien troussée
On pourrait trouver le script réducteur, et il l’est, mais ce postulat accouche pourtant d’une série B bien troussée propre aux années 80. Dès les premières notes de musique (épatante bande-originale synthétique du quasi débutant Jonathan Elias), l’ambiance lourde tombe sur les images. La B.O. est nourrie aux chœurs d’enfants diaboliques et au synthétiseur Yamaha DX7. Imparable pour une œuvre qui fait des adolescents des tueurs sectaires aliénés qui tuent de sang froid. Les enfants assassins, souvent employés dans le cinéma des années 70 et 80, suscitent le malaise lors de séquences qui peuvent encore apparaître comme dérangeantes.
Sans trop de budget, Horror Kid/Les démons du maïs, démontre une certaine aisance à nourrir son suspense, même si le sentiment d’un scénario peu abouti domine en fin de métrage. En rien la faute aux acteurs. Les tueurs juvéniles sont bien flippants, à l’image de John Franklin, acteur de petite taille (1’52 mètre), âgé de 24 ans lors du tournage, qui interprète l’austère prédicateur Isaac, et le rouquin dégingandé Courtney Gains, qui lui sert de “main du saigneur”. Des figures marquantes du cinéma d’épouvante des années 80.

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Un avertissement contre une société du terroir malade de religion et de croyance
A mi-chemin entre le film d’épouvante pour adultes dans ses thématiques et pour adolescents de par ses sujets, Horror Kid/Les démons du maïs revêt toutefois une dimension particulièrement signifiante des décennies plus tard, notamment après l’avènement du président autoritaire américain, Donald Trump, porté au pouvoir par cette majorité silencieuse du maïs. Ces voix éructantes d’un conservatisme malade de sa religion, jadis au ban de la société, a depuis pris le pouvoir et traverse les océans, faisant de Children of the Corn, un “cautionary tale”, donc un conte moral comme Stephen King lui-même les affectionne tant dans ses romans comme pour prévenir du pire. Inversement, le conservatisme mis à mal par cette racaille d’enfants du terroir, qui va jusqu’à éradiquer les figures d’autorité (le policier crucifié sur une structure de maïs) pourrait aussi cracher au visage des Conservateurs de notre époque, démontrant que définitivement, cette adaptation, bien qu’édulcorée dans sa vision de slasher que l’on pourrait sous-titrer Le Maïs a des yeux, demeure une riche incursion dans l’Amérique bouseuse d’une époque pas si révolue. Horror Kid nous a jamais paru aussi près de nous.
Box-office USA et France de Horror Kid/Les démons du maïs
Véritable succès surprise au box-office américain, Children of the corn reste pas moins de 5 semaines dans le top 10 de Variety en 1984. La production New World Pictures , exploitée dans seulement 350 cinémas, est un extra-terrestre au milieu d’un classement où tous les films bénéficient d’au moins 700 écrans. Il démarre pieusement à 2M$ de recettes derrière les blockbusters du moment, Splash de Ron Howard qui entre en première place avec 6 174 000$ dans 829 salles ou Footloose qui perd sa première position après 3 semaines phénoménales. Au final, cette production au budget microscopique (800 000$) réalise des recettes de 14 568 000$, se posant en 63e position au box-office annuel nord-américain. Il réalise cette année-là quasiment autant qu’une autre adaptation de Stephen King, Firestarter, dont le budget s’élevait à 12M$ !
Aussi, c’est avec des ambitions élevées que New World intervient à Cannes, lors du marché du film, en mai 1984. La société débarque sur la Croisette pour y vendre Sans issue (Black Moon Rising), un autre film de genre avec Linda Hamilton, Angel, premier de la franchise, The Stuff de Larry Cohen, le film d’horreur The Initiation et même le prochain Fritz Kiersch, Tough Turf qui sortira aux USA sous le titre de Tuff Turf en janvier 1985.
En France, c’est un nouveau distributeur qui met le grapin sur cette pépite estampillée Stephen King, et ce à peine quelques mois après les succès de Creepshow en 1983, Christine et Dead Zone au premier trimestre 1984. Un carton assuré ? Cela aurait pu.
I.D. Films, petite structure naissante, propose un premier film en salle en décembre 1984, Partenaires de Claude d’Anna, avec Nicole Garcia et Jean-Pierre Marielle, qui est un lourd échec. Cela commence mal. Pour Children of the Corn, la date de sortie est posée au 23 janvier pour profiter pleinement de son exposition pendant la 13e édition du Festival d’Avoriaz qui se tient du 12 au 19 janvier Outre Children of the Corn, de véritables fleurons du genre y concourent : La compagnie des loups de Neil Jordan, The Element of Crime de Lars von Trier, Razorback de Russel Mulcahy, Les Griffes de la nuit de Wes Craven, et un certain Terminator de James Cameron, avec Arnold Schwarzenegger et l’omniprésente (du moins en 1985), Linda Hamilton ! Ce dernier remportera le Grand Prix.

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Horror Kid au cinéma
Finalement, à la dernière minute, I.D. Distribution devra repousser la sortie de Children of the Corn qui sera présenté au public le 30 janvier 1985. Pour cette sortie salle, une affiche dessinée exclusive est maladroitement utilisée. Et le distributeur choisit un titre peu évocateur : Horror Kid. Encore un titre en anglais au lieu de faire le choix de l’original… C’est maladroit. Le mot “Kid” fait écho au “Children” du titre international, mais la mention du maïs, estimé peu cinégénique, est remplacé par le terme “Horror”, mettant en avant le genre même du film. La mention de Stephen King, en très gros, au-dessus du titre, appuie également cette dimension.
Horror Kid en salle connaît néanmoins une carrière catastrophique. Face à deux autres sorties marquées du sceau d’Avoriaz (The Element of Crime dans 10 salles, et Razorback dans 28 cinémas), la production New World doit se contenter de 8 écrans à Paris, ce qui est dérisoire. Face à lui, même Les orgies de Caligula est mieux exposé avec 14 cinémas ! I.D. n’a aucune force de frappe de par sa récente existence, et de toute façon, les exploitants font de la place pour les grosses sorties du jour, en l’occurrence trois films français : les comédies Ca n’arrive qu’à moi de et avec Francis Perrin (40 écrans à Paris) et Les Nanas (35 écrans), et le polar urbain avec Richard Berry Urgence (35 salles).
Pour son premier jour Horror Kid émerge à peine : 798 spectateurs, loin derrière les 7 037 cochons de Razorback. A l’issue de sa première semaine, ce sont 7 109 spectateurs qui en auront profité dans les 7 salles Paramount, auxquelles on ajoutera le Convention Saint-Charles. Cette nouveauté n’intègre même pas le top 20.
En semaine 2, les “enfants de l’horreur” en est réduit à 3 écrans et 2 892 spectateurs ; il dépasse de peu les 10 000 entrées. Seulement exploitée dans un cinéma en 3e semaine (851 entrées), l’adaptation de Stephen King échoue finalement dans un cinéma de quartier, le Gaîté Boulevard, en 4e et ultime semaine parisienne, avec 2 062 retardataires. Le film, penaud, est retiré de l’affiche, avec un total de 13 574 franciliens. Une misère. Horror Kid suivra alors une route cabossée dans les petites villes de France, mais il doublera à peine son score parisien, avec un total de 26 742 curieux.
Pour I.D. Distribution, cet échec sera suivi par d’autres en 1985 : Nom de code : Oies sauvages en juillet, Le transfuge avec Bruno Crémer en novembre… Mais au milieu des désastres, le distributeur contribuera à sa façon à la reconnaissance des frères Cohen en France, en co-distribuant avec Parafrance Sang pour Sang – Blood Simple.

La trilogie Les démons du mais originale en VHS (1986-1994) © Tous Droits Réservés.
Les Démons du maïs en vidéo
Après cette râclée, on aurait pu croire que Horror Kid sortirait rapidement en VHS, en bénéficiant d’une dérogation à l’année pleine alors en rigueur, mais il n’en sera rien. C’est en mars 1986 que le film réapparaîtra, cette fois-ci sous un autre titre qui n’est toujours pas synchro avec l’original : Les démons du maïs. L’éditeur Thorn Emi Screen Entertainment s’est débarrassé de la mention “enfants/Kid/Children” mais embrasse la filiation avec le titre américain en faisant mention du “maïs. La mention Horror Kid s’effacera peu à peu en France, puisque c’est sous son titre vidéo que beaucoup le découvriront à la maison. Un succès de vidéo-club, devenant l’un des films les plus loués lors du mois de sa sortie.
Par la suite, l’éditeur UGC en récupèrera les droits à l’occasion de l’édition en direct-to-video de la suite tardive, Les démons du maïs 2. Horror Kid deviendra à jamais Les démons du maïs, avec de nombreuses éditions VHS, mais aussi en DVD, puis, en 2025, à l’occasion d’un coffret édité par Rimini Editions, pour le mois d’Halloween 2025.
Les sorties de la semaine du 30 janvier 1985

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Le test blu-ray de Les démons du maïs (Coffret 3 blu-ray)
Curieusement inédit en blu-ray en France alors que des éditions 4K sont parues dans les pays anglophones, Les démons du maïs trouve justice chez Rimini, à l’occasion d’un coffret reprenant les trois premiers films de l’interminable saga : Horror Kid (sortie en salle en France en 1985), Les démons du maïs 2 – les moissons de l’enfer (édité en VHS par UGC en 1993) et l’écologiste Les moissons de la terreur (édité par Delta Vidéo en 1995).
Pour cette sortie, l’éditeur français, habitué des films d’horreur (la collection Angoisse), a opté pour les titres suivants pour cette trilogie dite “d’origine” : Les démons du maïs, Les démons du maïs II le sacrifice final, et Les démons du maïs III, les moissons de la terreur. L’édition de qualité est cohérente et remplit largement le cahier des charges.
Packaging & Compléments : 3.5 / 5
Si on aurait préféré un digipack qui se déploie sur plusieurs volets, à l’identique de la collection Angoisse, l’éditeur a plutôt fait le choix d’un coffret rigide et donc solide, dans lequel il a glissé 3 boitiers noirs pour chacun des films. On y gagne en élégance de par le graphisme impeccable de toutes les jaquettes qui sont resplendissantes.

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Si le premier long métrage est bien connu, on est heureux de retrouver les chapitres 2 et 3 que l’on n’avait pas revus depuis les années 90. Evidemment la qualité de ces deux suites n’est pas forcément au rendez-vous : le 2e volet a été une déception en salle aux USA et a dû se contenter du statut de DTV en France. Quant au 3e opus, il est sorti en vidéocassette dans le monde entier, ce qui en dit long sur ses qualités de série B. Nonobstant, ces segments 2 et 3 opèrent une belle opération de séduction si on les considère comme des bonus. Ils ont le charme fou des séries B des années 90, celles que les jeunes allaient louer en série durant cette décennie.
Il est donc, de par la durée assez courte des films, possible d’enchaîner les 3 films, sans aucun souci, d’autant plus, mais là, c’est une réserve que nous avons contre cette édition, aucun bonus ne figure dans ce coffret. Ce n’est pas grave, de nombreux documents existent sur YouTube pour ceux qui veulent approfondir. En revanche, on applaudira la présence d’un livret de 50 pages supervisé par Marc Toullec. Le journaliste de Mad Movies y retranscrit l’intégralité de l’histoire de cette franchise increvable de 11 films. C’est riche, argumenté, étayé par une bibliographie riche. Bref, cela vaut bien tous les bonus du monde…
Image : 4.5 / 5
La restitution des Démons du maïs excelle par sa richesse et sa douce colorimétrie. Les deux autres volets ne sont pas en reste, même si notre attention a surtout porté sur le premier opus.
Son : 3.5 / 5
Les démons du maïs (Horror Kid) est affublé au choix d’un traitement DTS HD Master Audio en 2.0 et 5.1. Une excentricité moderne qui permet à la musique particulièrement déterminante dans l’ambiance sombre du métrage, d’y gagner en ampleur. Très bon ancrage sonore.
Les démons du maïs II et III disposent seulement de pistes stéréo HD Master Audio, et on s’en contente tant elles évitent les artifices de certaines éditions gonflées au-delà du raisonnable.
Les trois films bénéficient de la piste française originale pour les amateurs de doublage. Les premier et troisième films font état d’une piste Stéréo et le volet II apparaît en Mono, toujours en HD Master Audio.
Biographies +
Fritz Kiersch, R.G. Armstrong, Linda Hamilton, John Philbin, Eric Freeman, Peter Horton, John Franklin

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