El desperado (La boue, le massacre et la mort) : la critique du film (1969)

Western | 1h41min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
El desperado, affiche française

  • Réalisateur : Franco Rossetti
  • Acteurs : Aldo Berti, Piero Lulli, Dana Ghia, Antonio Cantafora, Andrea Giordana, Andrea Scotti, Gianluigi Crescenzi, Giuseppe Castellano, Dino Strano
  • Date de sortie: 23 Avr 1969
  • Nationalité : Italien
  • Titre original & alternatifs : Massacre et le sang, La boue...le massacre...et la mort, The Dirty Outlaws (Etats-Unis), Escondido (Espagne), El desesperado (Espagne), King of the West (Royaume-Uni),Die im Staub verrecken (Allemagne), Halleluja Escondido (Allemagne),Sujos e Sem Lei (Brasil), Texas desperados (Grèce), Modder, bloedbad en dood (Belgique)
  • Année de production : 1967
  • Scénaristes : Vincenzo Cerami, Ugo Guerra, Franco Rossetti, Elio Scardamaglia
  • Directeur de la photographie : Angelo Filippini
  • Compositeur : Gianni Ferrio
  • Sociétés de production : Daiano Film, Leone Film
  • Distributeur : Les Films Marbeuf
  • Box-office France 184 784 entrées
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
Note des spectateurs :

Sombre et violent, El desperado est un véritable petit classique du genre, beaucoup trop injustement méconnu.

Synopsis : Après avoir échappé de peu à la pendaison, un desperado nommé Steve tombe sur un soldat nordiste agonisant. Il lui demande d’aller voir son père, un vieil aveugle pour lui dire d’acheter un ranch avec l’argent qu’ils ont mis de côté. Steve va tout faire pour pouvoir mettre la main sur le magot.

Critique : Produit en 1967, El desperado est le premier film de son auteur, Franco Rossetti. Il ne s’agit pas pour autant de sa première contribution au genre, puisque ce dernier avait collaboré au script de l’excellent Django de Sergio Corbucci l’année précédente. Bien qu’il s’agisse d’un premier film, El desperado bénéficie d’une direction d’acteurs impressionnante.

El desperado profite d’un casting de comédiens très talentueux

Le jeune Andrea Giordana, qui endosse le rôle principal, est la véritable révélation du film.  Si on avait déjà pu le voir dans Massacre au Grand Canyon pour un rôle mineur, c’est dans El desperado que son talent crève l’écran. Son interprétation est impeccable, l’acteur ayant visiblement donné de sa personne tant on malmène son personnage. De fait, en seulement quatre westerns, dont les excellents Django porte sa croix et Les colts brillent au soleil, Giordana s’est forgé une réputation méritée d’acteur culte du genre.

A ses côtés, on trouve un excellent Piero Lulli dans un rôle à contre-emploi qui lui permet de s’exprimer davantage. En effet, il incarne ici un personnage une fois n’est pas coutume positif de vieil aveugle que Giordana va essayer de spolier de ses biens. Le film met aussi en scène un duo d’actrices remarquables, Rosemary Dexter et Dana Ghia. Elles se complètent à merveille et s’affrontent avec ce qu’il faut de non-dits dans une intéressante lutte pour l’amour du héros. De façon générale, les personnages sont très bien écrits. Seul celui d’Aldo Berti, maître du déguisement, tantôt juge, tantôt pasteur peine à convaincre.

Un scénario marquant signé par des pointures

Tout ceci nous amène à évoquer l’autre grande qualité du film, à savoir, son script. Ce résultat n’a rien d’étonnant au vu du pedigree des trois scénaristes. Comme précisé ci-dessus, Rossetti a collaboré au scénario de Django. C’est donc sans surprise que nous retrouverons un village désert et boueux. Ugo Guerra, scénariste du Corps et le fouet de Mario Bava , travaillera sur Les quatre desperados où il reprendra l’idée de l’épidémie de choléra. Enfin, Vincenzo Cerami coécrira Le dernier des salauds , le cavalier et le samourai et La vie est belle de Roberto Benigni.

El desperado débute sur les chapeaux de roues avec une excellente scène d’ouverture, dans laquelle Giordana échappe de peu à la pendaison. La scène synthétise tout ce qui fait le sel du western-spaghetti : violence exacerbée, mise en scène opératique et critique de la religion sont au rendez-vous. Globalement, le scénario d’El desperado peut se décomposer en trois parties. Elles correspondent aux différents stades par lesquels passe notre héros : crime, châtiments et vengeance. Ce découpage, allié à des scènes d’action variées, évite tout ennui. La tension est constante, et les rebondissements multiples.

Malheureusement, ce très bon script n’est pas exempt de défauts. Ainsi, certains pourront trouver le dernier tiers du film inégal, et la rédemption du protagoniste un peu trop artificielle. Pire encore, le film comporte des passages manquant de crédibilité. Giordana se fait ainsi passer sans problème pour le fils de l’aveugle et les soldats nordistes ne vérifient pas son identité à la fin du film, alors qu’il se fait passer pour un de leurs lieutenants et que son comparse l’appelle même « Desperado » devant eux !

El desperado est fort d’une grande maîtrise technique

Pour sa première réalisation, Rossetti nous livre une mise en scène de haute tenue qui vient renforcer l’impact des enjeux dramatiques. Ainsi, il use de cadrages soignés, de beaux plans-séquences et de zooms maîtrisés. L’univers d’El desperado sombre et désespéré, et certaines scènes font preuve d’un grand sadisme. On torture à grand renfort d’allumettes enflammées enfoncées dans les oreilles. Cette cruauté n’est pas pour autant gratuite, elle vient intensifier l’aspect dramatique du film. De fait, dans une de ses meilleures scènes, les antagonistes traînent notre héros dans la boue avant de s’attaquer à l’aveugle. Tout est fait pour susciter colère et indignation chez le spectateur. Le duel final, où le héros rend à l’antagoniste la monnaie de sa pièce, procure la catharsis tant attendue.

Si l’on ajoute à cette réalisation maîtrisée une superbe photographie signée Angelo Filippini, on obtient un film très abouti sur le plan technique. Les décors extérieurs de Tabernas sont une fois de plus majestueux, et le village fantôme dégage une atmosphère mystique au cours des scènes de nuit, à la faveur d’éclairages réussis. Seule la musique de Gianni Ferrio est un peu en deçà du reste, même si le thème principal chanté se révèle particulièrement marquant et restera gravé dans les mémoires des auditeurs pendant longtemps.

En définitive, El desperado est un très bon western. Malheureusement, de menus défauts l’empêchent d’atteindre l’excellence de peu. Il demeure un des meilleurs westerns-spaghettis jamais réalisés d’après de nombreux aficionados du genre, parmi lesquels Quentin Tarantino.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns-spaghettis sur CinéDweller

Les sorties de la semaine du 23 avril 1969

El desperado, affiche française

Illustration Belinsky © 1969 Daiano Film, Leone Film, Les Films Marbeuf. Tous Droits réservés

 

 

 

x