Les quatre desperados : la critique du film (1971)

Western | 1h45min
Note de la rédaction :
7/10
7
Les Quatre Desperados, affiche de Maaschi

  • Réalisateur : Julio Buchs
  • Acteurs : Alberto de Mendoza, Ernest Borgnine, George Hilton, Georges Rigaud, Charly Bravo
  • Date de sortie: 08 Oct 1971
  • Nationalité : Espagnol, Italien
  • Titre original et titres alternatifs : Los Desesperados (Espagne) Quei disperati che puzzano di sudore e di morte (Italie) A Bullet for Sandoval (U.S.A.), Vengeance Is Mine (Royaume Uni) | Um sie war der Hauch des Todes (Allemagne) | Homens em fúria (Portugal), Desperado il man omatuntoa (Finlande) Oi desperados (Grèce),Revansch (Suède)
  • Année de production : 1969
  • Scénaristes : Julio Buchs, Federico De Urrutia, Ugo Guerra , José Luis Martínez Mollá
  • Directeur de la photographie : Francisco Sempere
  • Compositeur : Gianni Ferrio
  • Sociétés de production : Atlantida Films (Espagne), Leone Film (Italie), Daiano Film (Italie),
  • Distributeur : Etoile Distribution
  • Box-office Paris-Périphérie : 10 670 entrées
  • Illustrateur : Jean Mascii
  • Format : 2.35 : 1 / Couleur (Eastmancolor) / Mono (Westrex Sound System)
  • Crédits : © 1969 Leone Film - Daiano Film. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :
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Les quatre desperados compte parmi les meilleurs westerns espagnols. Sa dimension tragique exacerbée et sa mise en scène maîtrisée parviennent à tenir avec brio le spectateur en haleine.

Synopsis : En pleine guerre de Sécession, le caporal confédéré Jack Warner devient un déserteur par la force des choses. Il décide en effet de retrouver sa fiancée mexicaine, sur le point de mourir alors qu’elle va donner naissance à leur fils.

Critique : Avec Les quatre desperados, Julio Buchs signe en 1969 le deuxième de ses trois westerns. Il avait auparavant travaillé avec Peter Lee Lawrence sur L’homme qui a tué Billy le Kid. Ici, il met en scène une autre pointure du genre, l’acteur uruguayen George Hilton, excellent comme à l’accoutumée. Ce dernier a ici la chance d’incarner un personnage principal assez nuancé, qui va évoluer au cours du métrage. Après avoir subi les assauts multiples d’une tragique destinée, l’honorable caporal Jack Warner va peu a peu se transformer en hors-la-loi. De fait, le postulat du film est que le désespoir peut pousser l’homme le plus intègre à renoncer à ses valeurs, comme le laissent entendre le titre original du film et le titre italien. La brillante scène d’ouverture corrobore cette assertion. En effet, elle nous présente un soldat nordiste réduit à l’état de charognard. Ce dernier n’hésite pas à mutiler les corps de soldats tombés au combat pour trouver de quoi subsister, le tout étant mis en relief par des arrêts sur image et une musique idoine.

Les quatre desperados bénéficie d’un scénario capable de tenir le spectateur en haleine

Les quatre desperados brille par son script, très influencé par la tragédie grecque. Il s’agit d’un vrai western tragique qui suscite une certaine empathie, favorable à la catharsis. Pourtant, comme le signale Marco Giusti dans son Dizionario del western all’italiana, le film n’est un western que par volonté des producteurs, soucieux de l’exploitation du film à l’international. En effet, le script s’intéressait à l’origine à l’histoire d’un gang de bandoleros espagnols, Los niños de Ecija. Le personnage principal est un mélange de Tragabuches et El Tempranillo, deux bandoleros aux destinées tragiques. De fait, le ton est sombre et désespéré, et ce jusqu’au dénouement, au demeurant très réussi. Les personnages sont plutôt complexes, à l’image de l’antagoniste, Sandoval. En effet, si ce dernier s’avère impitoyable dans certaines scènes, on le retrouve plus tard désemparé face aux évènements. Lui aussi est une victime du destin. L’acteur américain Ernest Borgnine, qui, curieusement, incarne ce riche propriétaire mexicain le met en valeur de manière très convaincante. De façon générale, les acteurs du film sont pertinents et crédibles. Aussi, Alberto de Mendoza et Leo Anchóriz interprètent avec talent les charismatiques compagnons d’infortune de Hilton.

Les quatre desperados se distingue par une impeccable réalisation

L’autre point fort de ces quatre desperados réside sans nul doute dans l’excellente réalisation de Julio Buchs. Au passage, il convient de clarifier que ce dernier n’était en aucun cas aidé de Lucio Fulci, contrairement à ce que laisse entendre une rumeur persistante, démentie par Hilton lui-même. Buchs nous gratifie non seulement d’excellents cadrages mais aussi de choix de mise en scène osés et originaux. A titre d’exemple, il filme une fusillade avec seulement des gros plans sur les armes. Contrairement à un western italien, la violence est ici bien souvent suggérée en hors-champ, ce qui n’empêche pas les scènes d’action d’être efficaces. De fait, le ton est tel que l’on peut tout de même qualifier Les quatre desperados de film cruel.

Il faut également saluer le sens du spectaculaire du réalisateur qui n’hésite pas à user de plans en hauteur. Il convoque aussi des éléments déchaînés, comme lorsqu’il filme une scène de vengeance sous un terrible orage. Enfin, le duel final se révèle surprenant et le dénouement dans l’arène excellent, à la faveur d’une mise en scène inspirée. D’un point de vue technique, le métrage brille également, grâce à l’excellente photographie de Francisco Sempere. Les décors espagnols font une fois de plus mouche et sont bien mis en valeur grâce à de très beaux éclairages, même lors des scènes de nuit.

Les quatre desperados n’est malheureusement pas sans défauts

Si le script du film recèle comme nous l’avons vu de nombreuses qualités, on déplore certaines longueurs. Dans la seconde moitié, l’intrigue se dilue dans des scènes inutiles. D’autres sont mal intercalées, ce qui est sans doute dû au fait que le film a subi de nombreuses coupes. Le métrage peine donc parfois à trouver son rythme. Enfin, la musique de Gianni Ferrio est malheureusement assez quelconque. Nonobstant, elle accompagne bien l’action comme l’atteste le montage du générique d’ouverture. Il manque un thème accrocheur, et il est à ce titre dommage que le thème à la trompette n’ait pas été plus utilisé.

En définitive, ces menus défauts n’entachent en rien l’aura de ces quatre desperados, un des meilleurs spécimens de western ibérique, courant qui se distingue de la production purement italienne par sa dimension tragique exacerbée, à l’instar du travail des frères Marchent, pour des films tels que Dans les mains du pistolero.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Les sorties du 8 octobre 1971

Les Quatre Desperados, affiche de Maaschi

Illustrateur : Jean Mascii – ©1971 Etoile distribution, Elio Scardamaglia,Ugo Guerra ,José Frade, Leone Film, Daiano Film, Atlantida Films . Tous droits réservés.

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