Django porte sa croix : la critique du film (1970)

Western | 1h31min
Note de la rédaction :
8/10
8
Django porte sa croix, affiche belge

  • Réalisateur : Enzo G. Castellari
  • Acteurs : Ennio Girolami, Andrea Giordana, Horst Frank, Gilbert Roland, Stefania Careddu, Ignazio Spalla
  • Date de sortie: 19 Août 1970
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Quella sporta storia nel West
  • Titre alternatif : Johnny Hamlet
  • Scénaristes : Sergio Corbucci, Bruno Corbucci (idée originale), Tito Carpi, Francesco Scardamaglia, Enzo G. Castellari, adaptation de la pièce de William Shakespeare, Hamlet
  • Directeur de la photographie : Angelo Filippini
  • Compositeur : Francesco De Masi
  • Sociétés de production : Ugo Guerra, Elio Scardamaglia, Leone Film, Daiano Film
  • Distribution : Cosmopolis, Les Films Marbeuf
  • Box-office France : 171 857 entrées
  • Format : 2.35:1 / Couleurs / Mono
  • Crédits visuels : © 1970 Ugo Guerra, Elio Scardamaglia, Leone Film, Daiano Film, Cosmopolis/ Les Films Marbeuf. Tous droits réservés.
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Bien que son titre français aux visées purement commerciales ne le laisse en rien présager, Django porte sa croix est une adaptation particulièrement réussie du Hamlet de Shakespeare.

Synopsis : De retour chez lui à la fin de la guerre de Sécession, Johnny Hamilton découvre que son père a été assassiné. Il va tout mettre en œuvre pour le venger.

Critique : Sorti une année après Un doigt sur la gâchette de Gianni Puccini qui s’inspirait de Roméo et Juliette, Django porte sa croix a pour genèse une idée de Sergio Corbucci : transposer Hamlet dans le monde impitoyable du western spaghetti. Malheureusement, le projet lui glissa entre les mains et retomba dans celles d’Enzo G. Castellari, après avoir essuyé le refus de Franco Rosetti. En dépit de ce concours de circonstances peu favorable, Django porte sa croix n’a rien du film de commande réalisé sans passion.

Django porte sa croix n’est pas un western spaghetti comme les autres

En effet, l’ouverture du film, très gothique, nous plonge dans les songes du protagoniste, perdu dans une grotte enfumée éclairée de rouge, et confronté au fantôme de son père. Il se réveille sur une plage au son du célèbre soliloque d’Hamlet que prononce un membre d’une troupe de comédiens se délassant face à l’océan. Cette entrée en matière quasi expérimentale est caractéristique du soin apporté à la mise en scène du métrage, qui constitue assurément sa plus grande qualité.

Ainsi, le spectateur pourra profiter d’angles et de mouvements de caméra très recherchés, à l’instar de cette scène stupéfiante du cimetière, où la caméra tourne autour de la tête du héros pour souligner son état de confusion. Pour l’anecdote, Castellari aurait eu l’idée de fixer la caméra dans une roue qu’il aurait fait tourner lentement. Ces effets de style sont loin d’être  gratuits car servant toujours un certain symbolisme, comme lorsque le réalisateur cadre l’antagoniste et la mère du héros derrière les flammes d’une cheminée. De même, son usage du zoom est toujours approprié et il joue de manière intéressante avec le hors-champ et les ombres des acteurs.

Django porte sa croix bénéficie d’un excellent casting

En effet, bien qu’en début de carrière, le jeune Andrea Giordana assume le rôle principal de fort belle manière, même s’il est maquillé de manière peu subtile. Pour la petite histoire, Anthony Perkins était pressenti pour ce rôle à l’origine. L’acteur mexicain Gilbert Roland interprète Horace, véritable ange gardien du héros. Il donne ainsi  vie à un dandy très charismatique, en dépit de son âge avancé. Malgré tout, le personnage ne plaira pas à tout le monde tant il semble issu d’un western américain des années 30, et dénote un peu dans l’univers du western all’italiana. Horst Frank est quant à lui impeccable en méchant froid et calculateur, ses yeux d’un bleu glaçant lui faisant dégager une aura particulière. Enfin, la française Françoise Prévost incarne de manière convaincante la mère du héros, à la faveur d’un personnage évoluant de manière intéressante au gré du film.

Django porte sa croix regorge de qualités artistiques

En plus de l’excellente mise en scène de Castellari, le film se distingue par des éclairages soignés , une très bonne photo d’Angelo Filippini et une direction artistique réussie de la part d’Enzo Bulgarelli, qui avait travaillé sur Tire encore si tu peux l’année précédente. Ceci explique sûrement pourquoi les deux films présentent certaines similitudes en terme d’ambiance et d’idées, notamment lors du duel final ou de la scène de crucifixion du héros. La musique de Francesco de Masi est magistrale, les orgues côtoyant les instrument électriques, et le thème principal, chanté par Maurizio Graf, se révèle particulièrement accrocheur et émouvant.

Néanmoins, quelques petits ratés empêchent au film d’atteindre le niveau d’excellence des cadors du genre. A titre d’exemple, la représentation de la mort d’Ophélie tente de faire allusion aux multiples représentations que l’on trouve dans la peinture, mais un effet de transparence raté vient gâcher cette intention louable .

De même, les décors du film sont particuliers. D’une part, ils contribuent à renforcer l’ambiance gothique. En effet, le décor de cimetière dans une grotte est tout bonnement magnifique. Castellari a décidément une appétence pour ce type d’atmosphère, évoquant  la scène finale de 7 winchesters pour un massacre. Pour ce qui est des extérieurs, les étranges rochers taillés comme des champignons de la Ciudad Encantada de Cuenca font leur effet.

Mais d’autre part, le tout semble beaucoup trop européen pour être crédible dans le cadre d’un western. Qui plus est, des scènes ont été tournées dans une carrière, et certains bâtiments peinent à faire illusion. D’une manière générale, le film manque d’un petit plus au niveau de sa production, la faute à un budget qui semble limité. Dommage, car un peu plus de scènes spectaculaires aurait servi le lyrisme du film.

Une adaptation intéressante du chef-d’œuvre de Shakespeare

Bien que le scénario soit loin d’être fidèle en tous points à l’œuvre d’origine, l’adaptation demeure réussie et se paie le luxe de clins d’œil bienvenus. Ainsi, la présence d’une troupe de comédiens jouant Hamlet fait référence à la célèbre mise en abyme de la pièce. Certes, le film n’exploite pas la portée philosophique du matériau original et les dialogues sont minimalistes, mais il ne faut pas oublier que nous sommes devant un film de genre. Ce choix permet aussi au film de jouir d’un rythme soutenu. Le film se veut plutôt respectueux de son modèle, et les puristes ne crieront pas au scandale. En effet, les fautes de goût sont assez rares, à l’exception de scènes de combat à main nues un peu trop longues et chorégraphiées de manière peu subtile par Giorgio Ubaldi, qui signera plus tard les empoignades homériques des Trinita.

Un bon exemple de western spaghetti lyrique

Le film se démarque toutefois de son modèle en se parant d’un symbolisme chrétien très réussi. La scène de crucifixion du héros est vraiment marquante, renforcée par la présence de sa mère agonisante à ses pieds. En définitive, Castellari ,Tito Carpi et Francesco Scardamaglia ont signé un script réussi, faisant de Django porte sa croix un film grave et lyrique. Tout comme dans Le dernier des salauds et à la différence de la trilogie du dollar, ici ce sont les sentiments et l’honneur qui comptent, pas l’argent. Ceci est manifeste  lors de la scène finale, où le héros laisse s’envoler son héritage sous forme de poussière d’or . On regrette néanmoins que le dénouement du film soit beaucoup plus positif que celui du matériau original, qui ne laissait qu’un personnage en vie.

Toutes ces qualités réunies font de Django porte sa croix un des meilleurs westerns de Castellari. L’idée, peut-être saugrenue de prime abord, d’adapter Shakespeare, s’est révélée pertinente. A tel point qu’un autre western, Dans la poussière du soleil, se réappropriera l’œuvre du Barde en 1973, de façon néanmoins beaucoup moins convaincante.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Django porte sa croix, affiche belge

Affiche belge d’après le dessin de Belinsky

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Django porte sa croix, affiche belge

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