Le cavalier et le samouraï : la critique du film (1974)

Western, Chambara | 1h32min
Note de la rédaction :
6/10
6
Affiche américaine du film Le cavalier et le samouraï

  • Réalisateur : Luigi Vanzi
  • Acteurs : Tony Anthony, Raf Baldassarre, Lloyd Battista, Hitoshi Ômae
  • Date de sortie: 27 Juin 1968
  • Nationalité : italien, américain, japonais
  • Titre original : Lo straniero di silenzio
  • Titres alternatifs : The Silent Stranger, Samurai on a Horse, The Stranger in Japan
  • Année de production : 1968
  • Scénaristes : Vincenzo Cerami, Giancarlo Ferrando, Lloyd Battista, Tony Anthony
  • Directeur de la photographie : Mario Capriotti
  • Compositeur : Stelvio Cipriani
  • Sociétés de production : Roberto Infascelli, Massimo Gualdi, Robert O'Brien, Allen Klein, Tony Anthony, Ronald Schneider, Primex Italiana, MGM, United Artists, ABKCO Industries
  • Distribution : Film inédit en France, mais sorti en Belgique selon Jean-François Giré. La date ci-dessus est celle de la sortie italienne.
  • Format : 1,66:1
  • Crédits visuels : © Roberto Infascelli, Massimo Gualdi, Robert O'Brien, Allen Klein, Tony Anthony, Ronald Schneider, Primex Italiana, MGM, United Artists, ABKCO Industries . Tous droits réservés.
  • Franchise : 3eme volet de la série de l'Etranger (The Stranger), après Un dolllar entre les dents et Un homme, un cheval, un pistolet.
Note des spectateurs :
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Troisième film de la série de l’Etranger, Le cavalier et le samouraï revient aux sources du western italien de fort belle manière en transposant l’action dans un Japon criant de vérité.

Synopsis : A la suite d’une rixe, l’Etranger se retrouve en possession d’un parchemin japonais d’une valeur apparemment inestimable. Il met le cap sur le pays du Soleil Levant afin d’en savoir plus…

Le cavalier et le samouraï, « western-chambara » audacieux

Critique : Avant même la sortie d’Un homme, un cheval, un pistolet, la MGM avait pour projet de proposer à Tony Anthony et ses collaborateurs de réaliser un troisième film mettant en scène l’Etranger. C’est chose faite en 1968 avec Le cavalier et le samouraï, qui se paye le luxe d’être le premier film à mêler western spaghetti et culture asiatique, bien avant Soleil rouge de Terence Young.

Anthony a ainsi l’audacieuse idée de faire voyager son personnage au Japon de l’ère Meiji après une visite à sa partenaire Luciana Paluzzi, alors en plein tournage du Bataille au delà des étoiles de Kinji Fukasaku. La MGM accepte de financer ce projet audacieux, faisant bénéficier le film de décors magnifiques et authentiques car tournés in situ. Anthony et ses collaborateurs poursuivent le travail de relecture de Pour une poignée de dollars en revenant cette fois-ci à la source. En effet, si le film de Leone est une transposition du Yojimbo de Kurosawa dans l’Ouest, Le cavalier et le samouraï est une véritable fusion des deux métrages.

Une ambiance formidable

Premier point positif, le film bénéficie d’un budget beaucoup plus confortable que ses prédécesseurs. Les figurants locaux sont nombreux, ce qui permet à Vanzi de mettre en scène des batailles à l’épée dignes d’un vrai film de sabre japonais. Malheureusement, l’équipe a beaucoup souffert des conditions météorologiques, car le film a été tourné pendant la saison des typhons. A en croire les dires d’Anthony, ils auraient essuyé pas moins de treize typhons, entrainant une destruction répétée des décors. Néanmoins, ces déconvenues ont fini par servir le film.

En effet, le déluge sous lequel se déroulent certaines scènes lui confèrent une ambiance très particulière, et renforce son aspect authentique. La photographie de Mario Capriotti met le tout en valeur. On profite aussi de beaux éclairages, y compris lors des scènes nocturnes. Enfin, la production a fait l’excellent choix d’avoir recours à des acteurs japonais on ne peut plus crédibles dans leurs rôles, dont les répliques ne sont pas traduites. En plus de favoriser l’immersion, ceci nous permet de nous identifier à l’Etranger, qui souffre tout au long du film de la barrière de la langue.

Le cavalier et le samouraï repose sur un canevas un peu trop connu…

Tout comme Un dollar entre les dents et Un homme, un dollar, un pistolet, Le cavalier et le samouraï est une relecture de Pour une Poignée de dollars. Seulement, elle est ici poussée à l’extrême, de par les références à Yojimbo, le personnage de l’Etranger et le scénario. Une nouvelle fois, nous avons un cow-boy taciturne cherchant à tirer le plus de profits d’un conflit opposant deux factions. Si le film est original, son script l’est beaucoup moins, et l’on aurait aimé davantage de surprises.

En d’autres termes, on a l’impression que les scénaristes se sont beaucoup trop reposés sur le canevas des films précédents en ayant tout misé sur le dépaysement. De plus, le film souffre malheureusement de longueurs, et pire encore, de soucis de cohérence et de continuité. Cela est sûrement dû au fait qu’il a subi de nombreuses coupes, au grand désespoir d’Anthony, qui s’est aussi vu contraint d’ajouter une voix off peu convaincante.

…mais poursuit avec brio la démarche créative des deux précédents films

Fort heureusement, toutes les qualités des autres films de la série sont toujours au rendez-vous. L’Etranger est toujours aussi charismatique et roublard, à la faveur du jeu si particulier d’Anthony. Lloyd Battista, ami de longue date de ce dernier, que l’on retrouvera dans le film suivant, est tout aussi convaincant en antagoniste. On retrouve Luigi Vanzi à la réalisation. Son style n’a malheureusement pas trop évolué et demeure toujours aussi sobre, bien qu’efficace. Il continue à jouer sur les effets de surprise et sur la découverte progressive du hors-champ favorisant la dimension comique de certains passages, dans la lignée de l’épisode précédent.

L’action est quant à elle plutôt bien mise en scène et diversifiée. Des scènes de massacre à la gatling sont au programme, et l’Etranger, faute de revolver, se verra contraint de se servir d’armes blanches et d’un canon artisanal à l’effet dévastateur, une des marques de fabrique de la série. Mention spéciale au duel de fin, tout aussi réussi que celui du premier film bien que radicalement différent. Enfin, Stelvio Cipriani signe à nouveau la bande-son du métrage en nous proposant un thème très efficace, bien qu’un peu moins accrocheur que celui des deux films précédents.

Le cavalier et le samouraï, un film injustement méconnu

Malheureusement, l’originalité du film n’a pas été reconnue à sa juste valeur, la faute à des conflits d’intérêt au sein de l’équipe managériale de la MGM qui a fait que le film est resté dans les cartons pendant plusieurs années. De fait, il n’est sorti aux Etats-Unis qu’en 1975, et est resté inédit dans de nombreux pays, se privant d’une audience mondiale qui lui aurait pourtant assuré un triomphe de par son aspect multiculturel. Comme si cela ne suffisait pas, la critique n’a pas été tendre avec ce qu’ils considéraient n’être qu’un plagiat de Soleil rouge, quand bien même le film avait été tourné trois ans auparavant. De plus, les films mettant en scène la rencontre de l’Est et de l’Ouest on été légion dans les années 70, à l’image des deux Shangaï Joe ou de La brute, le colt et le karaté.

Reste que cet ovni américano-italo-nippon est une sorte de digestion ultime des influences et transformations qu’a subi le western à l’aube des années 70. Avec la série de l’Etranger, Anthony et ses collaborateurs ont progressivement fait entrer le western spaghetti dans l’ère de la post-modernité, ce que le dernier film de la série, Pendez-le par les pieds corrobore définitivement.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Affiche américaine du film Le cavalier et le samouraï

© Roberto Infascelli, Massimo Gualdi, Robert O’Brien, Allen Klein, Tony Anthony, Ronald Schneider, Primex Italiana, MGM, United Artists, ABKCO Industries . Tous droits réservés.

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