Douce nuit sanglante nuit : la critique du film + le test blu-ray (1987)

Slasher, Horreur, Thriller | 1h22min (version non censurée)
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Douce nuit sanglante nuit, jaquette VHS 1984

  • Réalisateur : Charles E. Sellier Jr.
  • Acteurs : Robert Brian Wilson, Lilyan Chauvin, Gilmer McCormick, Toni Nero, Charles Dierkop
  • Date de sortie: 09 Nov 1984
  • Année de production : 1984
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Silent Night, Deadly Night (cinéma), Slay Ride (Titre de travail)
  • Titres alternatifs : Douce nuit, sanglante nuit (VHS, France), Douce nuit Sanglante nuit (DVD, Blu-ray France 2023), Stille Nacht - Horror Nacht (Allemagne), O Fatal Silêncio da Noite (Portugal), Natal Sangrento (Brésil), Blodrød Jul (Norvège), Natale di sangue (Italie), Noche de paz, noche de muerte (Espagne), Sangriento Papá Noel (Argentine)
  • Autres acteurs : Britt Leach, Nancy Borgenicht, Linnea Quigley, Leo Geter, Randy Stumpf, Will Hare, Geoff Hansen, Charles Dierkop
  • Scénaristes : Paul Caimi (histoire), Michael Hickey
  • Monteur : Michael Spence
  • Directeur de la photographie : Henning Schellerup
  • Compositeur : Perry Botkin Jr.
  • Producteurs : Ira Barmak (sous le pseudo de Richard Barmak)
  • Producteurs exécutifs : Scott J. Schneid, Dennis Whitehead
  • Sociétés de production : Slayride, TriStar Pictures
  • Distributeur : TriStar (USA), Aquarius Releasing (Reprise salle, USA - 1985)
  • Editeur vidéo : Antares Productions - Travelling (VHS, 1987), Rimini Editions (DVD+Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Janvier-février 1987 (VHS), 7 décembre 2023 (DVD= Blu-ray)
  • Budget : 1 065 000 $
  • Box-office nord-américain : 2 491 460$
  • Classification : R (USA)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35 mm) / Mono
  • Festivals : Sélection Officielle Avoriaz 1987
  • Récompenses : Grand Prix Vidéo 7 Avoriaz 1987
  • Illustrateur/Création graphique : © Burt Kleeger (Affiche cinéma américaine) © Satore Publicités (VHS). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1984 Slayride, Inc. All Rights Reserved. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Tagline : Il sait si vous avez été bien sage. (2023)
  • Franchise : Premier film d'une franchise de cinq films (1984, 1987, 1989, 1990, 1991), remaké en 2012.
Note des spectateurs :

Douce nuit sanglante nuit est un solide slasher de 1984 qui suscita une impressionnante controverse aux USA, allant jusqu’au retrait du film des salles, dix jours après sa sortie. L’un des meilleurs titres de la collection Angoisse de l’éditeur Rimini.

Synopsis : Traumatisé par le viol de sa mère et le meurtre de ses parents lors d’un réveillon de Noël, le petit Billy est recueilli dans un orphelinat dirigé par une nonne sadique qui va le brutaliser pendant des années. Devenu adolescent, Billy doit revêtir un costume de Père Noël pour les Fêtes. Les traumatismes ressurgissent.

Critique : Premier trimestre 1987. Les sorties horrifiques connaissent un dangereux virage vers une exploitation exclusive en VHS. La croissance des productions mais aussi la disparition des distributeurs indépendants et des cinémas de quartier, favorisent le marché de la vidéo qui regorge de DTV en ce début d’année (la comédie floppesque de Brian De Palma Maffia Salad en premier, Transylvania 6-5000 ,et dans l’horreur Spookies, Murderock de Lucio Fulci).

Avoriaz en 1987 en guise de promotion pour la sortie en vidéo

Dans ce contexte, le sacrosaint Festival d’Avoriaz connaît, pour sa 15e édition, la création d’une section d’inédits, à savoir huit films en compétition pour le Grand Prix des Films Fantastiques Inédits. Cold Room, Swordkill, Terreur à domicile de George Pan Cosmatos, et le gagnant, Cat’s Eye d’après Stephen King, faisaient partie des nommés.

Affiche américaine de Douce Nuit, Sanglante Nuit

Artwork : Burt Kleeger © 1984 Slayride, Inc. / TriStar. All Rights Reserved. Tous droits réservés

Douce nuit sanglante nuit (avec ou sans la virgule, les deux titres existent) sort ainsi, gratifié par le marketing de Sator, chez l’éditeur de vidéocassettes Antarès – Travelling Productions, juste après le festival d’Avoriaz, avec l’estampille “Sélection Avoriaz 87 Grand Prix Vidéo 7“. Un bon coup de marketing puisque, même s’il ne remporte pas le prix vénérable, l’éditeur comptait énormément sur le festival pour propulser  le trublion américain, au détriment d’une distribution en décembre, pour les fêtes de Noël qui aurait été plus opportune pour coller à la thématique.

Un scandale sans précédent aux USA

Douce nuit sanglante nuit, tourné entre la fin de l’année 1983 et le début de l’année 1984 aux USA, était sorti sur son propre territoire, en novembre de cette même année, provoquant une impressionnante controverse chez les familles, certains politiques et critiques conservateurs, qui ruminaient devant la figure du Père Noël associée à une furie meurtrière, y compris contre les instances religieuses. L’expérience aurait été traumatisante pour les enfants qui ont pu découvrir l’homme à la barbe blanche et au costume rouge armé d’une hache, lors d’une spot publicitaire, diffusé entre deux publicités lambdas. Tout un trauma qui va encourager les ligues conservatrices à attaquer le jeune distributeur TriStar Pictures et le producteur Ira Richard Barmak. Lors d’une sortie face aux Griffes de la Nuit de Wes Craven, Silent Night, Deadly Night, assassine son concurrent Freddy Krueger grâce à une centaine de salles de plus, et entre en 8e place contre une 10e place pour Freddy, mais au bout de dix jours, le distributeur décide de retirer les copies des salles pour ensevelir un scandale que d’autres thrillers horrifiques, sur ce même thème, n’avaient pas connu dans le passé, en raison d’une distribution plus anecdotique, comme Black Christmas de Bob Clark (1974) ou Christmas Evil de Lewis Jackson (1980).

Promotion de Douce Nuit Sanglante Nuit, France 1984

Douce nuit sanglante nuit sort en VHS sur fond de scandale 

L’Europe, alors moins portée sur l’image d’un Noël immaculé, n’aura aucun souci à associer le meurtrier à la célébration de la fête de fin d’année. Le film, ressorti en mai 1985 aux USA chez un distributeur indépendant qui joua sur le buzz sans montrer l’image du Santa Claus dans sa promo, débarque à l’étranger directement en vidéocassette, avec un visuel promotionnel exclusif pour le marché d’outre-Atlantique, qui montre la figure virile d’un Father Christmas armé d’une hache.

En France, Antarès ment sur une version française prétendument intégrale (il manque en fait trois minutes que l’on retrouvera en 2023 sur notre blu-ray, en alternative du montage salle, avec de nombreux plans de seins et de violence ajoutés) et joue sur le scandale américain : “Ce film a été si loin et a tant outragé Hollywood que le gouvernement américain et les ligues de parents ont fait pression pour qu’il soit interdit…”.

Une franchise de cinq films, tous exploités en DTV en France

Le succès en VHS ne fera pourtant pas du film l’un des plus visibles et des plus connus issus de la sacrosainte décennie, et ceux nonobstant les quatre suites éditées sur notre marché : Douce nuit, sanglante nuit 2 (1987), Douce nuit, sanglante nuit : Coma dépassé (1989) Douce nuit, sanglante nuit : L’initiation (1990), Douce nuit, sanglante nuit : Les jouets de la mort (1991). Des diffusions sur Canal, des rééditions VHS, et même une édition DVD chez Swift dans les années 2000, viendront entretenir l’aura culte du slasher de 1983 qui essayait de surfer sur le succès de Halloween et de Vendredi 13, avec un monstre au visage poupon de blondinet un peu autiste.

Douce nuit sanglante nuit, jaquette VHS 1984

© 1984 Slayride, Inc. / TriStar. All Rights Reserved. Tous droits réservés

Une édition blu-ray française pour célébrer les 40 ans du film

L’édition vidéo double DVD et Blu-ray, en combo collector chez Rimini, en 2023, offre aux spectateurs contemporains la possibilité de (re)découvrir la sulfureuse production avec un recul de 40 ans, par rapport à son tournage, et de la revaloriser considérablement. D’ailleurs, entre temps, la série B hargneuse a été adoubée par Quentin Tarantino en personne. Et pour cause, ce pur slasher dans son esprit punitif et vengeur est surtout une œuvre d’une redoutable efficacité qui bénéficie des qualités les plus louables des thrillers horrifiques d’antan, notamment dans son image de cinéma vraiment somptueuse, loin de la pauvreté télévisuelle des DTV à venir (pensons notamment aux productions Empire, Full Moon et aux années 90 qui allaient enlaidir à mort le filmage).

L’un des meilleurs slashers de sa décennie

Esthétiquement choyé, Douce nuit, sanglante nuit souhaite jouer dans la cour des grands à une époque où le genre, du moins en Amérique, faisait des merveilles au box-office. Le choix de la figure du Père Noël en vilain sanguinaire est original puisque le tueur ne porte pas de masque, tout juste un déguisement jovial porteur de bonheur pour les enfants. Mais ce qui est intéressant, c’est évidemment le temps consacré au passé du tueur qui, pendant 20 minutes, connaît un traumatisme psychologique à l’instar du psychopathe de Cauchemars à Daytona Beach. Il voit sa mère affreusement violée par un fou déguisé en bonhomme rouge, puis assassiné comme son père, quelques secondes auparavant. L’horrible crime survient après une discussion avec son grand-père sénile qui, en tout secret, le prépare à la monstruosité de Noël pour les enfants peu sages. Malgré son traumatisme, le garçonnet du haut de son nom d’icone de l’horreur, Billy Chapman, va même être recueilli dans un orphelinat où la mère supérieure sévit en toute méchanceté contre lui, le transformant en un si gentil petit monstre de rancœur et de haine, qui va vouloir laver l’esprit de Noël de toute l’indiscipline des enfants et évidemment – film pour adolescents travaillés par leurs hormones oblige -, de toute la concupiscence des plus grands.

Douce nuit sanglante nuit (Silent Night, Deadly Night (promo)

Graphisme : Koezmo Artwork. © 1984 Slayride, Inc. All Rights Reserved. Tous droits réservés

Un tueur psychopathe qui finira dans les soaps, dont Santa Barbara, avec Robin Wright

Malgré le jeu de baudruche du débutant Robert Brian Wilson, alias Billy à 18 ans, belle gueule qui finira dans les soaps de l’époque (Santa Barbara, où il joue le fils Capwell, assassiné, qui ouvre l’interminable série), le tueur est sardonique à souhait dans ses massacres bien orchestrés par le monteur du film lui-même, puisque le réalisateur du film, Charles E. Sellier Jr., était peu porté sur l’horreur de par ses convictions religieuses. Il voyait dans ce film une commande bien payée, mais c’est le cinéma chrétien qui l’intéressait. Il s’en fit le chantre pendant 40 ans. Sellier est loin d’être un mauvais cinéaste pour autant. Sa réalisation est calibrée, avec des plans savoureux qui savent faire du thriller un programme supérieur à la moyenne des séries B de son époque. On ressent dans les termes du contrat avec TriStar Pictures, la volonté de briller au box-office des salles de cinéma américaines, pour Noël 1984, et de lancer une glorieuse franchise.

Les slashers sur CinéDweller

Le scandale rendra la perspective d’une franchise ailleurs qu’en VHS impossible, mais des décennies après un remake éloigné (Bloody Christmas/Silent Night de Steven C. Miller, en 2012), les éditions blu-ray de Shout Factory aux USA, 101 au Royaume-Uni et de Rimini en France, rendent un magnifique hommage à ce divertissement de saison marqué par la ferveur créative de sa décennie.

Frédéric Mignard

Douce nuit sanglante nuit (Silent Night, Deadly Night), blu-ray (1984)

Graphisme : Koezmo Artwork. © 1984 Slayride, Inc. All Rights Reserved. Tous droits réservés

Le test blu-ray de Douce nuit, Sanglante nuit

La collection Angoisses de Rimini Editions célèbre les 40 ans du slasher culte Douce nuit, sanglante nuit, édité quinze jours avant les fêtes de Noël. Après notamment Nuit noireAlice Sweet AliceLa peau sur les osHell NightL’autoroute de l’enferLes traqués de l’an 2000Terreur sur la ville, Mutant Sweet SixteenDominique, Slumber Party Massacre, et Audrey Rose, Rimini Editions rend un bel hommage à ce parangon de la grande ère de la vidéocassette particulièrement réussi.

Packaging & Compléments : 3 / 5

Toujours aucun document audiovisuel. L’éditeur préfère personnaliser l’édition par une jaquette ad hoc du meilleur ton, et un livret de 24 pages signé Marc Toullec qui relate avec précision la genèse du film assassin. Ecriture, production, sortie polémique… tout y passe, avec peu d’erreurs (une mention au NC-17 qui n’existait pas en 1984, puisque les films étaient alors éventuellement classés X, ndlr) et une vraie belle source biographique. Du bon boulot pour une œuvre désormais méconnue qui avait bien besoin de ce traitement.

L’éditeur propose sur un deuxième disque DVD ou sur le blu-ray la version non coupée du film, pour la première fois en France. Plus sanglant, plus déshabillé. Les amateurs apprécieront l’effort.

Image : 3.5 / 5

La copie cinéma est dynamique, avec un rendu colorimétrique satisfaisant, dans la tonalité des films des années 80. Tout est fait pour rendre la texture cinématographique palpable. Quelques plans ici et là sont de moindre qualité dans leur rendu, mais l’ensemble est exaltant.

Son : 3.5 / 5

Le film, tourné en Mono et non en Dolby Stéréo, avait été gratifié d’un doublage à l’occasion de sa sortie en VHS hexagonale en janvier 1987. Ce doublage revient en blu-ray auréolé d’un épaississement sonore DTS HD Master Audio, mais toujours en Mono. Le léger souffle vient démontrer la fragilité de cette piste. Heureusement, la version originale a été gonflée en stéréo et en DTS HD, ce qui permet notamment une meilleure appréhension de la piste musicale.

Frédéric Mignard

Douce nuit sanglante nuit (Silent Night, Deadly Night) - promo

Graphisme : Koezmo Artwork. © 1984 Slayride, Inc. All Rights Reserved.

Biographies +

Charles E. Sellier Jr., Robert Brian Wilson, Lilyan Chauvin, Gilmer McCormick, Toni Nero

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Douce nuit sanglante nuit, jaquette VHS 1984

Bande-annonce de Douce Nuit Sanglante Nuit

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