Production Denise Petitdidier, En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger est un nanar franchouillard peu mémorable en dehors de son titre absurde qui, lui, est resté à la postérité.
Synopsis : A Marseille, un commando de cinq féministes kidnappe un auteur considéré comme macho, descendu faire la promotion de son dernier best-seller.
Critique : Avec plus d’1 170 000 entrées en France, en 1982, Mon curé chez les nudistes a fait figure de phénomène franchouillard pour le distributeur Les Films Jacques Leitienne. Quelques mois après, ce dernier garde l’espoir dans ce genre qu’il exploite allègrement. Il a dans son agenda, en 1983, On l’appelle catastrophe, avec Michel Leeb, On n’est pas sorti de l’auberge de Max Pécas, Les planqués du régiment avec Paul Préboist, et Mon curé chez les Thaïlandaises. Chacun de ces divertissements bon marché comptent parmi leurs comédies du terroir, avec comiques issus du théâtre ou de la télévision en tête d’affiche. L’objectif est d’agrémenter les programmations de salle des fêtes, loin de l’humour sophistiqué des grandes villes.
En mai 1983, à contre-courant des sorties dites cannoises, le distributeur de légende, axé sur le cinéma de genre et d’exploitation, propose aussi En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger. Le titre, jouant sur une antiphrase marrante, est utilisé dans le film sans aucune légitimité scénaristique ou lien narratif. Il s’agit juste d’une pointe d’humour autour de laquelle le script a été construit. Aujourd’hui, peu de monde a bien vu cette comédie, mais beaucoup en connaissent au moins le titre nanardesque, syntaxe aberrante d’une époque où l’on justifiait la mise en production d’un film sur une seule boutade.
Une production de l’inénarrable Denise Petitdidier
A la production, on retrouve Denise Petitdidier, directrice de théâtre émérite qui s’était fait une petite réputation en produisant notamment La Menace d’Alain Corneau, avec Yves Montand. Avec sa boîte iconique Les Productions du Daunou, elle décide de prendre moins de risque, entre 1978 et 1983, n’investissant plus que dans des comédies aux budgets très bas, avec des gens du théâtre comme Jean Lefebvre pour attirer le badaud. Des potes à elle. En 1981, Prends ta Rolls et va pointer est un carton dans les campagnes et, l’année suivante, elle tire encore de belles recettes de N’oublie pas ton père au vestiaire, sous Boum de Richard Balducci, toujours avec Jean Lefebvre, qui glane 526 000 spectateurs titubants. Enorme par rapport à la non-ambition artistique et budgétaire de ces délires entre potes où chacun venait chercher son chèque en s’amusant sans se prendre la tête sur des dialogues que l’on imagine parfois improvisés.
Richard Balducci pas dispo? Jacques Ardouin prend la caméra
Denise Petitdidier enchaîne directe avec la production d’un nouveau de Richard Balducci avec Jean Lefebvre, Salut la puce, qui sort en janvier 1983 et s’écrase au B.O. (44 000). Surtout, elle accorde à son pote de théâtre Jacques Ardouin sa seule réalisation, En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger. Le comédien, moins connu au cinéma que sur les planches et la télévision, est donc amené à filmer platement un long qui va s’avérer très laborieux. Le comédien s’illustre derrière la caméra avec les conseils de Richard Balducci, et avec l’assistance à la réalisation de Jean-Paul Feuillebois qui finira par faire son propre long métrage, avec Comment draguer tous les mecs (1984), comédie bien sexiste avec Petronille Moss.

© 1983 Les Productions du Daunou. © 2021 ESC Editions. Tous droits réservés.
Un premier “grand” rôle pour Jean-Claude Massoulier
Pour En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger, il s’agit de mettre en scène le script du chanteur et animateur de télévision, Jean-Claude Massoulier, à qui l’on devait déjà les dialogues de N’oublie pas ton père au vestiaire. Pour des raisons que l’on imagine fiscales, en tout cas plus financières qu’artistiques, Massoulier œuvrait aussi comme acteur dans la comédie populaire mal-aimée de l’élite parisienne, et ce depuis Un idiot à Paris de Serge Korber, avec Jean Lefebvre, en 1966. Sauf, qu’à cette époque, c’était Michel Audiard à la plume.
Dans En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger, le chansonnier hérite du premier rôle masculin et incarne un auteur d’ouvrages patriarcaux qui irritent les féministes de l’époque. Le rôle lui va plutôt bien notamment lors d’un débat télévisé lunaire animé par Micheline Dax qui, le temps d’une séquence, perd son sang froid et débite des insultes avec sa gouaille tordante. En roues libres, elle relève le niveau, avec un virage dans le Z sympa.
Une production (pseudo) féministe qui nous engage dans sa guerre des sexes
La comédie s’incrit dans l’ère des préoccupations féministes des années 70, ce qui allait très bien à la productrice Denise Petitdidier, elle-même actrice pour la cause, sous le nom de Denise Didier. Très impliquée dans l’émancipation des femmes, elle incorpore à l’écran un groupe de militantes, dans la région de Marseille, qui va finir par kidnapper l’écrivain phallocrate, lors de sa promo provinciale, pour attirer l’attention sur le calvaire des femmes objets. Dans le film, elles sont allègrement traitées de “salopes” et sont à la botte de leur époux et de leur tyran d’adolescent. Pis, la police les contraint même à des gâteries si elles veulent échapper à des poursuites… Bref, bienvenue dans le monde des années 80 où un rien fait rire, surtout le pire.
Au sein du commando de féministes, la chanteuse Sabine Paturel s’en sort certainement le mieux. Elle triomphera avec Les bêtises, au Top 50, moins de 3 ans après. Les autres comédiennes (Florence Haziot, Annie Jouzier) sont plus fragiles, sur le grand écran, et laisseront moins de place dans la culture française.
Box-office d’En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger…
Malgré la présence de Michel Galabru en éditeur grande gueule et peu attaché à la cause féminine, En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger est particulièrement médiocre et anodin. Il hurle son manque de moyens à chaque plan. Il n’aura donc aucun succès en salle. Le casting ne prend pas et le visuel de Léo Kouper, un peu désuet, ne parle pas aux foules. La comédie trouve tout de même 18 écrans à Paris-Périphérie, mais les espoirs sont rincés dès le premier jour. Le 25 mai 1983, Denise Petitdidier ne recense que 1 100 spectateurs. C’est encore moins que le bide cosmique de Rock and Torah avec Christian Clavier, qui, parallèlement, balbutie à 2 403 curieux dans 22 salles. A côté, L’homme blessé de Chéreau fort de son passage à Cannes embrase 7 051 spectateurs dans 21 salles et Sidney Lumet a bien du mal à prendre 2 600 nostalgiques de son cinéma dans son Piège mortel (19 salles).
Une seule semaine à l’affiche à Paris : on pourrait l’appeler catastrophe !
A l’issue de sa première semaine d’exploitation parisienne, En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger ne parvient à dépasser les 1 000 entrées que dans un seul des 18 sites le projetant, l’UGC Ermitage. Le Rex, l’UGC Rotonde/Danton/Gare de Lyon, Gobelins, le Magic Convention, les 3 Secrétan, le Rio Opéra et le Paramount Montmartre en intra-muros souffrent de disette. Ce sont 9 012 spectateurs qui découvrent le divertissement sur la capitale et sa banlieue en sept jours. Une catastrophe qui vaut à la comédie de ne rester qu’une seule semaine localement à l’affiche.
Les Films Jacques Leitienne ne feront aucun effort pour faire survivre cette petite chose mal fichue relevant du faux pas caractérisé. Ils préfèrent mettre le paquet sur le nouveau Paul Préboist, Les planqués du régiment (15/06) et le premier grand rôle de Michel Leeb au cinéma dans On l’appelle catastrophe (29/06) au potentiel national beaucoup plus élevé.
Peu aimée de ses spectateurs, la comédie franchouillarde trouvera un peu plus de marge en VHS chez Proserpine et naturellement à la télévision, dans les années 80, avant de disparaître. En DVD, l’éditeur ESC s’est appliqué à la proposer en format physique en 2021, dans une copie assez lamentable, indigne du support. Pour les fans hardcore du genre, l’éditeur proposait parallèlement N’oublie pas ton père au vestiaire. Un diptyque du rire suranné pour sonder la France d’avant-hier.
Sorties de la semaine du 25 mai 1983

© Léo Kouper (Affiche) © 1983 Les Productions du Daunou. Tous droits réservés.
Biographies +
Michel Galabru, Mario David, Roland Blanche, Francis Lemonnier, Denise Grey, Richard Balducci, Florence Haziot, Denise Petitdidier, Annie Jouzier, Sabine Paturel, Jean-Claude Massoulier, Micheline Dax
Mots clés
Cinéma français, Les films de 1983, Comédie franchouillarde, Nanar, Les flops de l’année 1983, Les Films Jacques Leitienne
Fiche technique
- Année de production : 1983
- Nationalité : Français
- Titre original : En cas de guerre mondiale, je file à l’étranger
- Casting : Florence Haziot, Denise Petitdidier, Annie Jouzier, Rachel Boulenger, Sabine Paturel, Jean-Claude Massoulier, Lucien Barjon, Patrick Moreau, Joël Pouvreaux, Jean-Marie Retby, Michel Galabru, Jean-Claude Arnaud, Mario David, Denise Grey, Micheline Dax, Françoise Bussy, Richard Balducci, Philippe Bardy, Michel Bedetti, Roland Blanche, Marc Cassot, Michel Chalmeau, Claude Dassonville, Yves Delahaye, Anne Gacoin, Cynthia Gavas, Pascal Germain, Mauricette Gourdon, Francis Lemonnier, Gerard Lorcy, Pierre Lose, Isabelle Pain, Jean-Claude Régnier, Pierre-Jean Vaillard, Corinne Villenet, Olivier Visery
- Scénariste : Jean-Claude Massoulier
- Compositeur : André Popp
- Directeur de la photographie : Marcel Combes
- Monteur : Michel Valio
- Chef décorateur : Olivier Paultre
- Chef costumier : Monique Perrot
- Assistant réalisateur : Jean-Paul Feuillebois, François Velle
- Scripte : Bernadette Faure
- Productrice : Denise Petitdidier
- Société de production : Les Productions du Daunou, Naja Films
- Distributeur : Les Films Jacques Leitienne
- Editeur vidéo : Proserpine (VHS), ESC (DVD)
- Formats : 1.66:1 / Couleur (35mm) / Mono
- Box-office France / Paris-Périphérie : 27 388 entrées / 9 012 entrées
- Classification : Tous publics
- Crédits visuels : Léo Kouper (Affiche)
- Crédits : Les Productions du Daunou
- Attaché de presse : Allain Roulleau