Sicario, la guerre des cartels : la critique du film (2018)

Thriller, Policier, Action | 2h02min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Sicario la guerre des cartels, l'affiche définitive

  • Réalisateur : Stefano Sollima
  • Acteurs : Josh Brolin, Benicio Del Toro, Catherine Keener, Isabela Moner, Christopher Heyerdahl, Manuel Garcia-Rulfo, Matthew Modine, Jeffrey Donovan
  • Date de sortie: 27 Juin 2018
  • Année de production : 2018
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Sicario: Day of the Soldado
  • Titres alternatifs : Sicario 2 : la guerre des cartels (France, vidéo), Sicario: Le jour du soldat (Québec), Soldado: The Soldier (Philippines), Sicario: Guerra de Cartéis (Portugal), Sicario 2: A zsoldos (Hongrie), Sicario: Dìa del soldado (Amérique latine et centrale, Espagne), Sicário: Dia do Soldado (Brésil), Sicario 2: Soldado (République Tchèque, Irelande), Soldado (Turquie)
  • Scénariste : Taylor Sheridan
  • D'après l'œuvre de :
  • Directeur de la photographie : Dariusz Wolski
  • Monteur : Matthew Newman
  • Compositeur : Hildur Guðnadóttir
  • Producteurs : Basil Iwanyk (produced by) | Thad Luckinbill (produced by) | Trent Luckinbill (produced by) | Edward L. McDonnell (produced by) | Molly Smith (produced by)
  • Sociétés de production : Columbia Pictures
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport / Lionsgate (USA)
  • Editeur vidéo : Metropolitan Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 15 décembre 2018 (DVD, blu-ray, 4K)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 239 369 entrées / 96 915 entrées
  • Box-office nord américain / monde : 50 072 235$ / 75 837 753$
  • Budget : 35 000 000$
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleur (D-Cinema, 2K) / Dolby Digital, Dolby Surround 7.1, Dolby Atmos
  • Festivals et récompenses : Hamilton Award aux Italian National Syndicate of Film Journalists (2019), nominé aux Golden Trailer Awards (2019)
  • Illustrateur / Création graphique : © Laurent Pons pour Troïka. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2018 Soldado Movie, LLC. © Lions Gate Entertainment Inc. © Propriété graphique : Metreopolitan FilmExport. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : Deuxième épisode de la franchise Sicario
Note des spectateurs :

Après la vision atmosphérique de Denis Villeneuve, Sicario 2, alias Sicario la guerre des cartels est une suite crépusculaire convaincante, davantage tournée vers l’action, mais qui ne démérite pas.

Synopsis : Quelques années après les événements de Sicario, la lutte contre le trafic de drogue est toujours aussi âpre sur la frontière, et les cartels sont plus puissants que jamais. Matt et Alejandro sont à nouveau dépêchés sur place pour retrouver Carlos Reyes, un ponte des cartels qui s’est lancé dans d’autres affaires lucratives : il traite désormais avec les terroristes. Ce qui aurait dû être une opération coup de poing rondement menée se révèle en fait un sombre et tortueux combat orchestré dans l’ombre par la CIA…

Critique : A priori on n’attendait pas forcément une suite au Sicario présenté à Cannes en 2018, succès critique et public (y compris aux USA), et qui bénéficiait de la patte éminente du Canadien Denis Villeneuve. Mais le commerce de péloche a pris les devants, incitant Lionsgate à proposer un sequel forcément plus armé, qui vient exploiter les qualités d’action du premier opus, son goût pour une certaine morbidité et son aspect crépusculaire assumé. Toutefois, exit les moments bavards, les expositions trop psychologiques, les apartés narratifs : la suite est plus nerveuse, quand le premier opus se devait d’introduire les personnages, notamment celui magnifique d’Emily Blunt, que l’on ne retrouvera pas ici.

Sicario : la guerre des cartels brille par son action et son atmosphère

Toutefois, loin d’être une série B costaude, mais dépourvue d’âme, Sicario : la guerre des cartels se savoure différemment, comme un complément parfaitement assumé, par un spécialiste du genre mafieux, Stefano Sollima. Le cinéaste italien est un grand et n’a rien à envier à Villeneuve dans son style et sa capacité à filmer le laid, l’abjection et la violence de façon esthétique, mais toujours avec intensité et gravité. N’est-il pas le réalisateur du splendide Suburra, devenu depuis une série télévisée? Et n’a-t-il pas également adapté avec brio à la télévision Gomorra et Romanzo criminale, deux films de compatriotes italiens transformés en succès télévisuels? ?

C’est donc un expert de la pègre italienne qu’Hollywood jette en pâture dans une Guerre des Cartels provoquée en sous-marin par le gouvernement américain et son arme secrète, l’agent fédéral Matt Graver, toujours prêt à faire le sale boulot. Le baroudeur, joué par Josh Brolin qui ressemble de plus en plus à Nick Nolte, les muscles en plus, n’est pas le seul à revenir puisqu’il va aller chercher le personnage fantôme de Benicio Del Toro, impressionnant d’intériorité, pour mettre à feu et à sang la linea, cette frontière americano-mexicaine qu’exploite désormais des terroristes islamistes pour entrer sur le sol américain, avec l’aide potentielle des cartels dont le revenu ne passe pas uniquement par la drogue, mais également par le traitement des migrants, réunis en troupeaux de vies sans valeur qu’ils conduisent plus ou moins à destination. En effet, la mort attend souvent ces âmes désespérées au détour d’une rivière sauvage. L’ombre de ces migrants, souvent aperçus, mais qui ne jouent aucun rôle direct dans la narration, plane sur le discours du film et donne de la consistance au scénario ciselé de Taylor Sheridan, passé maître dans les thrillers sudistes (Sicario, Comancheria, Wind River et la série Yellowstone avec Kevin Costner ressuscité).

 

Benicio Del Toro dans Sicario, la guerre des cartels

© 2018 Soldado Movie, LLC. © Lions Gate Entertainment Inc.

Une œuvre apparue dans un contexte américain brûlant

A l’ère de Donald Trump, réaliser ce nouveau  Sicario relevait du défi. L’obsession populiste d’une certaine Amérique pour un mur séparant les deux nations et le portrait raciste de migrants brossés par l’exécutif (violeurs, assassins et dealers), trouvent écho à l’écran avec une scène d’attentat dans un supermarché assez glaçant, dès les cinq premières minutes. De quoi nourrir le cheptel des suprématistes blancs qui réitèrent la rhétorique abjecte de leur gourou à l’identique ? Pas vraiment. Dans ce thriller de l’obscur, où l’on sonde ce qu’il y a de plus vil dans l’humain via une radiographie du pouvoir américain et des cartels (qui font aussi figure d’états, par extension), les dégâts collatéraux sur les parias sont montrés sans ostentation. L’on croise ici et là des individus de la nuit et de l’aube, des âmes désespérées, qui ne sont que du bétail aux yeux du gouvernement américain et des mafieux sévissant d’Amérique latine. L’assimilation entre terroristes et migrants, que l’on pouvait craindre lors de la première séquence choc, est même adroitement contredite, par un rebondissement narratif qui démontre la hauteur d’un scénario habile à contourner la lourdeur d’une propagande anti-Trump.

Le fils de Sergio Sollima, Stefano, s’attache donc à exploiter un script solide, où mission et action ne doivent jamais laisser oublier l’émotion face à une réalité sociale qui rend Sicario La Guerre des Cartels d’autant plus remarquable dans ce contexte historique incandescent. Avec un étonnant coup de théâtre en toute fin et une dernière scène implacable, qui fait froid dans le dos quant à ses insinuations, Sicario 2 annonce explicitement un troisième film. En 2022, son annonce tardive provoque émoi et excitation parmi les aficionados du diptyque. Sicario 3 : Capos aura bien lieu.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 27 juin 2018

Sicario la guerre des cartels, l'affiche définitive

Illustrateur : Laurent Pons, pour Troïka. © Metropolitan FilmExport

Box-office :

Sicario de Denis Villeneuve n’a pas brillé au box-office, mais a réalisé des scores très convenables, soutenu par des critiques dithyrambiques et une sélection cannoise avantageuse. Metropolitan Filmexport l’avait lancé savamment en octobre 2015 et en avait tiré 443 000 entrées lors d’une année difficile pour le distributeur qui n’avait connu qu’un seul vrai gros succès en salle, Hunger Games – la révolte partie 2. Dans le reste du monde, la production de 30M$ était parvenue à des scores assez semblables, avec 47M$ aux USA et 84M$ sur l’ensemble des marchés. Le thriller d’action de Villeneuve pouvait manquer de rythme pour des spectateurs entre 15 et 20 ans.

Sicario : la guerre des cartels était donc une réponse efficace à ce bémol, puisqu’il s’agissait d’exploiter le potentiel d’une œuvre dont on espérait cette fois-ci la voir franchir la barre des 100M$ dans le monde. Il n’en sera rien, mais Sicario 2 ne sera pas décevant pour autant, aux USA du moins. Son budget de 35M$ sera encore une fois comblé par des recettes mondiales de 75M$. Les Etats-Unis, concernés par le sujet, en feront un beau succès avec 50M$. Pour une œuvre aussi violente, voire glauque, c’était un bel acquis.

Une carrière française décevante

En France, la réception fut mitigée. Metropolitan FilmExport repartira déçu avec seulement 240 000 spectateurs en fin de parcours, soit moitié moins que le segment originel. Le distributeur français avait, il est vrai, misé sur une affiche très série B signée Troïka, mais surtout l’avait lancé lors de la sacrosainte Fête du Cinéma. En première semaine, dans ce contexte festif, il n’en tire que 133 856 spectateurs dans 451 salles. La concurrence de la semaine ne faisait nullement le poids (Budapest de Xavier Gens, Les affamés avec la chanteuse Louane, la romance gay Love, Simon, l’animation Parvana, Tully de Jason Reitman, et dans seulement 89 copies Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez avec Vanessa Paradis).

Pour son premier jour France, Sicario 2 se fait doubler, à 1 000 entrées près, par Love, Simon qui bénéficie d’un meilleur coefficient Paris-Province.  Il réalise plus ou moins la même entame que Budapest, autour des 14 500 spectateurs, soit une baisse de 8 200 spectateurs par rapport au coup de poing original.

En première semaine, Sicario : la guerre des gangs parvient toutefois à arracher la première place des nouveautés, avec 133 856 spectateurs, mais en 5e place. Devant lui figurent Jurassic World Fallen Kingdom (4e), Sans un bruit (2e semaine et seulement 374 salles), Ocean’s 8 (3e), et Le doudou avec Kad Merad et Malik Bentalha (2e).

Où voir Sicario la guerre des cartels sur Paris en première semaine?

Le film comptait pas moins de 20 écrans en intra-muros et plus de 30 écrans en périphérie. Il ne dépassera toutefois les 2 000 spectateurs par écran qu’au seul UGC Ciné Cité les Halles (3 993). Il y arrivera presque au MK2 Bibliothèque avec 1 942 spectateurs. Ainsi, les Parisiens, la semaine de la sortie de sa sortie, ont pu voir Sicario 2 au Gaumont Champs-Elysées, au UGC George V, au Gaumont Opéra, au Rex, à l’UGC Danton, à l’UGC Ciné Cité Les Halles et à l’UGC Ciné Cité Bercy, à l’UGC Lyon Bastille, au MK2 Quai de Seine/Loire, à l’UGC Ciné Cité Paris 19, au Pathé La Villette, au MK2 Gambetta, au CGR Etoile Lilas, au Gaumont Parnasse et son voisin, l’UGC Montparnasse, sans oublier les Gaumont Alésia et Aquaboulevard, les Pathé Beaugrenelle et Wepler, et évidemment au MK2 Bibliothèque.

Au vu de sa présence dans 451 cinémas sur tout le territoire (Budapest ne jouissait que de 327 écrans ; Love, Simon bénéficiait de 232 salles), les 133 856 entrées de la première semaine sont forcément peu avenants.

En deuxième semaine, grâce à une journée de Fête du cinéma, Sicario 2 ne perd que 49% de sa fréquentation (68 225 entrées) et dépasse donc les 200 000. Mais la 3e semaine lui est meurtrière (-69%, 21 315). Josh Brolin et Benicio Del Toro se retrouvent sous la barre des 10 000 en 4e semaine. La série B costaude ne tient pas 8 semaines à l’affiche.

Sicario 2 : un semi-échec hors des Etats-Unis

Ces résultats sans panache en France se retrouvent partout en dehors des USA qui représente 75% de ses recettes. Malgré une sortie salle mondiale, le film ne brille nulle part. Ses meilleurs marchés seront le Royaume-Uni (2 842 518$),  l’Australie (2 364 000$), le Mexique (seulement 2 119 878$ !), la France (1 824 738$), la Corée du Sud (1 798 000$), l’Italie (1 626 713$), l’Allemagne (1 521 097$), l’Espagne ( 1276 412$)… Tous ces résultats sont très moyens, voire désastreux pour la Russie ou le Japon où le million ne sera jamais franchi.

Pas étonnant que l’on ne reparlera pas d’un Sicario 3 avant 2022, soit cinq ans après la sortie de cette excellente suite. Metropolitan FilmExport décida de son côté, pour l’exploitation vidéo, d’en changer le titre. Sicario la guerre des cartels devint ainsi Sicario 2 la guerre des cartels. Depuis, la réputation de ce numéro « dos » n’a pas failli.

Frédéric Mignard

Affiche américaine de Sicario Day of the Soldado

© 2018 Soldado Movie, LLC. © Lions Gate Entertainment Inc.

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