Mister Majestyk : la critique du film (1974)

Policier, Action | 1h43min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
Mister Majestyk, l'affiche

  • Réalisateur : Richard Fleischer
  • Acteurs : Charles Bronson, Al Lettieri, Linda Cristal, Paul Koslo
  • Date de sortie: 07 Août 1974
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Mr. Majestyk
  • Titres alternatifs : Mr. Majestyk (titre vidéo français) / Monsieur Majestyk (titre français alternatif) / Das Gesetz bin ich (Allemagne) / Con la ley en sus manos (Pérou) / A muso duro (Italie) / Raakaa peliä (Finlande) / Desafiando o Assassino (Brésil)
  • Année de production : 1974
  • Scénariste(s) : Elmore Leonard
  • Directeur de la photographie : Richard H. Kline
  • Compositeur : Charles Bernstein
  • Société(s) de production : The Mirisch Corporation
  • Distributeur (1ère sortie) : Les Artistes Associés
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Warner Home Vidéo (VHS, 1984) / MGM - United Artists (DVD, 2004) / Wild Side Vidéo (DVD et blu-ray, 2016)
  • Dates de sortie vidéo : 1984 (VHS) / 20 juillet 2004 (DVD) / 5 octobre 2016 (DVD et blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 998 799 entrées / 295 192 entrées
  • Box-office nord-américain : 7,7 M$ (45.6 M$ au cours ajusté de 2022)
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Guy Jouineau, Guy Bourduge (affiche de 1974)
  • Crédits : The Mirisch Corporation of California
Note des spectateurs :

Série B sympathique mais quelque peu surévaluée, Mister Majestyk manque sans doute d’une réelle tension pour satisfaire pleinement. Heureusement, la réalisation de Fleischer est carrée et les acteurs sont bien employés.

Synopsis : Ancien détenu et vétéran du Vietnam, Vincent Majestyk est aujourd’hui reconverti dans l’agriculture et dirige une exploitation de pastèques. Mais l’univers calme et paisible que Majestyk tente de construire se retrouve anéanti lorsque Franck Reda, un dangereux tueur à gages, détruit entièrement sa récolte…

Une réunion de talents

Critique : Après l’échec commercial de Chino (Sturges, 1973), Charles Bronson cherche des projets qui pourraient lui apporter un regain au box-office. Il parie alors sur deux longs-métrages qu’il tourne coup sur coup et qui vont sortir à une semaine d’intervalle aux États-Unis. Il joue d’abord un paysan du Colorado dans Mister Majestyk (1974) sous la direction de Richard Fleischer, avant de retrouver le polar urbain avec Un justicier dans la ville (Winner, 1974). Si le premier a connu un succès relativement moyen, c’est le second qui a motivé les foules.

Pourtant, sur le papier, tout était réuni pour faire de Mister Majestyk une œuvre intéressante. Ainsi, le scénario est tout de même signé d’un certain Elmore Leonard qui s’est fait connaître depuis comme un auteur majeur du polar. Ici, il écrit un script totalement original qu’il destinait initialement à Clint Eastwood. Finalement, les producteurs ont préféré en faire un véhicule pour Charles Bronson, parfaitement à l’aise dans ce rôle d’un paysan au passé trouble qui décide de se faire justice lui-même. Pour emballer le tout, les producteurs ont engagé le vétéran Richard Fleischer qui sort du film de SF Soleil vert (1973), mais qui a aussi tourné le western Du sang dans la poussière (1974) avec Lee Marvin.

Elmore Leonard convoque les archétypes du western

D’ailleurs, Mister Majestyk a beau se situer à l’époque contemporaine du tournage, le spectateur a sans cesse l’impression de visionner un western. Les personnages sont essentiellement archétypaux et définis par leurs actes sans qu’aucune psychologie n’entre en jeu. Cela explique plusieurs moments étranges où les différents protagonistes agissent en dépit du bon sens. En fait, Elmore Leonard semble avoir complexifié une intrigue somme toute très basique qui tient en une phrase : un propriétaire terrien défend son territoire contre vents et marées.

Mr. Majestyk, jaquette du blu-ray

© 1974 The Mirisch Corporation of California / Conception graphique : © 2016 Wild Side Vidéo. Tous droits réservés.

Cela démarre plutôt bien avec la présentation du personnage principal qui prend la défense d’ouvriers agricoles mexicains face aux racistes locaux. Toutefois, les actes de Bronson ne sont pas liés à une quelconque idéologie, mais à son désir d’embaucher rapidement des ouvriers pour effectuer sa récolte de pastèques. Par la suite, son personnage sera systématiquement défini comme un Américain typique : soucieux de défendre sa propriété, ses biens personnels et ses proches, sans tenir compte de la police qui est jugée une fois de plus inefficace. Le refrain est bien connu.

Une tension en berne à cause d’un rythme lent

Malheureusement, les développements de l’intrigue sont bien prévisibles et l’action tarde parfois à s’accélérer. Il faut notamment attendre une bonne heure avant que celle-ci ne démarre vraiment, et encore pas toujours de manière efficace. On sent la volonté de se référer au cinéma de Sam Peckinpah, avec l’utilisation de fusils de chasse qui propulsent les méchants plusieurs mètres en arrière dans des mares de sang. Toutefois, cela n’intervient que fort rarement et de nombreuses séquences d’action sont constituées de poursuites en voiture. Certes, elles sont tournées de manière carrée, mais l’ensemble manque souvent de tension pour être pleinement passionnant.

Richard Fleischer semble ici en mode automatique, se contentant d’être un technicien appliqué, mais peu passionné par ce qu’il filme. Il n’est pas aidé par la musique de Charles Bernstein qui mélange toutes les influences possibles, allant de la blaxploitation au western, sans trouver de réelle unité stylistique. Enfin, si certains dialogues font mouche – notamment en VF grâce à des doubleurs inspirés – le long-métrage manque tout de même de fun.

En essayant de décrire de manière plus réaliste l’affrontement entre un agriculteur et des mafieux, Mister Majestyk perd donc en efficacité et en fun ce qu’il gagne en rigueur. Heureusement que le film est porté par un Charles Bronson charismatique et qu’il est opposé à un méchant vitupérant (l’excellent Al Lettieri, vu dans Le parrain). On apprécie également la prestation de Paul Koslo en jeune bouseux tête à claque. Mais tout ceci manque donc clairement de punch pour se distinguer vraiment de la production courante de l’époque.

Un film réhabilité par Quentin Tarantino

Selon nous surévalué depuis qu’un certain Quentin Tarantino en a fait l’un de ses films préférés, Mister Majestyk est sorti aux États-Unis une semaine avant Un justicier dans la ville, mais n’a pas connu le même engouement, même si certains spectateurs emballés par le polar urbain ont sans doute tenté l’aventure rurale dans la foulée.

En France, Mister Majestyk est sorti en plein mois d’août 1974, générant 51 210 entrées à Paris en première semaine. Ce résultat ne lui permet pas de détrôner Sylvia Kristel et le phénomène Emmanuelle qui en est pourtant à sa septième semaine d’exploitation. Bronson se maintient correctement en deuxième semaine avec 32 870 paysans de plus. Belle stabilité en semaine 3 avec 31 870 amateurs de pastèques supplémentaires. La septaine suivante est aussi convaincante avec 30 942 clients de plus. C’est finalement en sixième semaine que Charles Bronson ressent de la fatigue et Mister Majestyk s’arrêtera en semaine 9 avec 295 192 entrées dans sa besace à Paris.

Un polar plus provincial que parisien

Sur le reste de la France, Mister Majestyk débarque début août à la septième place du podium national, puis grimpe à la troisième marche en deuxième semaine grâce à une exposition plus conséquente. Le polar rural reste scotché à sa troisième place durant tout le mois, générant près de 300 000 entrées sur le seul mois d’août. Le métrage reste dans les dix premiers durant le mois de septembre, franchissant la barre des 500 000 spectateurs. Finalement, le polar a fait le tour des provinces françaises jusqu’au mois de décembre, engrangeant tout de même 998 799 entrées sur l’ensemble de sa carrière. Certes, Charles Bronson échoue à franchir la barre du million, mais cela confirme sa popularité, notamment en province.

Exploité en 1984 en VHS par Warner Home Vidéo sous le titre abrégé Mr. Majestyk – qui est son titre original d’ailleurs – le métrage a gagné progressivement une excellente réputation qui lui a permis d’être édité en DVD et d’avoir même droit à une superbe édition collector dégoupillée par Wild Side Vidéo en 2016. Pour autant, on reste un peu circonspect devant cet engouement pour une série B, certes sympathique, mais bien loin des espoirs que l’on pouvait placer en elle au vu des auteurs impliqués.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 7 août 1974

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Mister Majestyk, l'affiche

© 1974 The Mirisch Corporation of California / Affiche : Guy Jouineau – Guy Bourduge. Tous droits réservés.

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