Un justicier dans la ville : critique du film et du Mediabook (1974)

Thriller | 1h34min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
Un justicier dans la ville, l'affiche

  • Réalisateur : Michael Winner
  • Acteurs : Charles Bronson, Jeff Goldblum, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats
  • Date de sortie: 30 Oct 1974
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Death Wish
  • Scénario : Wendell Mayes d'après un roman de Brian Garfield
  • Musique : Herbie Hancock
  • Distributeur : Columbia
  • Editeur vidéo (Mediabook) : Sidonis Calysta
  • Sortie vidéo (Mediabook) : Le 26 octobre 2019
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 561 266 entrées / 328 734 entrées
  • Box-office USA : 22 M$
  • Budget : 3 M$
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Franchise : Death Wish (Un justicier...)
Note des spectateurs :

Film fondateur du vigilante movie, Un justicier dans la ville déploie tout un argumentaire réactionnaire avec fort peu de recul. Grâce à une ambiance assez sombre, il n’en demeure pas moins le meilleur épisode d’une saga contestable.

Synopsis : Dans leur appartement, la femme et la fille d’un homme d’affaires sont violées, frappées et torturées par deux voyous. L’une meurt et l’autre est traumatisée par le cauchemar qu’elle vient de vivre. Le mari se transforme en justicier et, toutes les nuits, parcourt les rues de la ville afin de retrouver les coupables…

Le premier vrai vigilante movie

Critique : Publié en 1972, le livre Death Wish de Brian Garfield a aussitôt été acheté par le producteur Dino de Laurentiis qui comptait l’adapter à l’écran afin de profiter de la mode du polar urbain ultra violent initiée par le triomphe de L’inspecteur Harry (Don Siegel, 1971). Après avoir essuyé de nombreux refus (Steve McQueen et même Clint Eastwood furent approchés pour interpréter le rôle principal de Paul Kersey), le producteur a finalement obtenu l’accord de Charles Bronson et du réalisateur Michael Winner.

Les deux compères comptaient retravailler ensemble après avoir collaboré sur Les collines de la terreur (1972), Le flingueur (1972) et Le cercle noir (1973). Ils se retrouvent une fois de plus sur ce long-métrage qui ne devait être qu’une simple série B, mais qui, par son incroyable succès public, a créé un véritable sous-genre à l’intérieur du film policier : le vigilante movie.

Franchise Un justicier dans la ville Death Wish, toutes les critiques

MGM – Metro Goldwyn Mayer Inc

La bible du cinéma réactionnaire

A partir d’une intrigue simple (un homme bouleversé par l’assassinat crapuleux de sa femme traque les criminels dans les rues afin de faire justice lui-même), Michael Winner déploie tout un argumentaire appelé à devenir une sorte de bréviaire du cinéma réactionnaire des années 70. La ville est décrite comme une antichambre de l’enfer où la criminalité fait partie du quotidien, les flics et les autorités sont incapables de rétablir l’ordre dans les rues.

Autant d’éléments qui sont légèrement contrebalancés dans ce tout premier Death Wish par une analyse rapide de l’histoire américaine, entièrement fondée sur la violence. Ainsi, la séquence qui plonge Charles Bronson au cœur d’un spectacle de cow-boys nous rappelle que la nation américaine s’est toujours construite sur le meurtre. Malheureusement, ces quelques séquences qui tentent de faire réfléchir le spectateur sur ce qu’est réellement l’autodéfense et sur les conséquences de la violence sont trop rares pour faire réel contrepoids au cortège de notations réactionnaires qui plombent le film.

Peu d’ambiguïté, mais en partie compensé une réalisation d’une redoutable efficacité

Si Michael Winner fait parfois preuve d’ironie, signalant au détour d’un dialogue que le justicier ne s’attaque qu’aux populations afro-américaines (un constat par ailleurs très juste), il abandonne une grande partie de l’ambiguïté dont il a usé dans ses premiers longs-métrages (Le corrupteur en tête) pour épouser la croisade de son antihéros. Cette idéalisation du personnage tient sans nul doute à la prestation assez monolithique de Bronson qui aborde le rôle avec un premier degré confondant.

Le cinéaste tente bien de préciser que le comportement du personnage est assez psychotique : mais en tournant son film comme un western, il finit par en faire une figure archétypale, proche de celle du héros vengeur et solitaire. D’où les salves d’applaudissements du public américain dans les salles de l’époque lors des exécutions sommaires prodiguées par un Bronson iconique.

Finalement, le seul véritable intérêt du film tient en sa réalisation, diaboliquement efficace. Cela commence fort avec l’agression atroce de la famille de Paul Kersey qui fait songer à l’intrusion dans Orange mécanique (Kubrick, 1971), puis cela se poursuit avec quelques scènes fortes au cœur des villes américaines, le tout sur une excellente partition de Herbie Hancock. On se croirait dans un bon vieux produit de la blaxploitation. C’est cet aspect qui rend le long-métrage encore supportable de nos jours, et ceci malgré une thématique réactionnaire profondément dérangeante.

Un triomphe inattendu dans les salles pour un film devenu culte

Ces limites n’ont pourtant pas empêché le long-métrage de devenir un beau succès au box-office américain (22 millions de dollars de recettes sur le territoire national pour un budget initial de 3 millions) à un moment où Charles Bronson était en sérieuse perte de vitesse. En France, le film a tout de même attiré 1 561 266 spectateurs alors qu’il était formellement interdit aux mineurs. Le score est donc plutôt satisfaisant. Il faudra pourtant attendre 1982 pour que Bronson retrouve son personnage de Paul Kersey pour une inévitable suite initiée par la Cannon (qui a acheté les droits de la saga à De Laurentiis). Dès lors, le filon allait donner quatre suites toutes plus déplorables les unes que les autres. Comparé à ce qui allait suivre, Un justicier dans la ville apparaît donc comme le seul épisode regardable d’une saga décidément bien peu enthousiasmante.

Le test du Mediabook :

Un justicier dans la ville, mediabook

© 1974 Dino de Laurentiis Cinematografica / © 2019 Sidonis Calysta – Conception graphique Dark Star. Tous droits réservés.

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Compléments & packaging : 4/5

Tout d’abord, il est important de signaler la beauté de l’objet édité par Sidonis Calysta. Il s’agit d’un très joli Mediabook qui contient un livre d’une centaine de pages signé par Marc Toullec. Nous n’avons pas pu consulter ce livre, mais connaissant le sérieux de l’auteur, on imagine la qualité du contenu.

Sur le blu-ray, deux suppléments sont proposés. Le premier est constitué d’un entretien avec le critique François Guérif qui revient durant 23min sur l’intérêt sociologique d’un film qui semble moins polémique avec le recul. Il réévalue donc le long-métrage en précisant le choc qu’il a représenté, surtout aux Etats-Unis. Son intervention est claire, précise et sans langue de bois.

Ensuite, l’éditeur propose un documentaire de 40min sur Charles Bronson. Si ce supplément n’est pas disponible en HD, il n’en demeure pas moins essentiel pour mieux saisir la personnalité de l’acteur. Classique et chronologique, le documentaire offre de nombreux entretiens, documents d’époque et des extraits de films aux fans. Enfin, le tour des bonus s’achève avec la bande-annonce du film.

L’image du blu-ray : 5/5

L’éditeur nous propose une copie splendide qui bénéficie d’une restauration assez impressionnante. Le film a ainsi retrouvé des couleurs, faisant apparaître des détails dans les décors jamais vus auparavant. Le piqué est redoutable de précision, tandis que la compression est impeccable. On a l’impression que le long-métrage a été tourné il y a peu.

Le son du blu-ray : 4/5

Les deux pistes en DTS HD Master Audio (VO et VF) sont de très bonne tenue, même si l’on préfère assurément la version originale qui semble plus équilibrée, ouverte et naturelle. La musique s’équilibre parfaitement avec les dialogues et les bruits d’ambiance. Là aussi le résultat s’avère convaincant.

Critique et test du Mediabook :  Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 octobre 1974

Un justicier dans la ville, l'affiche

© 1974 Dino de Laurentiis Cinematografica / Illustrateur : Kerfyser. Tous droits réservés.

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Un justicier dans la ville, l'affiche

Bande-annonce de Un justicier dans la ville (VO)

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