L’Exécutrice : la critique du film (1986)

Policier, Erotique | 1hmin
Note de la rédaction :
4/10
4
L'exécutrice de Michel Caputo, affiche du film

  • Réalisateur : Michel Caputo
  • Acteurs : Brigitte Lahaie, Richard Lemieuvre (Richard Allan), Michel Modo, Pierre Oudrey (Pierre Oudry), Dominique Erlanger, Michel Godin, Betty Champeval, Jean-Hugues Lime
  • Date de sortie: 15 Jan 1986
  • Année de production : 1985
  • Nationalité : Français
  • Titre original : L'Exécutrice
  • Titres alternatifs : The Female Executioner (Royaume-Uni), Die Vollstreckerin (Allemagne), Miss Magnum (Finlande), L'esecutrice (Italie), La ejecutora (Espagne), Skoningslös hämnd (Suède)
  • Scénaristes : Michel Caputo
  • Compositeurs : (illustration musicale) Guy Szakolczaï, James Vidal
  • Directeur de la photographie : Gérard Simon
  • Monteur : Annie Lemesle
  • Cascadeurs : Michel Julienne, Mario Luraschi, Joëlle Baland (Remy Julienne Action)
  • Producteurs : Michel Caputo (non crédité), Jean-François Davy (non crédité)
  • Sociétés de production : Tiphany Productions, Fil à Film, Zoom 24
  • Distributeur : Les Films Jacques Leitienne
  • Editeur vidéo : Fravidis (DVD), Tiffany (DVD), Severin (Bluray, USA), Le Chat qui fume (Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 30 août 2022 (Severin)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 17 712 entrées
  • Budget : 250 000 euros
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleur (35mm) / Mono
  • Illustrateur / Création graphique : © René Chateau d'après une photo de Francis Goldstein. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Tiphany Productions, Fil à Film, Zoom 24 / 1985. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Remake : Sybil, tous les trous sont permis
Note des spectateurs :

Polar urbain sorti clandestinement en 1986, L’Exécutrice permet à Brigitte Lahaie de rayonner dans un genre qui lui avait été interdit. La série B minuscule n’en demeure pas moins limitée.

Synopsis : Martine, inspecteur à la brigade des stupéfiants et du proxénétisme, vit avec sa sœur Joelle. Elle est confrontée journellement à la violence, mais ne porte pas d’arme, refusant l’engrenage de la répression brutale. Elle se heurte constamment à son collègue, Valmont, un policier raciste et brutal, équipé d’un magnum 44.

Un jour, Martine se heurte à Madame Wenders, proxénète de haut vol rendue célèbre par ses enlèvements de jeunes filles.

Les polars urbains français des années 80

Critique : L’Exécutrice est une nouvelle tentative de Michel Caputo en dehors du porno. Le cinéaste, en mal de légitimité, ancien assistant réalisateur de Jean-François Davy sur son classique Exhibition, n’a pas digéré l’échec de sa première comédie que Davy lui-même avait produite. Qu’il est joli garçon l’assassin de papa !, alias Arrête de ramer t’attaques la falaise ne fera même pas 5 000 entrées France renvoyant son auteur illico au porno alimentaire, au sens propre et figuré tant Caputo adore vautrer ses icones du X dans des orgies d’aliments et de sauce. Nonobstant Caputo récidivera hors du porno sans pour autant marquer les esprits. Une comédie avec Valérie Mairesse (Si ma gueule vous plait), une autre avec Paul Préboist (Les planqués du régiment). La production franchouillarde avait-elle vraiment besoin de lui ? Les spectateurs de l’époque ont par leur indifférence su répondre.

L'Exécutrice, jaquette DVD

© Tiphany Productions, Fil à Film, Zoom 24

Remake d’un porno du même Michel Caputo

Caputo se voit pourtant naviguer ailleurs que dans la comédie et le X, sur des fleuves tendus que le milieu des années 80 rend enfin possible, le polar urbain. L’ère prospère de la VHS permet aux producteurs d’espérer profiter d’une seconde carrière pour des films de genre, à condition d’offrir les ingrédients que réclament les spectateurs du petit écran. Quelques touches de voyeurisme et d’exhibitionnisme, du sang et du sexe pour les mirettes.

Mieux, la chaîne cryptée Canal +, lancée en 1984, offre une perspective supplémentaire, tout comme l’arrivée annoncée de nouvelles chaînes comme La 5 qui est déjà de tous les fantasmes.

Aidé par Davy producteur et René Chateau pour les droits vidéo et le marketing, Michel Caputo met donc en boîte en 1985 un remake de l’un des ses pornos tourné sous le nom de Michel Baudricourt, Sybil, tous les trous sont permis (1980). On y retrouve tous les éléments narratifs (femme flic, maquerelle toute puissante…), et également une énième possibilité de mise en abyme de son cinéma, puisque son exploitation du thème de la traite des blanches, mêle fantasme de métaporno (on assiste au tournage d’une scène d’orgie comme l’auteur, spécialiste du film dans le film, les affectionne tant) où drogue et prostitution font bon voisinage.

L’affaire Ghislaine Maxwell 40 ans plus tôt?

La garce du film est interprétée par Dominique Erlanger (une fidèle du duo Davy – Caputo qui a notamment été l’héroïne du Seuil du vide, seul film fantastique de Davy, en 1971). Elle est l’incarnation au niveau du caniveau de ce que Ghislaine Maxwell deviendra dans la fameuse affaire Epstein dans les années 2020, une trafiquante de corps sans vergogne qui use de ses pouvoirs auprès des hommes puissants pour assujettir des jeunes femmes qu’elle kidnappe à la sortie des écoles. Glauque? Carrément.

En 1985, L’Exécutrice est surtout un film de série dans un genre qui prospère dans les cinémas, le thriller gris d’un Paris crasseux. Le Marginal avec Belmondo marquera son apogée commerciale en 1983. Ses descendants seront moins recommandables mais nombreux. Brigade des Moeurs de Max Pecas, du polar balourd, gore et frontalement corsé avec son immersion dans les milieux les plus underground de la capitale, en fait partie et son succès en janvier 1985 servira de modèle lors de la production de L’Exécutrice.

Une sortie calquée sur Le Marginal et Brigade des mœurs de Max Pécas

La société Les Films Jacques Leitienne, distributeur du Pécas et du Caputo, décide de poser la date de sortie en janvier 1986, quasiment un an après le succès de Brigade des mœurs de Max Pecas qui avait atteint les 80 000 spectateurs en janvier-février 1985. Brigitte Lahaie n’est pas difficile à convaincre pour incorporer. En couple avec René Château, éditeur des Belmondo et de films choc pour la vidéo, dont Brigade des mœurs, elle voit l’opportunité d’un tremplin pour sa carrière post porno, puisqu’elle a quitté le X en 1980. Son nom en gros sur l’affiche, avec une typo à la Belmondo…, c’est une opportunité qu’elle ne peut laisser passer. Pour ne pas trop gêner les ventes et les passages éventuels à la télévision, tout le monde s’accorde pour que l’univers hardcore du scénario soit traité de façon soft. Le film ne ressemblera en rien au Pécas. La violence est psychologique, voire mélodramatique, mais graphiquement restreinte. Le sexe sera également plus suggéré, moins cru. L’on vise une interdiction aux moins de 13 ans qui, in fine, sera rédhibitoire à la carrière du film qui ne convaincra pas le public adulte masculin, habitué à être émoustillé par les films américains, italiens et français, avec plus d’entrain.

L'Exécutrice, pré-affiche vente Eurociné

Pré-affiche cannoise © Tiphany Productions, Fil à Film, Zoom 24

L’Exécutrice rime avec Cinéma Bis

L’Exécutrice ne fait pourtant pas dans la dentelle et son casting est dans son ADN bisseux : Michel Modo de la franchise du Gendarme, habitué des nanars franchouillards, trouve un contre-emploi qui sied plutôt bien à sa gueule de cinéma. On retrouve Pierre Oudrey, fidèle de Caputo, qui a œuvré plus d’une fois dans le cinéma érotique des années 70 ; le jeune Michel Godin, espoir d’une sous Boum qui a vite dégringolé dans le Z (Les Brésiliennes du Bois de Boulogne de Robert Thomas, distribué par Leitienne) ; le comique du Petit Théâtre de Bouvard Jean-Hugues Lime ; l’acteur porno  Richard Lemieuvre (alias Richard – Queue de Béton – Allan), éternel pote de Caputo qui le dirige dans le porno depuis une décennie et qui, malgré toute sa bonne volonté, tournera le film pour pas un rond…

L’Exécutrice atteint-il sa cible pour autant ? De la part du réalisateur des Planqués du régiment, il était difficile de penser que cela puisse être possible, et c’est logiquement ses défauts de production fauchée qui lui sont fatal. Le manque de rigueur du script doit s’adapter aux aléas du tournage ; la réalisation poussive ne cache parfois pas la perche au montage, et peine à donner de l’allure aux quelques cascades de l’équipe de Rémy Julienne, le jeu statique de bien des comédiens, dans un ensemble cabotin, donne peu de punch aux dialogues corsés comme les affectionne Caputo dans tous ses films : « En tant que putain, mon grand luxe est de dormir seule », « Allez Bamboula, va pointer dans ta savane ! »… Le florilège de répliques fleuries sent bon la misogynie et le racisme crasses des productions d’antan, typique des outrances qui prospéraient dans le circuit commercial alternatif et qui faisaient l’aumône dans les petits bourgs de Navarre lors de la tournée provinciale.

La fin du cinéma d’exploitation à la française

Rance, mais pas assez, L’Exécutrice est du pur film d’exploitation, celui qui n’est pas là pour fricoter avec le bon goût, mais qui au contraire vient titiller les bas instincts. Le vilain petit canard est malgré tout probablement trop frileux pour vraiment marquer les esprits d’une décennie échaudée par une overdose d’érotisme et sonne comme un énième avertissement avant le trépas définitif d’un genre franchouillard. Son échec au box-office sera plus qu’une belle sanction, la mise à mort du genre. Pourtant Brigitte Lahaie, outre sa présence physique manifeste, n’est pas désagréable comme comédienne. Sa diction est parfois fragile, mais elle n’est en rien responsable du montage calamiteux et du sentiment de légèreté quant aux choses du cinéma. Dominique Erlanger est aussi une garce de cinéma plutôt convaincante : les deux comédiennes méritaient un projet mieux fagoté, à la hauteur des ambitions de leurs personnages antinomiques (l’une est commissaire à la mondaine, l’autre règne sur un empire du vice).

L’Exécutrice s’achève dans une forme de catharsis où le drame s’inspire de la musique de Morricone sur Le professionnel. A moins que cela soit le score d’Antartica, classique japonais que René Château avait sorti en VHS et dont Brigitte Lahaie raffolait jusque dans sa musique. Mais L’Exécutrice, vigilante douteux, va pomper ses références jusqu’au bout.

2022 : L’Exécutrice revient en HD

Evidemment, avec le recul des décennies, tous ces défauts sont devenus des marqueurs d’une cinématographie chiche qui n’est plus et suscite donc l’indulgence historique. Dans ces conditions, on comprend l’entrain de l’éditeur Severin de proposer aux USA une restauration 2K en 2022, dans laquelle Caputo et Lahaie se sont beaucoup impliqués dans les bonus et la promotion nord-américaine. En France, c’est Le Chat qui fume, habitué des thrillers avec Brigitte Lahaie (Le couteau sous la gorge, et la production René Chateau réalisée par Jess Franco, Les prédateurs de la nuit) qui proposera en février 2023 sa propre copie HD. Mieux, ; l’éditeur félin promet même du HDR, pour réhabiliter un peu plus tout un pan obscur de la cinématographie française pour le plus grand bonheur des enfants des années 70 et des années 80.

Sorties de la semaine du 15 janvier 1986

L'exécutrice de Michel Caputo, affiche du film

© René Chateau d’après une photo de Francis Goldstein. Tous droits réservés / All rights reserved

Dossier box-office : 

Distribué en plein festival d’Avoriaz en janvier 1986, L’Exécutrice a eu à affronter de nombreux films de genre. Des loups garous (Peur bleue d’après Stephen King), le premier film post-Evil Dead de Sam Raimi (Mort sur le gril), du mondo français qui tache (Les interdits du monde), sans oublier les continuations de L’enchaîné (drame érotique sous tension avec Laura Antonelli), le film de guerre de série B Invasion USA (Chuck Norris pour la Cannon)… Malheureusement pour Michel Caputo, réalisateur, scénariste et producteur, son quatrième film hors porno sera son dernier, puisque le résultat au box-office sera catastrophique.

Brigitte Lahaie moins attirante qu’un mondo anonyme

Pour son premier jour, L’Exécutrice parvient seulement à décrocher la 7e place des nouveautés, avec 1 603 spectateurs dans 15 salles. Pour Les Films Jacques Leitienne, c’est le signe d’un échec parisien évident. Avec huit salles de moins Les interdits du monde réalise 2 434 entrées. Haut les flingues (Eastwood, Burt Reynolds) s’empare évidemment de la première marche avec 9 130 spectateurs dans 35 cinémas, et ce malgré des critiques négatives.

La première semaine est humiliante. Malgré un effort de marketing, le polar trébuche. 12 091 spectateurs, malgré 9 salles en intra-muros dans le circuit Paramount. Le Paramount Opéra opère les plus gros chiffres (2 182 spectateurs) quand le Paramount Odéon traîne 635 spectateurs et le Paramount Galaxie 503… Les Interdits du monde se pose en challenger direct. Le faux documentaire aurait pu être produit par Jean-François Davy, mais c’est Benjamin Simon, via sa boîte ATC 3000 (Joy et Joan, avec une certaine Brigitte Lahaie, en 1985) qui régale. Le nanar voyeuriste est un vrai triomphe avec 17 619 spectateurs dans 8 cinémas en intramuros, toujours dans le circuit Paramount, là où les experts du marketing misaient sur le savoir-faire René Château, qui venait de divorcer de Jean-Paul Belmondo.

Une interdiction aux moins de 13 ans peu avenante

Quand L’Exécutrice attire 1 252 spectateurs au Paramount City, Les interdits du monde en séduit 3 474. La messe est dite. En fait, la semaine du 15 janvier 1986, même le porno Plein la bouche... rivalise avec l’ancienne star du X, puisque celui-ci fédère la compagnie de 9 243 vieux messieurs dans 3 cinémas.

L’érotisme soft de L’Exécutrice (seulement « interdit aux moins de 13 ans ») est morose. Sept salles se défaussent de leur copie la semaine suivante. Il ne reste plus que les Paramount City/Montparnasse/Opéra, la Maxéville et un cinéma de banlieue pour lui accorder une seconde chance. Désormais, le polar estampillé René Château doit se consoler de 4 161 retardataires.

L'exécutrice, affiches promotion

© Tiphany Productions, Fil à Film, Zoom 24

Un flop français

En troisième semaine, l’embarras est total. L’Exécutrice ne sévit plus que dans un cinéma parisien, la Maxéville au 14 Boulevard Montmartre. 805 Parisiens essaient d’y trouver un quelconque intérêt cinématographique. Le cinéma des Grands Boulevards le programme une 4e et dernière semaine, avec 655 spectateurs, pour un total misérable de 17 712 exécutés sur la place publique.

L’échec en province est équivalent. Six grandes villes programment la série B de Michel Caputo pour sa première semaine : Bordeaux, Montpellier, Strasbourg… A chaque fois, L’Exécutrice se retrouve en bas de classement. Brigitte Lahaie ne tient que 2 semaines dans le top 40 national.

Alors que le projet d’Emmanuelle 5 du producteur Alain Siritzky est sur toutes les lèvres des acheteurs étrangers au MIFED, L’Exécutrice cale, le buzz n’y est pas. René Chateau décidera d’utiliser le film pour promouvoir son label Punch Vidéo qu’il réserve aux productions de dernière zone. Brigade des mœurs et L’arbalète avaient de ce fait bénéficié de bien plus d’égards. Lors de la réédition VHS, en revanche, René Chateau utilisera son estampille et permettra au produit une certaine pérennité dans l’esprit des amateurs de cinéma de genre qui ont été peu nombreux à avoir pu le découvrir au cinéma.

L'exécutrice, Brigitte Lahaie

© Visuel : Severin © René Chateau d’après une photo de Francis Goldstein. Tous droits réservés / All rights reserved

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Michel CaputoBrigitte Lahaie, Richard Lemieuvre (Richard Allan), Michel Modo, Pierre Oudrey (Pierre Oudry), Dominique Erlanger, Michel Godin, Betty Champeval, Jean-Hugues Lime

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