La femme flic : la critique du film (1980)

Policier, Drame | 1h43min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
La femme flic, l'affiche

  • Réalisateur : Yves Boisset
  • Acteurs : Miou-Miou, Henri Garcin, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Marc Thibault, Leny Escudero, Niels Arestrup, Philippe Caubère, Jean-Roger Milo
  • Date de sortie: 09 Jan 1980
  • Nationalité : Français
  • Année de production : 1979
  • Scénariste(s) : Yves Boisset, Claude Veillot
  • Directeur de la photographie : Jacques Loiseleux
  • Compositeur : Philippe Sarde
  • Société(s) de production : Sara Films, France 2 (FR2), Société Nouvelle Cinévog
  • Distributeur : AMLF
  • Éditeur(s) vidéo : SPV (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 807 761 entrées / 393 423 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur / Création graphique : René Ferracci
  • Crédits : StudioCanal
Note des spectateurs :
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Traitant de sujets toujours actuels, La femme flic est une radiographie passionnante d’une certaine France qui n’a pas disparu. Sociologiquement passionnant.

Synopsis : Corinne Levasseur, inspecteur de police, est mutée dans le nord de la France. Là, elle découvre un réseau de prostitution enfantine dans lequel sont impliquées des personnalités influentes de la région.

Radiographie des rapports de classe en France

Critique : Après avoir tourné deux drames intimistes (Un taxi mauve en 1977 et La clé sur la porte en 1978), le réalisateur Yves Boisset revient au genre policier avec La femme flic (1980). Comme il avait procédé pour Le juge Fayard, dit le shériff (1977), il s’inspire ici de plusieurs affaires criminelles pour signer un script original avec son complice Claude Veillot. Il trouve notamment le modèle de sa femme flic dans un entrefilet de journal annonçant le suicide de la jeune fonctionnaire. Intéressé par la situation de cette femme au cœur d’une institution fortement masculinisée, Yves Boisset construit un personnage fictif qu’il inclut dans une affaire de pédopornographie largement inspirée de deux affaires réelles (celles de Jacques Dugué et de Bruay-en-Artois).

Souvent accusé de manichéisme, Yves Boisset s’empare de ce sujet délicat avec une certaine volonté de nuance. Certes, il dénonce comme à son habitude la corruption des élites et l’impossibilité pour le citoyen lambda d’obtenir justice face à des dirigeants protégés, mais cela s’accompagne d’une vision plus globale d’une société totalement gangrenée par des réflexes de classe. Ainsi, la jeune policière ne parvient jamais à trouver sa place au sein d’une société corsetée qui range les gens dans des cases. Comme elle est une femme, elle est mise à l’écart par ses collègues masculins au cœur d’une institution machiste. Mais lorsqu’elle tente d’avoir une vie sociale, elle est rejetée par les autres de par sa profession de flic.

 

Une richesse thématique impressionnante

On aime énormément la séquence où elle fait connaissance avec une troupe de théâtre menée par Jean-Pierre Kalfon. Ces activistes de gauche qui professent à tout-va leur ouverture d’esprit ostracisent littéralement la jeune femme lorsqu’elle leur annonce sa profession, preuve d’une intolérance tout aussi désagréable que celle des fascistes représentés ici par le vieux docteur collabo calqué sur la figure de Louis-Ferdinand Céline. Malgré son évident ancrage à gauche, Yves Boisset a donc l’excellente idée de renvoyer dos à dos tous les extrêmes, pointant ainsi les contradictions de chaque groupe.

Mais Boisset enfourche d’autres thèmes importants comme celui de l’immigration. Il offre notamment le rôle de l’adjoint de la jeune inspectrice à Alex Lacast, acteur à la peau métissée, tandis qu’une scène nous invite au cœur d’un squat maghrébin. Enfin, le cinéaste aborde de manière frontale la thématique de l’exploitation sexuelle des enfants – un sujet décidément très à la mode à cette époque. Il décrit ainsi un Nord de la France appauvri par le chômage, marqué par la consanguinité et l’inceste. Il dénonce également au passage le paternalisme de ces grands capitaines d’industrie qui ont fondé des dynasties intouchables dans ces grands bassins industriels.

Un film en avance sur son temps

D’une richesse thématique et sociologique impressionnante, La femme flic ne doit pourtant pas être réduit à sa dimension de film dossier puisque le portrait de cette jeune fonctionnaire naïve qui découvre les arcanes du système est brossé avec un certain talent. Boisset peut d’ailleurs s’appuyer sur la belle prestation de Miou-Miou, très juste dans un rôle à contre-emploi. La comédienne venait justement de tourner La dérobade (Duval, 1979) qui allait lui valoir le César de la meilleure actrice quelques mois à peine après la sortie de La femme flic. Elle est ici secondée par un nombre conséquent de seconds rôles de qualité. On aime particulièrement Jean-Marc Thibault en commissaire bourru et servile, mais qui tente tout de même de soutenir sa nouvelle recrue. On signalera également la belle prestation de Niels Arestrup en photographe accusé de pédophilie.

Réalisé de manière carrée par un technicien chevronné, La femme flic s’impose donc comme une franche réussite au sein de la carrière inégale du réalisateur. Le film a une fois de plus divisé les critiques qui ont encore reproché au cinéaste son manichéisme. Pourtant, ce sont souvent leurs papiers qui font preuve de parti pris obtus. A revoir de nos jours, La femme flic paraît surtout avoir quarante ans d’avance sur bon nombre de sujets de société qui agitent encore la France des années 2020.

Sorti au mois de janvier 1980, le long-métrage a obtenu un joli succès sur toute la France en cumulant plus de 1,8 million d’entrées et se hissant ainsi à la 19ème place du podium annuel.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 9 janvier 1980

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La femme flic, l'affiche

© 1980 StudioCanal / Affiche : René Ferracci. Tous droits réservés.

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