Complètement barré, Les pistolets en plastique confirme le talent de Jean-Christophe Meurisse en matière d’humour noir décalé. Toutefois, la structure très éclatée du récit minore l’impact du métrage.
Synopsis : Léa et Christine sont obsédées par l’affaire Paul Bernardin, un homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille et disparu mystérieusement. Alors qu’elles partent enquêter dans la maison où a eu lieu la tuerie, les médias annoncent que Paul Bernardin vient d’être arrêté dans le Nord de l’Europe…
L’art du décalage permanent
Critique : Repéré en tant que metteur en scène au sein de la troupe théâtrale culte des Chiens de Navarre, Jean-Christophe Meurisse est également passé à la réalisation de cinéma avec Apnée (2016) et surtout la comédie très noire et absurde Oranges sanguines (2021). Si le grand public n’a pas forcément répondu présent à ces propositions plutôt radicales en termes d’humour, les critiques furent davantage élogieuses, à raison. Alors que la comédie française s’enfonce depuis maintenant de nombreuses années dans une médiocrité déconcertante, le réalisateur propose un humour décalé qui rafraichit sérieusement le paysage désolé du rire à la française. Plus proche d’un certain humour belge, son univers est assurément barré.

© 2024 Mamma Roman, Kick’n Rush / Photo : BAC Films. Tous droits réservés.
Avec Les pistolets en plastique (2024), Jean-Christophe Meurisse s’attaque à une affaire bien connue de tous, à savoir la traque internationale du criminel Xavier Dupont de Ligonnès qui a totalement disparu de la circulation après avoir assassiné froidement l’intégralité de sa famille. Mieux, l’auteur s’empare de l’épisode absurde vécu par Guy Joao qui a été arrêté par erreur à Glasgow par des policiers qui pensaient avoir mis la main sur le fameux fugitif. En fait, il s’agissait d’une terrible méprise, d’autant que le suspect ne ressemblait même pas à Dupont de Ligonnès. Cette histoire vraie contenait déjà en elle-même suffisamment d’éléments absurdes pour intriguer Jean-Christophe Meurisse, au point de vouloir en donner une version encore plus délirante qui rejoindrait ses obsessions.
Une succession de sketchs inégaux
Apôtre d’une improvisation totalement maîtrisée – il règle les scènes lors de répétitions longtemps en amont – Jean-Christophe Meurisse pousse encore le curseur plus loin dans ce domaine par rapport à son métrage précédent. Cela implique une structure encore plus éclatée que sur sa comédie culte de 2021 et peut donc désarçonner. Effectivement, le cinéaste n’hésite pas à trousser des scènes entières uniquement pour permettre à des copains de faire leur show. On pense à la première séquence, par ailleurs très drôle, avec Jonathan Cohen, mais aussi les passages avec Nora Hamzawi ou encore Vincent Dedienne.
Toutefois, cette structure éclatée sous forme de sketchs alourdit parfois la comédie qui patine à cause de passages moins inspirés que d’autres. Cependant, le cinéaste a bien fait de s’entourer de ses comédiens habituels car Delphine Baril, Charlotte Laemmel et Gaëtan Peau s’avèrent vraiment très drôles dans des emplois loufoques qui leur vont à ravir. Leur complicité sur les planches se retrouve également à l’écran.
Un rapport particulier à la violence
Comme dans Oranges sanguines qui partait en vrille avec quelques scènes d’une rare violence, Les pistolets en plastique livre quelques passages bien gratinés qui peuvent toutefois déranger au cœur d’une comédie. Ainsi, était-il vraiment nécessaire de détailler le massacre de la famille du personnage incarné avec rouerie par Laurent Stocker ? Ici, on sent surtout une volonté de choquer qui n’apporte franchement rien de plus à un spectacle désarticulé et dont la fin tombe également à l’eau par une ellipse quelque peu hasardeuse.

© 2024 Mamma Roman, Kick’n Rush / Photo : BAC Films. Tous droits réservés.
Toutefois, si Les pistolets en plastique souffre de nombreux défauts d’écriture, le long métrage offre tout de même une liberté de ton particulièrement originale, faisant souffler un vent d’air frais au sein de la comédie française contemporaine. Rien que pour cela, on peut remercier les efforts de toute la troupe, même si le résultat est moins concluant que sur le précédent long métrage.
Box-office de Les pistolets en plastique
Après une présentation lors de la clôture de la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024, Les pistolets en plastique est sorti par BAC Films dans une combinaison raisonnable de 128 salles à partir du 26 juin 2024. La comédie déjantée n’a attiré que 29 992 amateurs d’humour décalé sur toute la France, se hissant péniblement à la 15ème place du box-office hebdomadaire. La même semaine, les Français pouvaient découvrir Le Comte de Monte Cristo (Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte) à partir du vendredi soir, mais aussi le film d’horreur Sans un bruit – Jour 1 (Michael Sarnoski) ou encore un autre film totalement décalé intitulé Kinds of Kindness (Yórgos Lánthimos).
On notera que ce chiffre est obtenu alors que la Fête du Cinéma battait son plein entre les 30 juin et 3 juillet. Pour sa seconde semaine, la comédie méchante voit son nombre de salles augmenter légèrement, mais elle ne convainc que 15 334 retardataires pour une chute prévisible de 48 % de ses entrées. On ne prend pas le public à rebrousse-poil sans conséquence. A la mi-juillet, le film franchit la barre des 50 000 tickets vendus et va tout de même continuer son chemin durant tout l’été, décrochant un total de 63 689 entrées.
Cela a condamné la comédie à une sortie en DVD et non en blu-ray chez M6 Vidéo.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 juin 2024
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Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka
Biographies +
Jean-Christophe Meurisse, Nora Hamzawi, Philippe Rebbot, Romane Bohringer, Laurent Stocker, Vincent Dedienne, Jonathan Cohen, François Rollin, Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Gaëtan Peau
Mots clés
Cinéma français, Comédie noire, Comédie policière, Les faits divers au cinéma, Les tueurs fous au cinéma