Legend est une pure merveille d’héroïc fantasy qui offre l’un des plus beaux panels de décors fantastiques des années 80.
Synopsis : Le royaume féerique où se déroule cette histoire est un lieu d’harmonie et de paix, sous la protection bienveillante de deux splendides licornes, gardiennes des lieux. Mais Darkness, le seigneur du mal et de la haine, décide d’exterminer les licornes et de répandre sur le royaume une ère glaciale de désolation. Seuls la princesse Lily et le jeune Jack vont tenter de contrecarrer ses plans.
Critique : L’Imax avant l’heure ! Tel un rêve éveillé, Legend de Ridley Scott se vit comme une expérience fulgurante sur un écran géant. Ce n’est pas un hasard s’il fut à l’affiche, durant l’été 85, sur l’un des plus grands écrans européens de l’époque, le Kinopanorama à Paris (24 mètres de base, un pur bonheur !). La sortie française était d’ailleurs une exclusivité mondiale, car maudit depuis son tournage en studio (les décors de Pinewood où il était shooté avaient brûlés, provoquant des retards considérables dans la production), Legend ne connut qu’une sortie tardive aux USA (8 mois plus tard), avec un montage totalement différent : il fut écourté et affublé d’une musique progressive européenne, celle du groupe planant Tangerine Dream. Ridley Scott ne s’en est toujours pas remis !
Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’il put remettre les choses en ordre avec un director’s cut incluant des scènes retrouvées à la fin des années 90 et le score originel de Jerry Goldsmith présent dans le montage européen. Le film fait l’objet d’une magnifique édition collector en DVD avec les trois montages existants (européen, américain et version du réalisateur, donc).

© 1983 Columbia Pictures Industries Inc. Tous droits réservés.
L’échec financier de Legend (trop sombre et peu enclin à l’action), malgré la présence de Tom Cruise, alors jeune étoile montante (il venait de tourner Risky business, mais pas encore Top Gun) sonnait le glas de l’héroïc fantasy. Le grand retour du réalisateur d’Alien et de Blade Runner se soldait par un four rappelant étrangement celui de Krull de Peter Yates deux ans auparavant, dans un univers assez semblable, avec créature démoniaque trônant dans une forteresse des ténèbres, une princesse et son preux chevalier… Les spectateurs s’étaient-ils lassés d’un genre omniprésent, jusque dans les bobines du dernier Disney animé, Taram et le chaudron magique ?
Dans la lignée du Seigneur des anneaux ou de L’histoire sans fin (au moins pour les décors), Legend offrait à peu près tous les éléments du conte de fées épique, avec un sens valeureux du décor. Des forêts enchantées couvertes de neiges infernales ou embrumées par le pollen, un univers démesuré avec son folklore d’elfes et de licornes, de sorcière des marais et surtout d’ange déchu au physique démoniaque (impressionnant Tim Curry dans un rôle cornu inoubliable).

© 1985 Twentieth Century Fox. All Rights Reserved.
Dans ce combat simpliste du bien et du mal qui met en scène la lumière contre les ténèbres, c’est bien l’antre méphitique de la créature mi-bélier-mi-diable qui provoque le plus de frissons. Elle sent le souffre et reflète la haine viscérale de son occupant envers la vie. On la croirait issue d’une pièce de Shakespeare, tant d’ailleurs son principal occupant est tourmenté comme les affreux des pièces du dramaturge britannique.
Dans ce délire de lumières à l’esthétique léchée, Ridley Scott réussit des plans grandioses et insensés, sublimant un genre qui n’aura jamais été aussi beau. Si l’on écarte quelques petits effets spéciaux numériques de l’époque, qui ancrent l’ensemble dans les glorieuses années 80, la réussite des décors et des maquillages, saluée par tous à l’époque, y compris aux Oscars et BAFTA où le film reçut des nominations, rend le spectacle toujours aussi percutant quatre décennies après. Fascinant même. Il n’y a rien d’aussi beau dans les trois chapitres du Seigneur des anneaux de Peter Jackson.
Les spectateurs contemporains peuvent légitimement se demander quelle version privilégier. Les puristes préféreront la cohérence de la version director’s cut, où tout semble plus naturel, avec des scènes explicatives, les autres se repaîtront de la version resserrée proposée en salles en Europe, avec la musique de Goldsmith. Et certains pourront goûter à la trahison du montage américain, plus brouillon et moins personnel, avec l’étonnante musique de Tangerine Dream. C’est là que le montage est le plus déroutant. Dans tous les cas, tout le monde reconnaîtra la maestria de cette aventure exceptionnelle, dont l’un des plus beaux moments demeure la danse de l’ombre qu’opère Mia Sara (La folle journée de Ferris Bueller), devenue complètement schizophrène, lors d’un hommage aux Chaussons rouges que n’aurait pas renié Darren Aronofsky, le réalisateur de Black Swan.
Dans son genre, un chef d’œuvre donc. Ni plus ni moins.

© 1985 Twentieth Century Fox. All Rights Reserved.
Box-office de Legend
Pour une fois, la France bénéficiait d’une exclusivité en sortant Legend de Ridley Scott en août 1985.
Ce flop légendaire au parcours accidenté, remonté pour les Etats-Unis, ne s’installera aux Etats-Unis qu’en avril 1986, dans une version bien différente qu’en Europe, mais avec des résultats désolants au box-office (15.5M$ de recettes pour un budget de 24.5M).
Bide de tous les bides aux USA, il n’entre même pas dans le top 50 des meilleures recettes annuelles, en sortant le 18 avril face à d’autres échecs comme La loi de Murphy avec Charles Bronson (9.9M$), Wise Guys de Brian de Palma (8.7M$), Comme un chien enragé avec Sean Penn (2.3M$), Ouragan sur l’eau plate avec Michael Caine (1.2M$) et surtout Absolute Beginners avec David Bowie (930 000$).
En France, la première mondiale ne sera pas à la hauteur de l’événement, même à Paris où le film est pourtant mieux accueilli qu’en province.
Avec 41 salles à Paris et dans sa périphérie, Legend de Ridley Scott est la plus grosse sortie du mercredi 28 août 1985. Cette semaine, qui marque la fin des vacances et la rentrée cinématographique, ne propose pas vraiment de concurrents en matière de blockbusters américains : les autres films s’adressent à des publics différents. L’amour propre ne le reste jamais très longtemps est une comédie érotique française pour un public plutôt franchouillard, distribuée dans 36 salles. Les débiles de l’espace, comédie américaine burlesque, aurait pu gêner Legend, mais sa notoriété était trop faible et ses qualités artistiques limitées. Ce fut un flop total.
Legend affiche de bons résultats pour son premier jour parisien, avec 17 695 spectateurs, mais cela ne permet pas au film de prendre la première position à l’issue de la semaine. Parole de flic avec Alain Delon demeure numéro un pour sa deuxième semaine. Néanmoins, Tom Cruise occupe la 2e place avec Legend et s’offre 116 274 spectateurs. Le film dispose de salles premium, notamment le Kinopanorama, qui domine largement avec 12 771 spectateurs sur ce seul site prestigieux. Il est également à l’affiche de nombreux cinémas majeurs parisiens : le Marignan Pathé, Publicis Élysées, le Gaumont Les Halles, le Gaumont Convention, le Saint-Germain Huchette, le Nation, les Parnassiens, le Gaumont Richelieu, le Mistral, leBastille, le Montparnasse, le Pathé Français, le Pathé Mayfair, le Pathé Hautefeuille, le Convention Saint-Charles, le Saint-Lazare Pasquier, l’Athéna, la Fauvette, les Images. Il faut doubler le nombre d’écrans si l’on prend la périphérie en considération.

Affiche © Zoran by Spadem
En deuxième semaine, Legend rétrograde d’une place et se positionne derrière deux films français, Police de Maurice Pialat qui s’arroge la première place du podium et Parole de flic. Désormais à 70 030 spectateurs dans 49 salles, Legend commence un déclin inexorable qui va le mener à une déception commerciale.
En effet, la troisième semaine est encore beaucoup plus compliquée : le film n’est plus que cinquième avec 36 000 entrées dans 42 salles. Sont sortis cette semaine-là Dangereusement vôtre, le dernier James Bond qui prend la première place, et Recherche Susan désespérément avec Madonna, qui s’impose comme le succès surprise de la rentrée avec 80 000 spectateurs dans 32 salles seulement.
Les chiffres médiocres de la 3e semaine provoquent une chute spectaculaire de l’adhésion des exploitants en 4e semaine. Legend n’est plus programmé que dans 16 cinémas, perdant 26 écrans, ce qui le ramène à une 13e place et à 16 753 spectateurs. C’est mort pour en faire un succès sur Paname.
En cinquième semaine, Legend doit se contenter de neuf salles ; une seule dépasse les 1 000 spectateurs par écran, avec 5 160 tickets vendus. Le bouche-à-oreille n’est décidément pas bon.
En sixième semaine, l’exploitation du film est réduite à deux écrans, le Marignan Pathé et l’Espace Gaité, pour 2 016 spectateurs.
Legend sera retiré de l’affiche à l’issue de sa 12e semaine, avec un dernier passage à l’Espace Gaité, où il achève sa course à 92 spectateurs pour un total de 252 293 entrées.
A l’échelle française, le bide sera d’autant plus grand que le conte de fées et de ténèbres achèvera sa course sous les 800 000 entrées. Tom Cruise n’a pas dit son dernier mot. Il reviendra en septembre 1986 dans Top Gun de Tony Scott, frère de Ridley.
Les sorties de la semaine du 28 août 1985

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Biographies +
Ridley Scott, Tom Cruise, Tim Curry, David Bennent, Mia Sara
Mots clés :
Conte de fées, les fées au cinéma, 1985, Les flops de l’année 1985