Mètre-étalon du buddy movie, L’Arme fatale bénéficie d’un script efficace, d’une réalisation racée de Richard Donner et d’un duo d’acteur parfaitement au diapason. Un petit modèle du genre.
Synopsis : Deux policiers de Los Angeles, Martin Riggs et Roger Murtaugh, se retrouvent coéquipiers sur une même affaire. Les deux hommes, aux caractères franchement opposés, finissent par s’apprécier et doivent bientôt faire montre de toutes leurs qualités lorsque la fille de Murtaugh est enlevée par d’anciens agents des forces spéciales devenus trafiquants de drogue.
Un script de Shane Black, pas mal remanié
Critique : Alors que les jeunes générations connaissent surtout la série L’Arme fatale qui a connu trois saisons aux Etats-Unis entre 2016 et 2019, il est temps de revenir sur le modèle d’origine, à savoir la saga cinématographique dégoupillée par le producteur Joel Silver et le réalisateur Richard Donner de 1987 à 1998. Tout débute avec l’achat par le studio Warner du script d’un jeune homme de 23 ans nommé Shane Black.
Si le scénario est originellement plus long et surtout bien plus sombre que ce qui a finalement été filmé, on reconnait déjà la patte de celui qui deviendra au cours des années 90 l’un des scénaristes les mieux payés d’Hollywood. Shane Black utilise ainsi une situation de départ qui tient du cliché (la nécessaire collaboration entre deux flics aux méthodes radicalement opposées sur une affaire périlleuse) et dynamite tout ceci par la présence de personnages psychotiques et d’un humour décalé souvent savoureux.
Joel Silver creuse le filon du buddy movie après 48 heures
Séduit par le scénario, le cinéaste Richard Donner est appelé à la barre du navire dans lequel montent aussi la star Mel Gibson et l’acteur afro-américain Danny Glover. Largement inspiré par le modèle du film cool et déconnant 48 heures (1982) de Walter Hill avec Eddie Murphy et Nick Nolte et déjà produit par Joel Silver, L’Arme fatale enfonce un peu plus le clou et finit par faire du buddy movie un sous-genre capable de rallier les foules. La grande force de ce premier volet est d’oser prendre comme héros un homme totalement borderline et suicidaire.

© Warner Bros Entertainment. All Rights Reserved.
Présenté en train d’uriner, totalement nu et une cannette de bière en main, le flic interprété par Mel Gibson peut même être considéré comme un anti-héros tant il est repoussant dans sa déchéance morale et psychologique. L’intelligence du script est de l’avoir confronté à un flic afro-américain bien plus policé et correspondant davantage à l’image que l’on se fait d’un homme respectable. Cette inversion des clichés est certes facile, mais elle demeure assez savoureuse, surtout dans un contexte américain où les tensions raciales sont toujours fortes.
Du bon gros cinéma de pur divertissement
Présenté comme un homme prêt à plonger la tête la première dans les ténèbres, le personnage de Mel Gibson n’est pas pour autant un vigilante comme l’ont été avant lui Clint Eastwood ou Charles Bronson. Sans idéologie préconçue, Martin Riggs agit surtout de manière impulsive, essentiellement pour punir ceux qui ont fait du mal à son entourage.
Souvent accusé de fascisme par la critique française de l’époque, le métrage ne correspond pas vraiment à ce qualificatif. On est certes bien en présence d’un film réactionnaire, notamment dans sa place réservée aux femmes, mais qui réserve cette thématique uniquement au cadre personnel et non institutionnel. C’est ce qui rend finalement le divertissement agréable, et ceci malgré une violence très présente à l’écran. Alors que le cinéma américain est devenu aujourd’hui totalement aseptisé, L’Arme fatale paraît politiquement incorrecte de nos jours avec ses nudités frontales, ses personnages qui fument, qui jurent, qui torturent et tuent sans état d’âme.
L’Arme fatale, pur produit de son époque
Tourné avec talent par un Richard Donner toujours aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de mettre en boite des scènes d’action spectaculaires, le métrage offre à Mel Gibson un rôle dans ses cordes, lui qui chérie les personnages excessifs. Son duo avec Danny Glover est tout bonnement savoureux, tandis que les seconds rôles s’en sortent tous avec les honneurs. Certes, quelques looks ont pris un coup de vieux (la coupe mulet de Mel Gibson) et la musique de Michael Kamen, Eric Clapton et David Sanborn fleurent bon les années 80 (et son insupportable saxophone), mais l’ensemble n’a rien à envier aux productions actuelles en matière d’efficacité. On peut même trouver le film largement supérieur à tout ce que l’on subit désormais en matière de scripts ineptes.
Avec son budget raisonnable de 15 millions de dollars (soit 44 100 000 $ au cours de 2026), L’Arme fatale a fini par récolter plus de 120 millions de billets verts dans le monde (soit 353 350 000 $ au cours de 2026). Ce succès ne pouvait appeler qu’une suite qui déboulera sur les écrans à peine deux ans plus tard.
Box-office parisien de L’Arme fatale
Chez nous, Warner Columbia dégoupille son Arme fatale le 5 août 1987 face à une concurrence peu imposante. Les sorties de la semaine sont la production Cannon Mon aventure africaine (Boaz Davidson) avec Dom DeLuise et Central Park Driver (Jerry Ciccoritti) une production horrifique canadienne. Autant dire que Mel Gibson disposait d’un boulevard. A Paris, il arrive en trombe en première position hebdomadaire avec 140 592 adolescents.
La semaine suivante, les arrivées des comédies Soul Man (Steve Miner), La Petite allumeuse (Danièle Dubroux), du polar bis Scirocco (Aldo Lado) avec Fiona Gélin et du film d’action Extrême préjudice (Walter Hill) ne peuvent rivaliser avec le buddy movie qui conserve sa première place avec 73 608 retardataires. Il faut donc attendre la semaine du 19 août pour que le film décroche face à Predator (John McTiernan) et Agent trouble (Jean-Pierre Mocky). En troisième fournée, L’Arme fatale intéresse encore 54 129 clients.
Après un mois, c’est la sortie du Flic de Beverly Hills 2 (Tony Scott) qui vient siphonner le public de Mel Gibson qui aligne encore 41 300 spectateurs parisiens et dépasse ainsi la barre des 300 000 tickets. Toutefois, le buddy movie n’a pas dit son dernier mot et continue à mobiliser autour de 40 000 entrées supplémentaires par semaine. Il terminera sa carrière parisienne avec 610 739 ados à son compteur, ce qui est excellent dans le contexte d’un été meurtrier pour le box-office français alors en pleine crise.
Mel Gibson cartonne en province et dans les stations balnéaires
Sur la France entière, L’Arme fatale débarque aussi numéro 1 avec 515 142 estivants, dont beaucoup situés dans les stations balnéaires. Comme à Paris, le métrage demeure en pole position en deuxième septaine avec 296 485 ados de plus. Dès sa troisième semaine, le film franchit le million d’entrées, mais marque le pas face à Predator avec Arnold Schwarzenegger.
Au national, le film souffre moins de la concurrence d’Eddie Murphy et trouve encore 180 736 ados malgré la rentrée scolaire. Spectacle qui plait décidément bien plus à la province, L’Arme fatale se situe toujours dans les quatre premiers scores de la semaine du 8 septembre. Au milieu du mois, le métrage franchit les 1,5 million d’entrées et il terminera sa carrière avec 1 857 521 amateurs d’action badass. De quoi confirmer le statut de Mel Gibson en tant que star du film d’action.
Par la suite, le premier film de la saga a été maintes fois édité sur support physique, y compris en Laserdisc en 1990, puis dans l’éphémère format du HD DVD. Désormais, le métrage est aussi disponible en 4K UHD, mais pour le moment uniquement en coffret avec les trois autres longs de la franchise.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 5 août 1987
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© Warner Bros Entertainment
Biographies +
Richard Donner, Mel Gibson, Danny Glover, Ed O’Ross, Tom Atkins, Gary Busey, Don Gordon, Mitchell Ryan
Mots clés
Cinéma américain, Buddy Movie, Duo de flics au cinéma, Comédie policière, Les productions Joel Silver, Les succès de l’année 1987