Mel Gibson

Acteur, Réalisateur
Affiche de The Patriot avec Mel Gibson

Personal Info

  • Nationalité : Américain
  • Date de naissance : 3 janvier 1956 à Peekskill, État de New York (États-Unis)

Biographie

Note des spectateurs :
Filmographie et biographie de Mel Gibson

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Beaucoup devraient se souvenir de l’incroyable carrière commerciale de Mel Gibson qui fut l’un des grands champions du box-office mondial pendant vingt ans, et de son charisme inégalé. Pourtant miné par des polémiques antisémites, homophobes et féministes pendant les années 2000 et 2010, la star a perdu de sa superbe. On fouille sa carrière et on fait le point.

Cap sur l’Australie

Australien d’adoption, Mel Gibson a pas moins de dix frères et sœurs. Sa famille américaine émigre en Australie lorsqu’il a douze ans, en réaction à l’évolution des mœurs, aux Etats-Unis et à la guerre du Vietnam qui pourrait convoquer l’un de ses frérots dans le bourbier que l’on connaît.

D’une beauté irradiante avec son regard bleu marin, Mel Gibson sort du National Institute of Dramatic Arts, New South Wales, pour s’épanouir sur les planches. Le théâtre, il aime ça. Lui, qui se refuse à être cérébral, passe par l’instinct et Mel s’apaise dans l’intimité de la scène. Il est remarqué sur les planches, par George Miller, médecin devenu cinéaste, qui l’engage pour tourner dans Mad Max dont il incarnera le rôle principal à trois reprises. Cet archétype underground, fleuron d’un cinéma d’Oz dément, se développe dans un univers post-apocalyptique -le sous-genre du post-nuke était alors à la mode, dans des années 70 désenchantées- qui va faire l’effet d’un détonateur dans le monde, générant un succès colossal pour une production locale, alors que le budget de série B ne le prédestinait pas à s’exporter.

Mad Max, classé X

En France, Mad Max remporte le Prix spécial du Jury au festival d’Avoriaz en 1980, mais sa violence graphique en fait une proie facile pour la censure de l’époque qui le classe X. Il ne sortira donc en France qu’en 1982, avec d’autres victimes enfin « désixées », Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, ou Zombies de George A. Romero. Cette année est d’ailleurs celle de la suite. Mad Max 2 le défi, plus commercial, avec un script plus dense, remporte cette fois-ci le Grand Prix d’Avoriaz, se place au sommet de la mode du film apocalyptique qui sera copié par les Italiens et les Français dans d’innombrables séries Z (les notoires Diesel et Terminus avec Johnny Hallyday, pour la France, font toujours exploser les compteurs de Nanarland)…

Mad Max, les affiches de film

© Hamagami (Mad Max 1), © Landi (Mad Max 2), © Amsel (Mad Max 3)

Entre-temps, le beau gosse né dans l’Etat de New York a multiplié les apparitions dans son pays d’adoption. Summer City, comédie adolescente, avec tous les vices du genre crétin, sortira directement en VHS en France, tout comme Tim, tentative de cinéma plus sérieux qui vaudra au jeune homme la reconnaissance de la critique australienne en 1979. Il obtient alors le prix national du Meilleur acteur pour son rôle d’attardé mental.

 

Affiche de Gallipoli avec Mel Gibson

© Universal Pictures

En 1981, le film de guerre de Peter Weir, Gallipoli, est un autre gros succès en Australie et de nouveau, Mel Gibson se démarque. Il décroche la récompense du Meilleur acteur. Comme son titre l’indique, il s’agit d’un film historique autour de la bataille meurtrière des Dardanelles en 1915, opposant l’empire ottoman d’un côté et les Français et Britanniques de l’autre. C’est d’ailleurs à cette époque que Mel Gibson aura son premier enfant, de sa première épouse avec qui il restera uni pendant vingt-sept ans ; le divorce lui coûtera la modique somme de quatre cents millions de dollars, un record qui fera les choux gras de la presse à scandale.

Si cette première collaboration avec le cinéaste Peter Weir (Witness) se solde par un échec en France, en 1983, leur second film ensemble, L’année de tous les dangers, où Mel Gibson trouve un rôle de chasseur de scoops à la mesure de son talent, est un beau succès. Cette réflexion sur le rôle du reporter dans une Indonésie ébranlée par les coups d’Etat, lui permet de côtoyer Sigourney Weaver, qui sortait du triomphe d’Alien, et Linda Hunt. Le tournage aux Philippines est difficile, mais le résultat en valait la peine, plus en tout cas que ses efforts dans Attack Force Z, un peu plus tôt, dont rien que le titre donne des frissons d’angoisse.

Retour aux Etats-Unis avec des ambitions d’acteur dramatique

En 1984, Mel Gibson quitte définitivement l’Australie pour Hollywood. Il vise immédiatement la reconnaissance de ses pairs dans des productions moins commerciales. Mais les deux films à Oscar qu’il enchaîne ne lui apportent pas l’estime espérée ; pis, il se fourvoie commercialement dans un cinéma sérieux dans lequel le public n’aspire pas à le voir. Son tandem improbable avec Sissy Spacek, dans La rivière de Mark Rydell (The Rose) est un flop. Le contexte de l’échec du rêve américain chez des agriculteurs en proie à la crise ne parle pas à une audience plus en phase avec les effets spéciaux et l’action.

 

Pourtant, Mel Gibson qui possède lui-même un immense ranch en Australie tenait particulièrement à ce rôle et vit cet échec amèrement. La même année, Mrs. Soffel, de Gillian Armstrong, biopic et drame romantique sombre, avec Diane Keaton (Annie Hall), est un tel bide qu’il ne sera même pas distribué sur notre territoire.

Affiche de La Rivière avec Mel Gibson

© 1984 Universal City Studios. Tous droits réservés

1984,  l’année de tous les dangers ?

Finalement en 1984, on retiendra surtout le succès de son film d’aventures exotiques, Le Bounty de Roger Donaldson. Cette production fastueuse clôt le Festival de Cannes et lui apporte l’adhésion du grand public. Ce rôle romanesque le place là où les midinettes l’attendent, dans une aventure dépaysante où son physique est largement mis à contribution. Dans cette nouvelle adaptation du classique littéraire de James Norman Hall et Charles Nordhoff, Gibson reprend le rôle de Fletcher Christian, mutin jadis joué par Errol Flynn, Clark Gable et Marlon Brando. Il y affronte Sir Anthony Hopkins. Un monstre du cinéma et du théâtre britannique. Qu’on ne s’y trompe pas, Mel Gibson ne redoute pas la confrontation. Le film à l’esthétique clinquante des années 80, un brin homoérotique, avec une musique de Vangelis, prouve que Mel Gibson peut être autre chose qu’un Max enragé.

En 1985, il revient justement une ultime fois à son personnage culte dans le dernier épisode de la trilogie Mad Max. Au-delà du dôme du tonnerre, avec Tina Turner comme partenaire, dispose d’un budget dit hollywoodien et des moyens de Warner. Mad Max, plus consensuel, a pris quatre ans. Il s’est étoffé, humanisé. Moins cynique, moins individualiste, il est même entouré d’enfants et le 45 tours finit dans les Top 50 du monde entier : We Don’t Need Another Hero, vous remettez ? Les fans hardcore de la saga y trouveront le maillon faible d’une saga qui trouvera gloire à nouveau, en 2015, avec le reboot de George Miller, Fury Road.

Au box-office américain, le dôme du tonnerre décroche une dix-neuvième place annuelle devant Commando avec Schwarzenegger, Le diamant du Nil avec Michael Douglas, et Recherche Susan désespérément avec Madonna. Pas de doute, Mel Gibson fait désormais partie du folklore yankee, qu’il le veuille ou non.

 

Enfin libre de Max

En 1987, le premier chapitre de L’arme fatale le libère à jamais du rôle mythique de Mad Max. Contrairement à beaucoup de James Bond ou de stars de films de super-héros, il parvient à créer un personnage totalement différent, celui de Martin Riggs, dans un buddy movie policier et comique qui sera décliné sur quatre films en onze ans. Des triomphes qui dépassent largement les recettes finalement assez modestes des Mad Max. Le premier L’arme fatale finit huitième de l’année en 87, le second s’installe en troisième place annuelle aux USA en 89, le troisième est logiquement le second plus gros film de l’année 1992, et le quatrième, en 1998, se hisse à la onzième place, le duo étant jugé un peu vieillissant. Son complice de franchise est l’acteur afro-américain Danny Glover qui lui sert de coéquipier et d’opposé rationnel irrésistible. Dans la vie, Gibson est également, comme à l’écran, aux antipodes de Glover, figure de gauche aux valeurs progressistes collectives, quand Mel Gibson a déjà commencé à se forger une sacrée réputation de patriarche conservateur. Ce qui n’empêche pas des discussions autour d’un cinquième film, entre 2017 et 2020, chez Warner. N’oublions pas qu’une série télévisée défraya la chronique sur trois saisons dans les années 2010, en raison de la mésentente en coulisses entre les jeunes comédiens qui succédaient à Gibson et Glover.

L’arme fatale affole les boussoles du box-office

L’arme fatale, pourtant assez politiquement incorrecte en 1987, violente, grossière, frustre, est un triomphe qui marqua une décennie complète de cinéma et à vrai dire, on n’imaginerait pas le premier film être refait à l’identique des décennies plus tard tant il sort des canons de bienveillance de notre époque. Il est l’esprit d’une décennie déjà bien entamée par le tandem Eddie Murphy et Nick Nolte dans 48 heures de Walter Hill qui était probablement le modèle à suivre pour les producteurs. En 1982, la production noir et blanc de Paramount avait uni les couleurs pour une magnifique douzième place annuelle, lançant définitivement la carrière de la star comique du moment, Eddie Murphy.

Les affiches de l'arme fatale (Lethal Weapons) avec Mel Gibson

© Warner Bros Entertainment

Mel Gibson et son complice Richard Donner

Toute la franchise des Lethal Weapons est orchestrée par Richard Donner (La malédiction, Superman, The Goonies), artisan de blockbusters efficaces, qu’il retrouvera à l’occasion de l’adaptation de la série télévisée des années 50-60 Maverick, en 1994, avec Jodie Foster, puis en 1997 pour Complots, thriller politique avec Julia Roberts, alors star féminine à la mode. Ce film paranoïaque donne l’occasion à Mel Gibson de retrouver le producteur de L’arme fatale, Joel Silver. En avance sur son temps, le film explore les théories du complot et mérite, à la lumière de notre époque, d’être revu pour mieux comprendre la dérive américaine actuelle. En six films, Donner et Mel Gibson ont développé une collaboration basée essentiellement sur l’humour de l’acteur américano-australien que Donner a su déceler avant les autres et dont toutes les équipes ont pu profiter pendant les tournages truculents avec la star qui cabotine sur le plateau, mais est toujours professionnelle à l’écran.

Mel Gibson, méga-star bankable

Affiche de La rançon avec Mel Gibson

© Touchstone Pictures, Buena Vista Entertainment

A partir de 1987, Mel Gibson s’agitera comme une star bankable, avec une litanie de succès incroyables sans jamais prendre de vacances : en vrac, nous citerons, outre les films mentionnés plus haut, le classe et sexy Tequila Sunrise de Robert Towne, avec Michelle Pfeiffer et Kurt Russell au sommet de leur beauté ; la comédie d’action Comme un oiseau sur la branche de John Badham, avec  la fofolle Goldie Hawn ; le film fantastique mélancolique et surtout mélodramatique Forever Young de Steve Miner, plutôt raté ; La rançon de Ron Howard, un carton mondial ; l’ultraviolent remake de Le point de non-retour de John Boorman, Payback en 1999, qui est interdit aux moins de 16 ans.

La caractéristique de ces films, pour la plupart estivaux, c’est de faire glisser la star du genre de la comédie au polar hargneux. Sa présence sur l’affiche est même écrasante, on ne voit que son visage sur la plupart des visuels promotionnels proposés. Mel Gibson est une star qui vend sur son nom, sa virilité, sa présence patriarcale inébranlable. Il faut dire que parallèlement aux tournages, il poursuit une vie de père actif, fidèle à son épouse, toujours dans cet esprit conservateur dont le vernis éclatera dans les années 2000.

Affiches françaises de Mel Gibson

© Tous droits réservés

Toujours en quête de la reconnaissance de ses pairs

Le public n’appréciera pas voir la star sortir des rangs. Outre l’échec du film invendable Air America de Roger Spottiswoode avec l’acteur (alors) maudit (et cocaïné) Robert Downey Jr. en 1990, on s’intéressera à sa volonté spectrale d’incarner Hamlet chez Franco Zeffirelli. Mel Gibson financera les affres du prince danois à l’écran via sa nouvelle société de production Icon Pictures. Ambitieuse, l’adaptation de Shakespeare avec Glenn Close, Alan Bates, Ian Holm et Helena Bonham Carter prend Hollywood au dépourvu. Le public aussi. Pourtant, il renvoie Mel Gibson à ses débuts prometteurs au théâtre, notamment quand il était sur la scène de Mort d’un commis voyageur, jouant Arthur Hiller.

 

Dans une volonté d’être davantage pris au sérieux par Hollywood en tant qu’artiste à part entière, l’acteur et producteur Mel Gibson s’arme pour la réalisation. Un documentaire sur sa vie en 1991, destiné à HBO, lui permet de s’essayer à l’exercice. Celui qui envisageait déjà la réalisation en 1985, mais attendait sagement l’expérience, peut désormais passer au long métrage de cinéma en tant que cinéaste. Il ne rêvait que de cela. L’homme sans visage, petit film dramatique produit par sa boîte Icon Entertainment, est sombre et le positionne dans un personnage ambigu déstabilisant, soupçonné de pédophilie et responsable de la mort d’un enfant dans un accident qui l’a défiguré. Le film, sorti en 1993, ne convainc pas totalement. En revanche (au sens propre et figuré), en 1995, Mel Gibson sort l’artillerie lourde en arpentant, avec notre star nationale Sophie Marceau, les Highlands écossaises.

 

Le tournant d’une carrière : Braveheart

Braveheart marque un tournant véritable dans sa carrière. Le film en costumes, épique et valeureux, lui vaut pas moins de 10 nominations aux Oscars. Il repartira notamment avec les statuettes du Meilleur réalisateur et du Meilleur Film. Deux prix parmi beaucoup d’autres (Golden Globes…) pour cette leçon d’histoire belliqueuse qui a changé définitivement l’image que l’on pouvait alors avoir de celui qui fut jadis cantonné à la série B d’anticipation ou aux blockbusters d’action. Son sens de la réalisation, du cadrage, du montage, du rythme, sa volonté de revisiter l’Histoire dans ce qu’elle a de plus violente, mais aussi de plus désabusé ou glorieuse, sera désormais un acquis qui accompagnera chacune de ses réalisations, même si, ces dernières, pour des raisons différentes, seront plus clivantes.

Parallèlement à sa carrière de comédien bankable et de réalisateur oscarisé, Mel Gibson s’amuse à prêter sa voix à des personnages animés : Pocahontas, Les Simpson, Chicken Run… Donc Disney, Fox, Dreamworks… L’acteur est partout. Avec Tom Hanks, Tom Cruise et Jim Carrey, il est l’une des vedettes indéniables de la décennie 1990 quand les Stallone et Schwarzenegger sont clairement sur le déclin. Cette ascension trouvera deux climax dans les années 2000 qui seront paradoxalement celles de sa chute.

 

L’ultime divertissement inoffensif de Mel Gibson

Dans les années 2000, Mel Gibson essaie d’alterner une carrière dans le divertissement et le cinéma d’auteur exigeant. Chez Wim Wenders, il trouve surtout l’échec ; The Million Dollar Hotel est un bide et surtout un mauvais Wenders. Mel Gibson n’y est pas pour grand-chose, l’échec est surtout celui d’un cinéaste. Mais dans Ce que veulent les femmes de Nancy Meyers, comédie romantique fantastique, il connaît après plus de vingt ans de carrière l’un de ses plus gros succès personnels. Ce triomphe sera l’ultime production sympathique de l’acteur qui va progressivement assombrir son image dans des œuvres plus contestables, gorgées de bienveillance christique, de religiosité, d’une violence douteuse car pas toujours utilisée à bon escient.

La face sombre et torturée de Mel Gibson

L’orientation conservatrice de la carrière de l’acteur-réalisateur se dessine vraiment dans les années 2000. La guimauve historique The Patriot de Roland Emmerich est ratée et démontre des valeurs patriotiques peu ragoutantes pour cet Américain élevé en Australie, dans un film boursoufflé de surcroît réalisé par un cinéaste allemand. Le budget très élevé ne permet pas au blockbuster – à peine millionnaire en France et aux 113 000 000$ aux States -, d’être considéré comme un succès de la part de l’auteur de Stargate, Godzilla et Independence Day, sur un sujet aussi fédérateur que la guerre d’indépendance américaine contre l’ennemi britannique.

En 2002, Mel Gibson touche le fond avec le film de guerre violent et mélodramatique Nous étions soldats. Dans l’air du temps, cette production surfe sur les succès des hyperréalistes et gore Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg) et La chute du faucon noir (Ridley Scott). Cet énième film sur le Vietnam est un bide impitoyable, une bouillie cinématographique infâme, que Mel Gibson compense in extremis par le triomphe du thriller de science-fiction réalisé par Shyamalan, Signes. Le public réserve un accueil triomphal à ce film ovniesque, en particulier aux USA où Gibson décroche alors le plus gros succès de toute sa carrière, jusqu’à… 2004 et La passion du Christ. Mais de Signes – qui divise les avis -, on retiendra davantage le nom du réalisateur au firmament de sa gloire que de celui de son acteur.

Apocalypto jaquette cover VOD

© Icon Pictures – Studio Canal. Tous droits réservés

Le cathoporn canonise Mel Gibson

En 2004, Mel Gibson revient derrière la caméra pour la première fois en neuf ans. La passion du Christ s’inscrit dans la ligne ultra-conservatrice d’une certaine Amérique dont il semblerait partager les idées ; le film renvoie la star à son éducation rigoriste auprès d’un père traditionaliste, sédévacantiste et donc paranoïaque. Mel Gibson se voit taxé en plus d’antisémitisme, une critique qui va devenir insistante, récurrente, au détriment du reste de sa carrière, y compris en 2012 quand le scénariste Joe Eszterhas, qui devait écrire le script d’un biopic sur Judas Maccabée pour Warner et lui, s’en prendra directement à lui dans les médias.

 

La passion du Christ, production indépendante qu’il porte avec sa société de production, rapporte plus de 600 M$ dans le monde, plus de 370 000 000$ aux USA… Un phénomène de société largement gonflé par le public chrétien très puissant dans l’Amérique contemporaine, alors prête à embrasser le Tea Party, et à une moindre mesure en France où la curiosité attire tout de même 1 762  536 grenouilles de bénitier. Le succès sera bien plus colossal en Italie ou en Espagne. Gibson devient l’un des acteurs les plus riches de Hollywood, voire même à cette époque, le plus riche. Mais cela, c’est avant son divorce historique qui entamera sa fortune.

Les attaques contre Mel Gibson se multiplient, certaines associations juives lui reprochent d’attiser la haine des juifs dans sa peinture du Calvaire et de la mort de Jésus, traitée par ailleurs dans un réalisme violent cru qui ouvrira une autre source de polémique. Gibson est-il complaisant dans la violence ? Certainement, on pourrait même affirmer que le cinéaste a ouvert la voie au « cathorporn », de par l’explicitation de la souffrance physique et du gore dans le « calvaire » de Jésus jusqu’à sa « mort ». L’on retrouvera cet aspect outrancier dans le massacre des Mayas dans la quatrième réalisation de Mel Gibson, Apocalypto, un bide toutefois malheureux, pour cette production à la folie contagieuse, propre aux années 70, qu’il sort en  2006. Enfin, en 2016 dans l’ambigu, mais loin d’être inintéressant Tu ne tueras point, dans lequel il réfléchit sur la notion d’héroïsme et d’objection de conscience, il recourt à cette même explicitation de l’outrage fait au corps lors des batailles. Ce grand film, qui provoque une standing ovation à Venise, réunit Andrew Garfield, Vince Vaughn et Sam Worthington. Il sera effectivement mieux reçu que son prédécesseur, avec notamment des nominations aux Oscars (Meilleur film, réalisateur, acteur, son…), et un certain bouche-à-oreille dans les salles.

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Le « calvaire » du nouveau paria de Hollywood

Après La Passion du Christ, Mel Gibson n’aura pas Hollywood à ses pieds ; La Passion sera boudé par l’Académie des Oscars qui ne le nommera que pour trois qualités techniques, à titre purement symbolique, mais largement signifiant pour une œuvre artistique aux 370 000 000$ au box-office local, soit l’un des plus gros succès de l’histoire aux USA, si l’on prend en compte l’inflation. Mais l’acteur voit progressivement les portes des studios se fermer alors qu’il démarre une spirale qui le conduit à l’autodestruction. Divorce houleux, abus d’alcools, arrestation en état d’ivresse, accusations régulières de propos abjects envers les homosexuels et les juifs, notamment par l’actrice de confession juive Wynona Ryder qui réitèrera ses accusations en 2020.

 

Il défraie aussi la chronique avec les accusations de son ancienne petite amie, d’origine russe, Oksana Grigoreiva qui révèle des enregistrements audio compromettants et menaçants qui semble enterrer une bonne fois pour toute sa carrière. Investigation, procès… Gibson fait la Une de la presse à scandale et devient un paria. Warner qui le veut en 2010 pour un caméo dans Very Bad Trip 2 doit renoncer devant le soulèvement du casting qui refuse cette propositions, en raison des insultes sexistes proférées envers Oksana Grigoreiva. Liam Neeson le remplace donc. En fait, Gibson doit abandonner sa carrière d’acteur après 2003 pour une traversée du désert qui le conduira à plusieurs come-back ratés dans les années 2010.

Le complexe du castor de Jodie Foster avec Mel Gibson

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Durant la décennie 2010, Mel Gibson ne connaît que deux rôles intéressants, le plus beau, sur la dépression, il le trouve chez son amie Jodie Foster, avec qui il partagea l’affiche dans Maverick. Le complexe du castor lui permet momentanément de sortir du trou. Jodie Foster croit aux secondes chances et le film avec le regretté Anton Yelchin et la très jeune Jennifer Lawrence, est très émouvant. A Cannes, une standing ovation attend le comédien qui n’ira pas à la Conférence de presse cannoise, mais le public ne s’en émeut pas pour autant : aux USA, The Beaver se solde par un échec. Enfin, en 2018, l’acteur en quête d’une nouvelle seconde chance est Traîné sur le bitume par S. Craig Zahler, dans un polar sombre et rugueux, qui sonne comme une rédemption artistique. Entre-temps, beaucoup de nanars : Hors de contrôle de Martin Campbell (2010), Kill the Gringo (2012), Blood Father du Français Jean-François Richet (Mesrine). On ne sauvera rien dans ces trois films douteux. Face à cette âme en peine, cabossée par la vie et ses propres décisions, Robert Rodriguez lui donne en consolation un rôle de méchant dans Machete Kills en 2013 et Stallone le convie aux Expendables 3 en 2014, où bien d’autres acteurs de la troupe ont connu des déchéances semblables. Mais sa cote d’amour auprès du public n’est plus au beau fixe.

En 2019, Mel Gibson joue dans le biopic The Professor and the Madman, film au scénario très prisé, que réalise le coscénariste d’Apocalypto, Farhad Safinia, et que sa société coproduit. La performance des deux acteurs est saluée, mais l’échec artistique est patent. Les USA lui réservent une place sur Internet, comme le Royaume-Uni. Le film reste au placard en France. Il faut souligner les imbroglios juridiques avec la société de production Voltage Pictures, Mel Gibson via Icon et Farhad Safinia, reniant les choix de production et refusant d’achever le film dans le montage qu’il leur est proposé. Les deux artistes renient la version que sortira sans succès le studio.

Désormais acteur vieillissant, à l’instar de Schwarzenegger, Stallone ou Nicolas Cage, Mel Gibson accepte un peu n’importe quoi (le médiocre Force of Nature avec Emile Hirsch, qui mélange casse et film catastrophe). La situation de crise à Hollywood en raison de la Covid, met plusieurs de ses films en attente : Boss Level de Joe Carnahan, avec Frank Grillo, Michelle Yeoh et Naomi Watts, la comédie de Noël politiquement incorrecte Fatman, ou le polar Waldo avec Charlie Hunnam…

 

L’après Covid et les craintes du « nouveau monde »

Désormais contraint aux seconds rôles, Gibson cachetonne. Sans vraiment avoir répondu aux accusations d’antisémitisme de façon satisfaisante, mais toujours capable de fulgurances à la réalisation, il demeure un artiste vénéré par beaucoup, mais aussi sous-estimé par une partie de l’intelligentsia. Dans ce domaine, il ambitionne depuis plusieurs années une suite à sa bondieuserie La Passion du Christ, avec Jim Caviezel, intitulée Résurrection, mais c’est surtout le remake de La horde sauvage de Peckinpah chez Warner qui prend forme. Au casting, on évoque d’ores et déjà les noms de Michael Fassbender, Jamie Foxx, Peter Dinklage… Affaire à suivre. La crise hollywoodienne et sanitaire ainsi que la fermeture des salles pendant six mois aux USA permettront-elles d’octroyer à Mel Gibson une place dans le nouveau monde ? Rien de moins sûr. En quarante ans de carrière, la star Gibson, qui est d’ailleurs tombée malade du coronavirus et a été placée pendant une semaine à l’hôpital, n’a jamais vraiment succombé aux modes des séries télé. Pour cette raison, d’aucuns seraient tentés de penser qu’il n’est plus en phase avec son temps. Mais avec une telle carrière et un tel talent visionnaire en tant que réalisateur, ne peut-il tout simplement pas se le permettre?

Frédéric Mignard

 

Box-office :

Mel Gibson réalisateur

  1. La passion du Christ : 1 762 536 (2004)
  2. Braveheart : 1 228 182 (1995)
  3. Tu ne tueras point : 542 000 (2016)
  4. Apocalypto : 448 135 (2007)
  5. L’homme sans visage : 257 155 (1993)
Braveheart, jaquette cover VOD

© Icon Pictures – BH Finance CV

Mel Gibson acteur

  1. L’arme fatale 3 : 4 480 670 (1992)
  2. Mad Max 2, le défi : 3 625 481 (1982)
  3. L’arme fatale 4 : 3 303 483 (1998)
  4. Ce que veulent les femmes : 3 006 538 (2001)
  5. Mad Mad 3, au-delà du dôme du tonnerre : 2 552 981 (1985)
  6. Mad Max : 2 549 462 (1982)
  7. La rançon : 2 193 932 (1997)
  8. Signes : 2 059 812 (2002)
  9. L’arme fatale : 1 844 500 (1987)
  10. L’arme fatale 2 : 1 840 711 (1989)
  11. Maverick : 1 423 030 (1994)
  12. Payback : 1 400 025 (1999)
  13. Braveheart : 1 228 182 (1995)
  14. Complots : 1 198 841 (1997)
  15. Le patriot : 1 157 651 (2000)
  16. Forever young : 1 105 325 (1993)
  17. Expendables 3 : Unité spéciale : 1 063 124 (2014)
  18. Comme un oiseau sur la branche 787 034 (1990)
Affiche de l'arme fatale 2 (Lethal Weapon) avec Danny Glover et Mel Gibson

© Warner Bros Entertainment

Filmographie (réalisateur, longs métrages)

  • 1993 : L’Homme sans visage (The Man Without a Face)
  • 1995 : Braveheart
  • 2004 : La Passion du Christ (The Passion of the Christ)
  • 2006 : Apocalypto
  • 2016 : Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge)

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Affiche de The Patriot avec Mel Gibson

Bande-annonce de Tequila Sunrise (VO)

Acteur, Réalisateur

Bande-annonce de La rivière (VO)

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