L’homme sans mémoire (sorti au cinéma sous le titre La Trancheuse infernale) est un faux giallo réalisé sans éclat par un Duccio Tessari pantouflard.
Synopsis : À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…
Un “véhicule” pour Luc Merenda
Critique : A partir de 1973, le comédien français Luc Merenda rencontre un très beau succès en Italie grâce à quelques polars réalisés généralement par Sergio Martino (Torso, Rue de la violence aussi titré Police parallèle en action). Le tout était produit par la Dania Film, à savoir la compagnie de Luciano Martino. Ce dernier envisage donc de profiter de la récente notoriété du comédien pour monter sur son seul nom L’Homme sans mémoire (1974). Son idée est également de profiter du récent filon du giallo pour décrocher un nouveau succès au box-office.
Pour cela, il engage le cinéaste Duccio Tessari qui venait justement de s’illustrer dans le domaine du polar avec La mort remonte à hier soir (1970), un correct Un Papillon aux ailes ensanglantées (1971) et surtout le Big Guns – Les Grands fusils (1973) avec Alain Delon. Le réalisateur paraît un excellent choix d’autant qu’il connait déjà Luc Merenda et que les deux hommes s’entendent à merveille. Pour compléter le casting de ce qui devait être un produit commercialisable partout en Europe, Luciano Martino et Duccio Tessari engagent l’actrice autrichienne Senta Berger, ainsi que le grand acteur de théâtre Umberto Orsini. De quoi garantir une bonne tenue de l’ensemble de la distribution.
Ernesto Gastaldi au script, un gage de qualité ?
Enfin, en ce qui concerne le scénario, le travail est assuré par des pointures comme Roberto Infascelli, mais surtout Ernesto Gastaldi, passé maître en matière de script de polar noir. Visiblement peu intéressés par le genre du giallo baroque à la Mario Bava et Dario Argento, les auteurs livrent une intrigue très classique basée sur le quête de mémoire d’un amnésique pris dans un complexe écheveau qui l’amènera au cœur d’un trafic de drogue.
Ça a le goût du giallo, le style du giallo, des grands noms du giallo à son générique, mais ce n’est pas un giallo, contrairement à ce qui est souvent indiqué ! L’homme sans mémoire est en fait un polar mis en boîte par Duccio Tessari, cinéaste alors très à la mode, entre deux films avec Alain Delon (Big guns et Zorro). Cependant cette production sans envergure s’avère nettement inférieure à bon nombre de séries B italiennes de cette époque.

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Une réalisation peu passionnante
La réalisation pantouflarde est moins travaillée, le style visuel plus épuré et le suspense relativement inopérant. Point de psychopathe sadique pour alimenter la tension comme dans la plupart des thrillers transalpins de cette période. On doit notamment se contenter d’un récit narcotique pas très passionnant, tout juste relevé par la séquence finale, assez sauvage, que l’on croirait issue du meilleur du giallo et même d’un pur film d’horreur, avec l’emploi d’une tronçonneuse. D’ailleurs, c’est cette unique séquence paroxystique qui explique l’utilisation du titre français La Trancheuse infernale par un distributeur désireux de surfer sur l’interdiction toujours implacable réservée au Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper .
Spectacle plaisant faute d’être vraiment de qualité, L’homme sans mémoire a au moins le mérite de nous replonger dans l’ambiance exquise du polar italien des années 70, avec ses musiques envoûtantes et ses interprètes d’un autre âge érotisés par les zooms d’une caméra unique. La partition de Gianni Ferrio est plutôt séduisante, tandis que les superbes paysages de la ville de Portofino font beaucoup pour animer un long métrage assez faible, mais qui saura plaire aux amateurs du bis rital, nostalgiques d’un cinéma populaire bien fichu à défaut d’être pleinement satisfaisant.

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La Trancheuse infernale, Attention tueur ou L’Homme sans mémoire, de quoi se perdre!
Joli succès en Italie, le long métrage s’est bien vendu dans le monde entier. Le film a été acheté sur notre territoire dès 1975 par CAA (le Consortium d’Achats Audiovisuels) pour une exploitation qui se fera progressivement, en Algérie et au Maroc. Il change trois fois de titre, passant de Puzzle, à L’homme sans mémoire puis La trancheuse infernale (sous-titré L’homme sans mémoire) pour sa programmation française, en 1978, par Hermès Films (Quand les abeilles attaqueront, Pendez-les par les pieds, Filles perdues d’EuroCiné). Le long métrage ne trouve alors que trois salles à Paris (le Cluny Palace, la Maxéville et Les Images) pour 4 142 spectateurs sur une seule semaine d’exploitation. Son histoire demeure obscure en France.
Toujours aussi mal servi en vidéocassette, le thriller à machination se retrouve au rayon VHS sous le titre Attention tueur en 1988 par l’éditeur Colombus.
Il a donc fallu attendre la galette DVD culte de chez Neo Publishing en 2006 pour que le long métrage retrouve le titre L’Homme sans mémoire, traduction littérale de l’italien, utilisé également en France en catimini. Il nous revient aujourd’hui dans une belle édition DVD / blu-ray chez Artus Films.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 mars 1978
Acheter le combo DVD / Blu-ray sur le site de l’éditeur

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Biographies +
Senta Berger, Rosario Borelli, Anita Strindberg, Luc Merenda, Duccio Tessari, Umberto Orsini
Mots clés
Cinéma bis italien, Giallo, La mémoire au cinéma, La drogue au cinéma, Polar italien des années 70, Artus Films

