La Trancheuse infernale / L’Homme sans mémoire : critique du film et test blu-ray (1978)

Policier, Thriller, Giallo | 1h31min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
Affiche cinéma de L'homme sans mémoire

  • Réalisateur : Duccio Tessari
  • Acteurs : Senta Berger, Rosario Borelli, Anita Strindberg, Luc Merenda, Duccio Tessari, Umberto Orsini
  • Date de sortie: 15 Mar 1978
  • Année de production : 1974
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : L'uomo senza memoria
  • Titres alternatifs : Puzzle (Titre français abandonné), La Trancheuse infernale (titre cinéma français) / Attention tueur (titre VHS français) / L'Homme sans mémoire (titre vidéo depuis les années 2000) / Puzzle (titre international) / Der Mann ohne Gedächtnis (Allemagne) / Atormentada (Espagne) / Człowiek bez pamięci (Pologne) / Rompecabeza (Mexique) / Homem Sem Memória (Brésil)
  • Casting : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy, Carla Mancini, Vittorio Fanfoni, Duilio Cruciani, Andrea Montuschi, Sergio Soldano, Duccio Tessari
  • Scénaristes : Roberto Infascelli, Bruno Di Geronimo, Duccio Tessari, Ernesto Gastaldi
  • Monteur : Mario Morra
  • Directeur de la photographie : Giulio Albonico
  • Compositeur : Gianni Ferrio
  • Chef Maquilleur : Mario Van Riel
  • Chef décorateur : Enzo Bulgarelli
  • Producteur : Luciano Martino
  • Sociétés de production : Dania Film
  • Distributeur : Hermès Films (1978)
  • Editeurs vidéo : Colombus (VHS, 1988 sous le titre Attention tueur) / Neo Publishing (DVD, 2008) / Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Dates de sortie vidéo : 1988 (VHS) / 14 janvier 2008 (DVD) / 17 février 2026 (DVD et blu-ray)
  • Box-office : 4 142 entrées (Paris-Périphérie)
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (à l'époque) ; 16 ans de nos jours
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Dania Film, Artus Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

L’homme sans mémoire (sorti au cinéma sous le titre La Trancheuse infernale) est un faux giallo réalisé sans éclat par un Duccio Tessari pantouflard.

Synopsis : À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Un “véhicule” pour Luc Merenda

Critique : A partir de 1973, le comédien français Luc Merenda rencontre un très beau succès en Italie grâce à quelques polars réalisés généralement par Sergio Martino (Torso, Rue de la violence aussi titré Police parallèle en action). Le tout était produit par la Dania Film, à savoir la compagnie de Luciano Martino. Ce dernier envisage donc de profiter de la récente notoriété du comédien pour monter sur son seul nom L’Homme sans mémoire (1974). Son idée est également de profiter du récent filon du giallo pour décrocher un nouveau succès au box-office.

Pour cela, il engage le cinéaste Duccio Tessari qui venait justement de s’illustrer dans le domaine du polar avec La mort remonte à hier soir (1970), un correct Un Papillon aux ailes ensanglantées (1971) et surtout le Big Guns – Les Grands fusils (1973) avec Alain Delon. Le réalisateur paraît un excellent choix d’autant qu’il connait déjà Luc Merenda et que les deux hommes s’entendent à merveille. Pour compléter le casting de ce qui devait être un produit commercialisable partout en Europe, Luciano Martino et Duccio Tessari engagent l’actrice autrichienne Senta Berger, ainsi que le grand acteur de théâtre Umberto Orsini. De quoi garantir une bonne tenue de l’ensemble de la distribution.

Ernesto Gastaldi au script, un gage de qualité ?

Enfin, en ce qui concerne le scénario, le travail est assuré par des pointures comme Roberto Infascelli, mais surtout Ernesto Gastaldi, passé maître en matière de script de polar noir. Visiblement peu intéressés par le genre du giallo baroque à la Mario Bava et Dario Argento, les auteurs livrent une intrigue très classique basée sur le quête de mémoire d’un amnésique pris dans un complexe écheveau qui l’amènera au cœur d’un trafic de drogue.

Ça a le goût du giallo, le style du giallo, des grands noms du giallo à son générique, mais ce n’est pas un giallo, contrairement à ce qui est souvent indiqué ! L’homme sans mémoire est en fait un polar mis en boîte par Duccio Tessari, cinéaste alors très à la mode, entre deux films avec Alain Delon (Big guns et Zorro). Cependant cette production sans envergure s’avère nettement inférieure à bon nombre de séries B italiennes de cette époque.

L'homme sans mémoire, Néo Publishing

© Dania Film, Neo Publishing. All Rights Reserved.

Une réalisation peu passionnante

La réalisation pantouflarde est moins travaillée, le style visuel plus épuré et le suspense relativement inopérant. Point de psychopathe sadique pour alimenter la tension comme dans la plupart des thrillers transalpins de cette période. On doit notamment se contenter d’un récit narcotique pas très passionnant, tout juste relevé par la séquence finale, assez sauvage, que l’on croirait issue du meilleur du giallo et même d’un pur film d’horreur, avec l’emploi d’une tronçonneuse. D’ailleurs, c’est cette unique séquence paroxystique qui explique l’utilisation du titre français La Trancheuse infernale par un distributeur désireux de surfer sur l’interdiction toujours implacable réservée au Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper .

Spectacle plaisant faute d’être vraiment de qualité, L’homme sans mémoire a au moins le mérite de nous replonger dans l’ambiance exquise du polar italien des années 70, avec ses musiques envoûtantes et ses interprètes d’un autre âge érotisés par les zooms d’une caméra unique. La partition de Gianni Ferrio est plutôt séduisante, tandis que les superbes paysages de la ville de Portofino font beaucoup pour animer un long métrage assez faible, mais qui saura plaire aux amateurs du bis rital, nostalgiques d’un cinéma populaire bien fichu à défaut d’être pleinement satisfaisant.

Jaquette de Attention tueur (Trancheuse infernale)

© Columbus 1988. All Rights Reserved.

La Trancheuse infernale, Attention tueur ou L’Homme sans mémoire, de quoi se perdre!

Joli succès en Italie, le long métrage s’est bien vendu dans le monde entier. Le film a été acheté sur notre territoire dès 1975 par CAA (le Consortium d’Achats Audiovisuels) pour une exploitation qui se fera progressivement, en Algérie et au Maroc. Il change trois fois de titre, passant de Puzzle, à L’homme sans mémoire puis La trancheuse infernale (sous-titré L’homme sans mémoire) pour sa programmation française, en 1978, par Hermès Films (Quand les abeilles attaqueront, Pendez-les par les pieds, Filles perdues d’EuroCiné). Le long métrage ne trouve alors que trois salles à Paris (le Cluny Palace, la Maxéville et Les Images) pour 4 142 spectateurs sur une seule semaine d’exploitation. Son histoire demeure obscure en France.

Toujours aussi mal servi en vidéocassette, le thriller à machination se retrouve au rayon VHS sous le titre Attention tueur en 1988 par l’éditeur Colombus.

Il a donc fallu attendre la galette DVD culte de chez Neo Publishing en 2006 pour que le long métrage retrouve le titre L’Homme sans mémoire, traduction littérale de l’italien, utilisé également en France en catimini. Il nous revient aujourd’hui dans une belle édition DVD / blu-ray chez Artus Films.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 15 mars 1978

Acheter le combo DVD / Blu-ray sur le site de l’éditeur

Affiche cinéma de L'homme sans mémoire

© Dania Film. All Rights Reserved.

Biographies +

Senta Berger, Rosario Borelli, Anita Strindberg, Luc Merenda, Duccio Tessari, Umberto Orsini

Mots clés

Cinéma bis italien, Giallo, La mémoire au cinéma, La drogue au cinéma, Polar italien des années 70, Artus Films

Test du blu-ray

Artus Films soigne cette édition blu-ray avec une copie fort plaisante et des bonus assez nombreux. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 4 / 5

Le film est proposé dans un joli boitier qui reprend l’esthétique des autres polars italiens édités par Artus. A l’intérieur, le digipack est illustré par la belle affiche italienne, mais aussi par le poster espagnol. Le tout contient les deux galettes DVD et blu-ray. En matière de suppléments vidéo, on dispose ici d’une longue présentation d’Olivier Père (42min) où le célèbre critique évoque la carrière de Duccio Tessari avec une belle hauteur de vue.

Loin d’être particulièrement élogieux, le critique démontre la versatilité d’un cinéaste qui n’a jamais cherché à faire « œuvre » mais qui fut un technicien avisé, et parfois franchement inspiré. On comprend rapidement qu’il ne tient pas en haute estime le film qu’il doit présenter, ce qui nous parait tout à fait juste puisque L’Homme sans mémoire est assez faible dans l’ensemble. Son intervention est en tout cas très précise et pleine d’anecdotes.

Jaquette de L'homme sans mémoire chez Artus

© Doria Films. Artus Films / Création graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

A cela, l’éditeur a ajouté des bonus plus anciens comme l’intervention du critique italien Fabio Metelli (21 min) auteur d’un livre sur Duccio Tessari et qui dit l’inverse d’Olivier Père, sans être particulièrement convaincant. En tout cas, son argumentation  pour prouver que Tessari est un auteur à part entière semble nettement plus fragile. Enfin, les amoureux de cinéma bis seront heureux de retrouver un ancien entretien avec Luc Merenda, tourné dans les années 2000 où le comédien dit du bien du cinéaste et de ses partenaires. Il insiste notamment sur ces années de bonheur pour lui, alors qu’il connaissait une grande notoriété en Italie, tandis qu’il demeurait inconnu en France. L’entretien est passionnant.

Enfin, il reste à consulter un diaporama et une bande-annonce.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Totalement restaurée en 2K, la copie proposée par Artus est tout bonnement splendide lorsqu’elle se déroule en plein jour. La définition est à couper au rasoir, les contrastes sont époustouflants donnant ainsi tout leur relief aux sublimes paysages liguriens. Cependant, dès que les ténèbres s’emparent de l’écran, quelques pixels s’invitent par paquets, notamment sur les murs du fond. Ces moments plus disgracieux sont heureusement fort rares et ne dénaturent qu’une minute ou deux sur la totalité d’un film magnifiquement restauré.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Là encore, la restauration est quasiment impeccable, avec un mono très agréablement équilibré en VO (stf), tandis que la version française est plutôt bien doublée. Par contre, la musique sature de temps à autre sur la VF, alors que la VO demeure impeccable de bout en bout. On vous la conseille donc en priorité.

Test blu-ray : Virgile Dumez

L'Homme sans mémoire, jaquette 2D

©Dania Films, Artus Films / Création graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Trailers & Vidéos

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Affiche cinéma de L'homme sans mémoire

Bande-annonce américaine de L'Homme sans mémoire (VA)

Policier, Thriller, Giallo

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