La mort remonte à hier soir : la critique du film (1973)

Policier, Drame | 1h38min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
La mort remonte à hier soir, l'affiche

  • Réalisateur : Duccio Tessari
  • Acteurs : Frank Wolff, Gabriele Tinti, Raf Vallone, Eva Renzi, Marco Mariani, Beryl Cunningham
  • Date de sortie: 08 Mar 1973
  • Nationalité : Italien, Allemand
  • Titre original : La morte risale a ieri sera
  • Titres alternatifs : Death Occurred Last Night (titre international) / Das Grauen kam aus dem Nebel (Allemagne) / Asesinada ayer (Espagne) / Aconteceu a noite passada (Portugal) / Os Assassinos Só Matam aos Sábados (Brésil)
  • Année de production : 1970
  • Autres acteurs : Gillian Bray, Gigi Rizzi, Checco Rissone, Wilma Casagrande
  • Scénariste : Biagio Proietti
  • D'après le roman Les Milanais tuent le samedi de Giorgio Scerbanenco
  • Monteur : Mario Morra
  • Directeur de la photographie : Lamberto Caimi
  • Compositeur : Gianni Ferrio
  • Chef maquilleur : Franco Palombi
  • Chef décorateur : Enrico Tovaglieri
  • Directeur artistique : Enrico Tovaglieri
  • Producteur : Artur Brauner
  • Producteur exécutif : Giuseppe Tortorella
  • Sociétés de production : Central Cinema Company Film, Filmes Cinematografica, La Lombard Filmes Cinematografica
  • Distributeur : Mondial Films
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : Elephant Films (DVD et blu-ray, 2023)
  • Date de sortie vidéo : 31 octobre 2023
  • Budget : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : entrées / entrées
  • Box-office nord-américain / monde : -
  • Classification : Interdiction aux -12 ans
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleur / Son : Mono
  • Festivals : -
  • Nominations : -
  • Récompenses : -
  • Illustrateur/Création graphique : © Elysée Editions (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Minerva Pictures. All Rights Reserved. Tous droits réservés.
  • Attachés de presse : -
  • Tagline : Un Raf Vallone fracassant!
Note des spectateurs :

A la fois film social et tragédie sordide, La mort remonte à hier soir propose une vision très sombre de la société italienne des années de plomb. Malgré une première partie poussive, le drame s’avère puissant en bout de course.

Synopsis : Un inspecteur de la police enquête sur la disparition d’une jeune femme de 25 ans, fille d’un veuf solitaire. Lorsqu’elle est retrouvée morte, une course contre la montre commence : le policier doit résoudre le crime avant que le père de la jeune femme se fasse justice lui-même…

Une visite des bas-fonds milanais

Critique : Dès la fin des années 60, le romancier Giorgio Scerbanenco, parfois considéré comme le Simenon italien, est adapté au cinéma, notamment par le réalisateur Fernando Di Leo qui en tire La jeunesse du massacre (1969), puis Milan calibre 9 (1972) et Passeport pour deux tueurs (1972), tandis qu’Yves Boisset livre un Cran d’arrêt (1970) très tendu. Le romancier qui a réussi à décrire la ville de Milan comme un repaire de brigands continue ici son exploration des recoins sombres de la capitale lombarde avec Les Milanais tuent le samedi publié en 1969 et qui reprend la figure centrale de l’inspecteur Lamberti déjà vue dans La jeunesse du massacre.

Le scénariste Biagio Proietti dispose donc d’une base narrative solide pour construire le scénario de La mort remonte à hier soir (1970) qui suit une trajectoire parfaitement linéaire. Le spectateur est d’abord invité à suivre l’enquête de l’inspecteur Lamberti (très bon Frank Wolff) et de son adjoint (efficace Gabriele Tinti) afin de retrouver une jeune fille handicapée mentale qui semble avoir été enlevée par un réseau de prostitution. La première partie du film, un peu languissante il faut bien l’avouer, nous permet de visiter tous les lieux interlopes de Milan, avec son lot de boites, de maisons de prostitutions et d’espaces glauques.

Des personnages humains, trop humains…

Pour le réalisateur Duccio Tessari, c’est aussi l’occasion de livrer un commentaire social assez désolant. Ainsi, le cinéaste décrit avec beaucoup d’empathie les classes laborieuses et même les prostituées, tandis qu’il réserve ses coups de griffes aux nantis, bien dissimulés derrière leur respectabilité, mais qui n’en sont pas moins complices des agissements des bandits. Ainsi, le père de la disparue (magnifique Raf Vallone, à la prestation vraiment remarquable) n’est qu’un petit employé de bureau et les policiers sont aussi décrits comme des fonctionnaires qui sont là pour limiter la casse dans une société qui va mal.

La mort remonte à hier soir, jaquette blu-ray

© Minerva Pictures / Jaquette : Elysée Editions pour Elephant Films. Tous droits réservés.

Si La mort remonte à hier soir n’est pas à proprement parler un film politique, il développe en tout cas une conscience sociale qui ne peut laisser indifférent. Certes, Duccio Tessari n’échappe pas aux tentations voyeuristes du cinéma d’exploitation italien de l’époque et il semble se régaler à dénuder ses actrices dès qu’il le peut. Le milieu de la prostitution offre en cela un terrain propice aux effeuillages en tout genre. Toutefois, le cinéaste ne porte pas de jugement moral sur ses personnages. Le père est avant tout une figure tragique, tandis que le duo de policiers échappe au cliché des durs à cuire puisque le script leur octroie une humanité bienvenue.

Un poliziottesco qui est avant tout une tragédie sociale

Le long-métrage bénéficie surtout d’une deuxième partie bien plus réussie et motivante. Lorsque les policiers finissent par découvrir le cadavre de la jeune fille – ce qui n’est pas un spoiler puisque le titre prévient à l’avance le spectateur – la traque parallèle menée par les deux policiers et le père se révèle bien plus intéressante. La résolution de l’énigme indique clairement que la menace n’est pas toujours extérieure et que le crime peut s’insinuer dans le quotidien, prenant les atours de la familiarité. Il est parfois inutile de chercher très loin le coupable quand il est si directement lié à la victime.

Lorsque le père découvre la vérité, sa réaction très violente n’est aucunement montrée comme un exemple, tel dans les films de vengeance qui suivront le très réactionnaire Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974). Ici, Duccio Tessari filme plutôt la tragédie d’un homme brisé qui, trouvant par hasard les coupables, déchaîne sa haine au point d’en perdre la raison. Lorsque les policiers interviennent enfin, il est trop tard et la dernière séquence, absolument brillante, signifie que tout le monde sort perdant d’un tel désastre humain. Dès lors, la violence n’est pas utilisée comme un exutoire, mais bien décrite comme une tragique impasse.

La mort remonte à hier soir mérite le coup d’œil

Réalisé caméra à l’épaule, La mort remonte à hier soir appartient à ces œuvres réalistes qui entendent prendre le pouls d’une société malade. Cela peut passer pour une trop grande rapidité d’exécution, mais cette forme dynamique octroie aussi au long-métrage un caractère d’urgence qui sied à son sujet. Doté d’une musique de Gianni Ferrio mixée de manière volontairement agressive par Duccio Tessari, La mort remonte à hier soir vaut donc mieux que sa première demi-heure un peu poussive et s’avère être un poliziottesco de bonne tenue, finalement à la lisière du film d’auteur par son regard pessimiste, voire nihiliste, sur la société italienne de la fin des années 60.

Sorti en mars 1973 en France, La mort remonte à hier soir ne semble pas avoir fait d’étincelles au box-office français. Mais nous n’en avons pas les chiffres. Toutefois, il trouve a priori tout d’abord trois salles à Paris et dans sa périphérie le 8 mars 1973 : l’Amiral, le Berthier et le Roissy.

D’autres films de genre jalonnent cette semaine, comme Les âmes damnées du Rio Chico de Paolo Solvay, La furie des Kyver de Luis Merino, Dunwich Horror de Roger Corman, L’amour en doses d’Omiros Efstratiadis, La dialectique, peut-elle casser des briques ? de Ngai Hong, le nanar franchouillard de Jacques Besnard avec Serrault et Galabru La belle affaire, le Max Pécas Je suis frigide pourquoi ?, la production Eurociné Pigalle carrefour  des illusions, mais aussi, hors du cinéma de genre, la réalisation de Jean-Louis Trintignant Une journée bien remplie, le Pietro Germi Alfredo Alfredo

Sur plus de 546 films exploités à Paris en 1973, il s’agit de l’un d’une vingtaine de titres à ne pas avoir rapporté ses entrées. Elles demeurent inconnues.

La mort remonte à hier soir n’a pas été exploité ensuite en vidéo. Il a donc fallu attendre la sortie en DVD et blu-ray chez Elephant Films pour (re)découvrir cette œuvre plutôt valeureuse, d’autant que la copie proposée est de bonne qualité. Il s’agit d’une bonne pioche au cœur de cette collection inégale, mais ô combien passionnante à parcourir.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 7 mars 1973

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La mort remonte à hier soir, l'affiche

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Biographies +

Duccio Tessari, Frank Wolff, Gabriele Tinti, Raf Vallone, Eva Renzi, Marco Mariani, Beryl Cunningham

Mots clés

Poliziottesco, Milan au cinéma, La prostitution au cinéma, Les rapports père-fille au cinéma 

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La mort remonte à hier soir, l'affiche

Bande annonce blu-ray de La mort remonte à hier soir (VOstf, HD)

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