Cartouche : la critique du film (1962)

Comédie dramatique, Aventures | 1h54min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche (réédition) de Cartouche de Philippe de Broca

Première collaboration de Philippe de Broca et Jean-Paul Belmondo, Cartouche est globalement une réussite du film de cape et d’épée français malgré une première partie conventionnelle.

Synopsis : Révolté par la tyrannie de Malichot, le chef de la truanderie, un jeune et habile voleur nommé Dominique brave son autorité. Il sauve sa vie en s’engageant, sous le nom de Cartouche, dans l’armée, où il se lie d’amitié avec La Taupe et La Douceur. Mais les aléas de la gloire militaire conviennent mal au trio qui déserte après s’être emparé de la solde du régiment. Revenu au repaire de Malichot en compagnie d’une charmante bohémienne appelée Vénus, Dominique distribue son butin aux truands qui aussitôt l’acceptent comme chef…

Cartouche de Philippe de Broca avec JP Belmondo

© 1962 / StudioCanal – TF1 DA – Vide S.A.S. (Italie) – Tous droits réservés

Un projet ambitieux dans la lignée de Fanfan la Tulipe

Critique : Le cinéma français des années 60 a produit de nombreux films d’aventures historiques, généralement médiocres, concoctés par des tâcherons au service de vedettes comme Jean Marais, Gérard Barray ou Michèle Mercier, et comprenant des bandes aussi ternes que Le Capitan (André Hunebelle, 1960) ou Le Chevalier de Pardaillan (Bernard Borderie, 1962), sans parler de la kitchissime série des Angélique (1964-68). On était loin de la réussite des films de cape et d’épée hollywoodiens signés Michael Curtiz ou Richard Thorpe, ou de l’inspiration d’un Riccardo Freda à Cinecittà. L’ambition des producteurs de Cartouche était toute autre : ils souhaitaient réitérer le succès public et critique de Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), sorti dix ans plus tôt, et qui mêlait qualité d’écriture et de mise en scène tout en ayant un potentiel populaire.

Edition vidéo de Cartouche 2019 (Belmondo)

© 1962 / StudioCanal – TF1 DA – Vide S.A.S. (Italie) – Tous droits réservés

Le jeune réalisateur auquel le projet fut confié, Philippe de Broca, s’était jusque-là fait remarquer par des comédies subtiles coécrites avec Daniel Boulanger : les deux hommes sont ici à nouveau réunis, en compagnie de Charles Spaak, vétéran du cinéma hexagonal, qui a tout même écrit le récit de La Grande illusion de Renoir… Autant dire que Cartouche visait haut, d’autant plus que le gratin d’un cinéma de qualité était convoqué, mêlant l’ancienne et la nouvelle génération : le directeur de la photo Christian Matras (Lola Montès), la créatrice de costumes Rosine Delamare (Madame de…), le compositeur Georges Delerue, pilier de la Nouvelle Vague, sans oublier un casting impérial allant du vétéran Marcel Dalio (La Règle du jeu) à Jean-Paul Belmondo, qui venait d’être l’interprète mythique d’À bout de souffle, en passant par la star italienne Claudia Cardinale. L’erreur des producteurs a été de penser que la somme de ces individualités créerait forcément une œuvre éblouissante sur toute sa durée.

Cartouche regorge de moments de grâce et de bravoure dans sa seconde partie seulement

Or, la première heure a l’allure d’un pétard mouillé, recyclant les recettes narratives des récits de Robin des Bois ou d’Artagnan, et peinant à insuffler un véritable rythme, malgré la débauche de moyens, le caractère mouvementé des péripéties et l’agitation des personnages : les cascades réglées par le maître d’armes Claude Carliez, la gouaille de Jean-Paul Belmondo ou la trogne de Noël Roquevert ne suffisent pas à capter l’attention, tant les effets comiques plombent le film qui peine alors se distinguer de la plupart des divertissements familiaux concoctés pour le public de l’époque. On pourra aussi être agacé par la superficialité avec laquelle les auteurs évoquent le contexte historique, à savoir la pauvreté du peuple sous l’Ancien Régime. Toutefois, les qualités réelles du métrage se dévoilent dès sa seconde partie : le ton est plus sombre (on y évoque frontalement l’angoisse de la mort, l’illusion amoureuse), certaines séquences (le marquage au fer d’un traître) s’avèrent rétrospectivement audacieuses, et le film ne manque pas de réels moments de grâce, comme ce marivaudage nocturne entre le bandit et Isabelle de Ferrussac.

Philippe de Broca et Daniel Boulanger (par ailleurs dialoguiste hors pair) témoignent ici d’une inspiration qui culminera avec L’Homme de Rio, réalisé deux ans plus tard. Enfin Cartouche outre un acteur principal au sommet de son talent permettra d’apprécier ces nombreux seconds rôles qui ont toujours donné une plus-value aux films français : c’est notamment le cas de Jess Hahn en molosse au cœur tendre, Lucien Raimbourg en maréchal gâteux, Jacques Charon en colonel précieux, Pierre Repp en adjoint naïf ou Madeleine Clervanne en chaperonne austère. On pourra par contre être déçu par la présence décorative de Claudia Cardinale, seulement utilisée pour son ravissant minois, et qui se fait aisément voler la vedette par la classieuse Odile Versois.

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 23 octobre 2019

Affiche originale de Cartouche de Philippe de Broca

Copyright Les Films Ariane, Filmsonor Marceau, Mondex Films

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Affiche (réédition) de Cartouche de Philippe de Broca

Bande-annonce de Cartouche

Comédie dramatique, Aventures

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