Armaguedon : la critique du film (1977)

Policier, Thriller | 1h35min
Note de la rédaction :
7/10
7
Armaguedon, l'affiche

  • Réalisateur : Alain Jessua
  • Acteurs : Alain Delon, Renato Salvatori, Jean Yanne, Michel Duchaussoy, Gabriel Cattand, Michel Creton, Robert Dalban, Claudine Berg
  • Date de sortie: 16 Mar 1977
  • Nationalité : Français, Italien, Belge
  • Scénario : Alain Jessua, d'après le roman de David Lippincott
  • Producteur : Alain Delon, Norbert Saada (producteur exécutif)
  • Musique : Astor Piazzolla
  • Distributeur : AMLF
  • Editeur vidéo VIP (VHS), Carrere Vidéo (VHS), Studiocanal (DVD)
  • Sortie vidéo (DVD) : 20 octobre 2009
  • Box-office France / Paris-périphérie : 716 098 entrées / 263 628 entrées
  • Crédits affiche : © 1977 Studiocanal Image - Filmes S.P.A. (Italie) / Illustration : René Ferracci © ADAGP Paris, 2019. Tous droits réservés.
  • Illustrateur : René Ferracci
Note des spectateurs :

Œuvre atypique dans la filmographie de Delon, mais très cohérente dans celle d’Alain Jessua, Armaguedon est un thriller inégal, mais audacieux dans son propos, traversé de quelques belles fulgurances. A réévaluer !

Synopsis : Louis Carrier, un artisan, sombre dans la mégalomanie. Avec l’aide d’un simple d’esprit, Einstein, il projette de faire exploser une bombe lors d’une émission télévisée. L’inspecteur Vivien fait appel à un psychanalyste pour traquer Carrier.

Une nouvelle collaboration entre Delon et Jessua après Traitement de choc

Critique : Alors qu’ils ont rencontré un bel accueil de la part du public avec l’horrifique et étrange Traitement de choc (1973), le cinéaste Alain Jessua et l’acteur producteur Alain Delon décident de remettre le couvert quelques années plus tard avec un sujet tout aussi azimuté. Cette fois-ci, Jessua adapte le roman The Voice of Armageddon de David Lippincott, qui évoque la traque d’un psychopathe par la police, aidée d’un psychiatre.

Afin d’être entouré de collaborateurs fidèles, Jessua fait donc appel à Jean Yanne qu’il avait déjà dirigé dans La vie à l’envers (1964) pour incarner le déséquilibré mental, mais aussi à Michel Duchaussoy à qui il avait offert un rôle essentiel de Jeu de massacre (1967), pour interpréter le commissaire en charge de l’affaire. Le tout est chapeauté par Alain Delon, déjà à l’affiche de Traitement de choc (1973). Cette fois pourtant, les choses ne se passent pas nécessairement au mieux avec la star qui refuse certains choix du réalisateur.

Un film qui brouille la frontière du Bien et du Mal

Effectivement, Armaguedon place au centre de l’intrigue le personnage incarné par Jean Yanne afin d’en adopter le point de vue. Le psychiatre incarné par Delon n’est donc jamais moteur de l’action et se contente finalement d’observer les conséquences des meurtres commis par Yanne. Le but était initialement de rapprocher les deux hommes et d’amener le personnage du psychiatre à comprendre le point de vue du psychopathe. Malheureusement, cette accointance n’est ici que suggérée car Alain Delon semble avoir refusé de s’aventurer sur ce terrain jugé glissant, ce qui est bien dommage.

Car le plus intéressant dans le film vient justement de ce glissement de point de vue qui oblige le spectateur à prendre peu à peu fait et cause pour un protagoniste pourtant déséquilibré, mais finalement victime d’une société de la communication qui ne se soucie guère des individus. En cela, Jessua critique déjà le poids des mass media sur l’opinion publique, ce qui se révèle très pertinent et en avance sur son temps. Rêvant en quelque sorte de son quart d’heure de célébrité, le personnage d’Armaguedon est avant tout un homme en mal d’écoute, un déclassé qui se sent rejeté par un monde dont il ne comprend plus les codes. Cela le rend assez attachant, voire pathétique sur la fin du film.

Une petite dose d’impertinence, une pincée de perversité

Assez proche dans ses développements de Peur sur la ville (Verneuil, 1975), Armaguedon n’en possède pas l’efficacité brute, mais propose un discours plus pernicieux, ainsi que quelques séquences bien perverses comme ce double meurtre par électrocution d’un couple en train de copuler. On se croirait alors plongé en plein bis italien, ce qui est plutôt un compliment. Il faut enfin signaler l’excellence de l’interprétation de Jean Yanne, mais aussi celle de Renato Salvatori, assez touchant en simple d’esprit. Alain Delon, lui, paraît davantage décalé et ne parvient pas vraiment à trouver le ton juste. Il est clairement le grand perdant de cette œuvre singulière, injustement démolie par la presse à sa sortie.

Pari risqué, Armaguedon est un film cher, de plus de 10 millions de francs, quand Traitement de choc ! en avait coûté à peine 1 500 000. Cette coproduction franco-italienne, au tournage de 13 semaines, refuse le décor pour un tournage itinérant : Paris, Nice, Londres, Rome, Ostende, Calais, Marignane, le Nord de la France… Jessua a tourné dans plus de 150 lieux à l’époque… Malheureusement, malgré ces efforts, le grand public n’a pas vraiment suivi puisque le film n’a réuni que 716 098 spectateurs sur toute la France, un cuisant échec pour une œuvre avec Alain Delon en tête d’affiche. Le film a sans aucun doute désarçonné le public puisque la star n’est pas au cœur de l’intrigue. Pourtant, ce sont ces longs-métrages originaux qui permettent aujourd’hui de valoriser la carrière de Delon, encore capable de produire des films à risque à une époque où il aurait pu enchaîner les polars lambda. Ce qu’il finira par faire au début des années 80.

Le saviez-vous?

  • Armaguedon est sorti le même jour que Bilitis de David Hamilton et Network de Sidney Lumet. Mais aussi Fantaisie pour couples, Comme sur des roulettes et Fin du monde...
  • David Hamilton réussira à faire le double des entrées d’Armaguedon, malgré une interdiction aux moins de 18 ans. Son classique érotique rassembla 1 427 155 spectateurs quand Armaguedon échoua à 716 098 entrées, malgré son budget et ses stars…

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Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 mars 1977

Armaguedon, l'affiche

© 1977 Studiocanal Image – Filmes S.P.A. (Italie) / Illustration : René Ferracci © ADAGP Paris, 2019. Tous droits réservés.

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