Les Commitments (The Commitments en vidéo) est l’une des grandes œuvres cultes des années 90, par Alan Parker qui revenait alors aux sources de sa passion pour la musique tout en se démarquant de l’esthétique ultra-stylisée du reste de sa filmographie.
Synopsis : Jimmy Rabbitte sait qu’il est le meilleur manager au monde…il lui manque juste un groupe! Il lance alors une grande audition pour recruter 10 des plus talentueux (et inexpérimentés) musiciens de Dublin. Son but : créer le plus grand groupe de soul irlandaise au monde.
The Commitments un film britannique fondateur
Critique : Après l’échec du mélodrame historique Bienvenue au paradis, Alan Parker a besoin de se ressourcer. Pour cela il repart au Royaume-Uni, voire même en République d’Irlande, pour ériger un jalon faussement intimiste dans sa carrière tant Les Commitments est tonitruant et drôle. Le succès du feel good movie est phénoménal outre-Manche et préfigure toute une lignée de films du même genre comme la trilogie Sing Street, New York Melody et Once de John Carney, ou encore récemment Yesterday de Danny Boyle.
Avec un sens de la réalisation et une volonté de capter le réalisme gris des décors du Dublin populaire de la fin des années 80, sans aucun chichi esthétique, Alan Parker adapte la gouaille irrésistible de l’œuvre de Roddy Doyle. Ce dernier venait effectivement d’éditer avec succès The Commitments, petit roman tout frais (1988) au succès conséquent. L’écrivain retrouvera ses mêmes personnages adaptés à l’écran par Stephen Frears, très inspiré avec les comédies à faible budget, The Snapper (1993) et The Van (1996). Le succès est tel que Harvey Weinstein essaiera en vain de monter une suite aux Commitments au début des années 2000. Mais l’Irlandais Doyle, touché par la grâce avec sa trilogie de Barrytown, qui s’articule autour d’une famille de la classe ouvrière des Rabbittes (le fils manager du groupe dans le film), n’a aucunement envie de voir son projet décliné en sequel.
Alan Parker signe une comédie indépendante dans le son et l’image
Doyle a coécrit le scénario des Commitments et ne peut se sentir trahi par Alan Parker, dont les monuments, Pink Floyd the Wall, Birdy ou Midnight Express font de lui un maître vénérable et alors vénéré. Si le ton est moins comique que celui de son roman, la légèreté est de mise. Alan Parker a trouvé le ton, l’énergie et l’effervescence chez des protagonistes. Il a mis tout son cœur à faire passer des essais à toute la jeunesse irlandaise qui souhaitait se prêter au jeu du casting, avec une bienveillance qui est l’une de ses marques de fabrique.
L’histoire sociale de ce Dublin ouvrier porte les gênes de toute la société anglo-saxonne par extension. L’histoire est connue et renvoie à celles des formations qui font le British Top Forty, et on pense même à un certain Bohemian Rhapsody, qui s’est aussi beaucoup servi dans The Commitments, la fraîcheur indépendante en moins, pour mettre en place l’histoire de Freddie Mercury à l’écran. Car le film musical de Parker, de par son budget correct sans déborder, ses images et ses prises de son un peu crues, revêt l’authenticité de la souche indépendante britannique.
Tout l’ADN anglo-saxon dans la rock attitude
Aussi, au début du film, le personnage de Jimmy Rabbitte, manager en devenir, constitue le groupe qu’il veut porter au sommet. Pour cela il forge un casting (voir le clin d’œil de Danny Boyle, lors de la quête du colocataire dans Petits meurtres entre amis, 1994). Les membres de la formation, comme les notes et les instruments, s’accordent, puis se fendent dans la discorde, mais toujours dans la bonne humeur. Tout un pan culturel des Britanniques qui ont dans leur ADN ce ciment musical est exalté. La scolarité des jeunes locaux dispensent des heures musicales essentielles à cette culture quand la France initie vaguement ses écoliers et collégiens à la flûte.
Mais que font les Français ?
Les Commitments feront-ils aussi fort que U2 ou Sinead O’Connor, gloires irlandaises de la fin des années 80 ? La question traverse l’esprit des protagonistes bien ancrés dans leur époque malgré leur goût pour la soul en hommage à la musique noire américaine des années 60. Du black voicing avant l’heure ? Non, un hommage aux maîtres de la musique soul qui va à contre-courant de la musique indépendante qui triomphait localement au Royaume-Uni.
On ne s’étonnera donc pas trop de la réaction relativement indifférente des Français à l’issue de l’été 1991 quand le film émerge sur nos écrans. Quand le Royaume-Uni et les USA sont sous le charme de ces personnalités fêlées, la jeunesse française fera des Commitments un petit succès d’estime. Les sorties VHS permettront ensuite d’en louer le culte.
Après quelques sorties en vidéocassettes et en DVD, Metropolitan FilmExport exhume le film en février 2021 et propose une édition vidéo, blu-ray et DVD, malheureusement loin de l’édition collector américaine de RLJ Entertainment, au niveau des bonus qui sont un peu chiches. Encore une fois, même si la musique des Commitments a plutôt bien fonctionné dans notre Top Album au début des années 90, tout cela illustre bien l’océan qui sépare nos peuples.
Les sorties de la semaine du 28 août 1991
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