Birdy : la critique du film (1985)

Drame, Guerre | 2h00min
Note de la rédaction :
10/10
10
Birdy, affiche du film d'Alan Parker

  • Réalisateur : Alan Parker
  • Acteurs : Nicolas Cage, Matthew Modine, John Harkins, Sandy Baron
  • Date de sortie: 15 Mai 1985
  • Nationalité : Américain
  • Année de production : 1984
  • Scénaristes : Sandy Kroopf, Jack Behr, d'après le roman Birdy de William Wharton
  • Directeur de la photographie : Michael Seresin
  • Compositeur : Peter Gabriel
  • Distributeur : Tri-Star
  • Editeur vidéo : Gaumont Columbia RCA Vidéo (VHS) / Gaumont Columbia TriStar Home Vidéo (DVD) / Sony Pictures (DVD et blu-ray)
  • Budget : 12 M$
  • Box-office USA : 1,4 M$
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 520 237 entrées / 362 317 entrées
  • Récompenses : Grand prix du Jury (Festival de Cannes 1985)
  • Format : 1.85 : 1 / Son : Dolby Stéréo
  • Classification : Tous publics avec avertissement
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 4/5]

Brillante dénonciation des horreurs de la guerre et émouvante histoire d’amitié, Birdy est un magnifique poème cinématographique aux images marquantes. Un must des années 80.

Synopsis : Deux amis d’enfance reviennent de la guerre du Viêt-nam marqués à jamais : Birdy entame un long séjour à l’hôpital et ne sort plus de son mutisme. Prostré, isolé, il passe des heures à fixer le ciel et à rêver de pouvoir voler comme un oiseau. Son ami Al, qui a perdu son visage dans cette guerre, décide alors d’entrer dans son jeu pour l’aider à s’évader…

Birdy : un film d'Alan Parker sous avertissements

© Tous droits réservés.

Portrait d’une jeunesse américaine fracassée par le Vietnam

Critique : Alan Parker sort tout juste du succès mérité de Pink Floyd, The Wall (1982) lorsqu’il décide d’adapter aux Etats-Unis un roman de William Wharton contant le traumatisme des soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale. Afin de coller davantage à son époque, le cinéaste transpose l’intrigue au sortir de la guerre du Vietnam, faisant du film une magnifique métaphore de la perte de l’innocence de l’Amérique, confrontée pour la première fois de son histoire à un échec militaire cinglant. Au sujet de la folie des protagonistes, le cinéaste, à Cannes, en 85, préfère parler de folie.

« Birdy n’est pas un film sur la folie. C’est un film sur une obsession. Les garçons ne sont pas fous, c’est le monde autour d’eux qui est fou. Et le psychiatre bien sûr, est le méchant. Il est l’autorité aveugle, l’esprit des institutions. (…) Birdy n’est pas un film sur la guerre. C’est un film sur toutes les guerres. » (Alan Parker, Le Film Français, Mai 1985)

Dans la continuité de son œuvre précédente, le réalisateur britannique traite de l’enfermement d’un homme dans sa folie – le mur de sa cellule évoque celui présent sur la pochette de l’album du Pink Floyd – mais aussi l’horreur de la guerre et un antimilitarisme fortement prononcé. Ainsi, les deux héros sont des jeunes idéalistes qui ont peine à sortir de leurs rêveries adolescentes, mais la violence d’une guerre impitoyable va les ramener à une réalité douloureuse que l’un d’entre eux fuit dans une folie finalement confortable.

 

Des images et une musique marquantes

Tout comme les Etats-Unis d’alors, les deux protagonistes sont blessés et marqués à vie par cette expérience traumatisante. Pourtant, loin de marteler son message, Parker s’attache avant tout à décrire une amitié touchante entre deux êtres singuliers. S’entourant des meilleurs techniciens, il déploie un savoir-faire formel extraordinaire, faisant de Birdy (1984) un kaléidoscope de sons et d’images marquantes.

La photographie de Michael Seresin alterne ainsi les tons chaleureux pour conter l’adolescence heureuse avec les couleurs froides de la cellule. A l’aide de nouvelles caméras virevoltantes (la skycam), Parker filme l’envol métaphysique de l’oiseau, nous entraînant à sa suite comme dans un trip à l’acide. Ces séquences sont d’autant plus remarquables qu’elles sont accompagnées par la transcendantale musique de Peter Gabriel – ex-chanteur du groupe de rock progressif Genesis. Mêlant ambiances planantes et rythmes africains, le compositeur recycle en fait des thèmes déjà entendus dans ses albums en solo (le troisième et le quatrième). Pour autant, on a la curieuse impression que cette musique a été créée pour le film.

Deux acteurs magnifiques pour un Grand Prix du jury au festival de Cannes

Enfin, cette œuvre poétique d’une rare puissance évocatrice ne serait rien sans l’investissement complet des deux interprètes principaux : alors inconnus, Nicolas Cage et Matthew Modine livrent une prestation impressionnante. Le premier fait passer tous les sentiments de son personnage malgré les pansements qui dissimulent une partie de son visage, tandis que le second est d’un mutisme des plus convaincants. Si l’on ajoute à tout ceci une fin originale et totalement déstabilisante, à mille lieues du mélodrame attendu, on comprend mieux l’obtention du Grand Prix du jury à Cannes en 1985 et le culte dont ce métrage bouleversant fait l’objet.

Sorti sans succès aucun aux Etats-Unis, Birdy a démontré que le cinéma d’Alan Parker touchait décidément le public français. Porté par le formidable écho cannois et une magnifique affiche, le long-métrage a connu une carrière sur la durée avec plus de 1,5 million de spectateurs sur tout le territoire national se hissant à la 28ème marche du podium annuel.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 15 mai 1985

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Birdy, affiche du film d'Alan Parker

© 1984 TriStar Films. Tous droits réservés

Box-office :

Birdy est sorti durant le festival de Cannes dans seulement 13 salles à Paris-Périphérie, loin des 36 écrans du film de dinosaure de Disney, Baby le secret de la légende oubliée, des 30 écrans du Retour des morts vivants, des 34 écrans de Rendez-vous de Téchiné, ou même des 21 cinémas du film sur Fred Astaire, That’s Dancing. En fait, des nouveautés de la huitaine, seul Mishima de Schrader disposait de moins d’écrans (9). Dans ce contexte, le premier jour est discret (4 866), très loin derrière ceux de Téchiné (13 727) et de la parodie du film de zombies (11 032).

En première semaine, Birdy suprend. Certes, il est 7e du classement, mais au milieu de productions qui bénéficient d’un parc de 23 à 48 écrans. Avec 39 817 entrées, il fait salle comble, sans pour autant profiter du Grand Prix du Jury Cannois qui lui a été attribué en fin de sa première semaine. En province, présent dans 13 des 15 villes clés, il se hisse contre toute attente en 3e place, derrière Rendez-vous et de l’éternel numéro 1 Terminator de James Cameron.

Les puristes apprécieront de revenir sur les écrans le diffusant sur Paris : le Marignan Pathé, le Montparnasse Pathé, le Français Pathé, le Hautefeuille Pathé, le Forum Cinémas, le Nation, les Fauvettes, le Mistral, les Parnassiens, le Gaumont Convention et le Paramount Maillot. Seuls deux sites le diffusent alors en banlieue.

En deuxième semaine, alors que déboulent Harisson Ford dans Witness et Coluche dans Le fou de guerre, Birdy gagne un écran et 3 places sur Paname. Sa fréquentation est stable (36 642). On entre en période creuse pour l’exploitation. En province, le film cannois grimpe en 2e place sur les 13 marchés d’importance. Un bel exploit au vu de la chute annuelle dans la fréquentation.

 

La 3e semaine le voit chuter doucement à 26 094 entrées, face au succès de Witness et de La rose pourpre du Caire de Woody Allen. Peu importe. Birdy dépasse les 100 000 entrées et les exploitants ont confiance. Le drame d’Alan Parker est passé à 19 écrans. Birdy deviendra l’un des grands films d’auteur de l’été, le sleeper qui multipliera par 10 ses entrées d’investiture quand d’autres films peinent à doubler la mise de départ.

21 272 entrées en 5e semaine, 29 822, 21 588, 15 168, 10 730… Birdy n’a aucun complexe. En 11e semaine, fin juillet 1985, l’envol se poursuit avec une stabilité épatante (9 796). Fin de l’été, Alan Parker est toujours là. Lui qui était resté 7 ans à l’affiche avec Midnight Express, jouit de 6 362 oisillons en 16e semaine, pour un total de 267 955, dépassant ainsi Brazil, de Terry Gilliam, son homologue britannique qui en est à sa 28e semaine parisienne.

En fin d’année, en 32e semaine, Birdy atteindra les 304 000 entrées dans 1 salle (le Quintette Pathé, 983 tickets). Le classique d’Alan Parker tiendra 187 semaines et se résignera à s’envoler définitivement en décembre 88, soit plus de trois ans après sa sortie. Epatant.

Frédéric Mignard

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Birdy, affiche du film d'Alan Parker

Bande-annonce de Birdy (VO)

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