Pink Floyd – The Wall : la critique du film (1982)

Drame, Musical | 1h35min
Note de la rédaction :
10/10
10

  • Réalisateur : Alan Parker
  • Acteurs : Bob Geldof, Christine Hargreaves, Bob Hoskins
  • Date de sortie: 14 Juil 1982
  • Nationalité : Britannique
  • Distributeur : Cinema International Corporation (CIC)
  • Éditeur vidéo : Sony Music Video (DVD)
  • Musique : Pink Floyd (Roger Waters, David Gilmour)
  • Dessins et animation : Gerald Scarfe
  • Box-office France / Paris : 2 731 409 entrées / 418 018 entrées
  • Box-office USA : 22,2 M$
  • Budget : 12 M$
  • Festival : Sélection Festival de Cannes 1982

Totalement visionnaire, cet opéra-rock mêle harmonieusement délire visuel et musique déchirante dans une célébration bouleversante de la dépression. D’une puissance rarement égalée.

Synopsis : Une star du rock s’enferme dans sa chambre d’hôtel durant une tournée. Particulièrement dépressif, Pink se souvient de son passé et commence à mélanger souvenirs réels et fantasmés au point de sombrer dans la folie.

Critique : En 1979, le quatuor anglais du Pink Floyd accouche d’un double album extraordinaire qui connaît un succès immédiat dans le monde entier. Les fans de la première heure sont en revanche déstabilisés par ces deux galettes qui privilégient les morceaux courts et chantés alors que le groupe est plutôt connu pour ses digressions musicales d’un bon quart d’heure. L’album marque ainsi la prise de pouvoir de Roger Waters (auteur-compositeur principal et bassiste) au sein d’un groupe en voie de dissolution.

Face au succès phénoménal, Roger Waters tient à concrétiser sa vision globale en mettant l’intégralité de l’opéra-rock en images. Pari dans le vent puisque le monde découvre alors la puissance du clip vidéo et que certaines expériences ont déjà montré la voie (Tommy de Ken Russell, notamment). En 1982, le cinéaste Alan Parker se greffe au projet, aidé pour la partie animation par Gerald Scarfe. Dès lors commence un tournage mouvementé où les trois hommes, tous de notables égocentriques, ne cessent de se quereller. Leur affrontement permanent semble avoir servi le film puisque, chacun dans sa partie, a donné le meilleur de lui-même, faisant de Pink Floyd, The wall  (1982) une œuvre majeure du début des années 80.

L’histoire développée par Roger Waters est bouleversante car marquée par une sincérité de chaque instant. Le compositeur revient sur la mort de son père lors de la Seconde Guerre mondiale et évoque dans le même temps son divorce avec l’énergie du désespoir. L’ombre de Syd Barrett (membre fondateur du Floyd, devenu fou par consommation abusive de substances illicites) plane également sur ce personnage principal s’enfermant peu à peu dans sa propre folie. La métaphore du mur est sans nul doute la meilleure idée pour traiter du thème de la paranoïa et de la schizophrénie. Alan Parker parvient à sublimer le matériau d’origine en créant des images visionnaires qui frappent immédiatement l’esprit. Conscient de la radicalité de cette histoire, il n’hésite pas à plonger le spectateur dans un flot d’images violentes, excessives et totalement expressives. Il réussit un tour de force incroyable : suivre à la minute près l’album d’origine (pourtant très proche parfois de la musique concrète) et utilise pour cela une narration déstructurée. Il insère avec talent des passages magnifiquement animés par le génial illustrateur Gerald Scarfe, avec pour thématique centrale les terribles bombardements qui ont affecté Londres durant le Blitz.

L’ensemble constitue un kaléidoscope d’images qui immerge le spectateur dans un univers maladif, suicidaire et régressif. La réussite est totale, si bien qu’il est impossible aujourd’hui d’écouter l’album sans avoir à l’esprit la transcription visuelle d’Alan Parker. Le tout est porté par des interprètes formidables comme le chanteur Bob Geldof ou encore l’excellent Bob Hoskins. Cette œuvre bouleversante peut donc être considérée comme la pierre angulaire du groupe anglais. Le film a d’ailleurs connu une très belle exploitation en salles en cumulant 22,2 millions de dollars rien qu’aux Etats-Unis. En France, ils furent plus de 2,7 millions de fans de rock à faire le déplacement, plaçant le long-métrage à la 11ème place annuelle.

Malgré cette reconnaissance publique, il est étonnant de constater l’absence actuelle d’une édition blu-ray attendue pourtant par plusieurs générations de fans.

Critique de Virgile Dumez

Copyright MGM / Cinema International Corporation

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