Avec Pris au piège – Caught Stealing, Darren Aronofsky revient dans le New York de la fin des années 90 pour un film récréatif, drôle, violent et déjanté qui séduit par son ambiance et sa réalisation.
Synopsis : Hank Thompson a été un joueur de baseball prodige au lycée, mais désormais il ne peut plus jouer. À part ça, tout va bien. Il sort avec une fille géniale, il est barman la nuit dans un bar miteux à New York, et son équipe préférée, donnée perdante, est en train de réaliser une improbable remontée vers le titre. Quand Russ, son voisin punk lui demande de s’occuper de son chat pendant quelques jours, Hank ignore qu’il va se retrouver pris au milieu d’une bande hétéroclite de redoutables gangsters. Les voilà tous après Hank, et lui ne sait même pas pourquoi. En tentant d’échapper à leurs griffes, Hank doit mobiliser toute son énergie et rester en vie assez longtemps pour comprendre.
Un film plus léger après The Whale
Critique : Le cinéaste indépendant Darren Aronofsky nous a laissés pantois devant son précédent film, le bouleversant The Whale (2022) qui a été un joli succès du cinéma d’art et essai aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde (213 160 entrées en France). Avec son sujet très plombant, le métrage ne laissait pas indemne. Sans doute est-ce la volonté de retrouver un peu plus de légèreté qui a poussé Aronofsky vers un projet tout autre ?

© 2025 Columbia Pictures, Protozoa Pictures, Eagle Pictures / Sony Pictures Releasing France. Tous droits réservés.
Notamment celui de reprendre l’adaptation du roman Caught Stealing (2004) publié par le romancier américain Charlie Huston. En fait, Darren Aronofsky envisageait d’adapter ce bouquin depuis sa sortie, mais il n’est jamais parvenu à en acquérir les droits, puis à produire un script convaincant. La solution est venue de l’implication de Charlie Huston qui a décidé d’écrire lui-même l’adaptation cinéma de son livre éponyme.
Aronofsky revient au New York de ses débuts
Ainsi, Pris au piège – Caugh Stealing a pu voir le jour récemment grâce à un budget plutôt copieux estimé à 40 millions de dollars. Cela a permis à Aronofsky de reconstituer de manière crédible le New York de 1998. Effectivement, le but du cinéaste semble d’avoir voulu se replonger dans ce New York interlope où il a effectué ses premiers pas en tant que réalisateur (avec Pi, justement en 1998).
Avec Pris au piège – Caught Stealing, Darren Aronofsky revient à ses premières amours, à savoir un cinéma indépendant américain qui voyait s’épanouir les talents de gens comme Quentin Tarantino, Robert Rodriguez, Roger Avary ou encore les frères Coen. D’ailleurs, si le film renvoie explicitement aux années 90, il paie aussi son tribut au maître Martin Scorsese, avec une ambiance clairement influencée par son After Hours (1984). D’ailleurs, la présence au générique de Griffin Dunne est un clin d’œil qui n’échappera pas aux cinéphiles.
Un innocent, des truands et un chat
Sur le modèle du film de Scorsese, mais aussi de celui de nombreux films des frères Coen, le scénario de Pris au piège – Caught Stealing suit donc les mésaventures d’un innocent qui se retrouve embarqué dans une terrible guerre des gangs à New York. On retrouve ici également des thématiques chères au cinéma d’Alfred Hitchcock, avec notamment l’implication d’un innocent qui en prend plein la figure, mais aussi un MacGuffin qui prend ici la forme d’une clé dont on ignore ce qu’elle ouvre, mais dont tout le monde souhaite s’emparer.

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Certes, l’histoire est traitée avec un humour noir très présent – certains personnages sont volontairement caricaturaux comme les brutes de la mafia russe (Yuri Kolokolnikov, impressionnant) ou encore les truands juifs hassidiques (Liev Schreiber et Vincent D’Onofrio) – mais l’ensemble respecte le style offensif du réalisateur avec des moments d’une violence extrême. D’ailleurs, les coups font mal dans ce long métrage qui se différencie du tout-venant hollywoodien. Ainsi, lorsque le personnage principal, joué avec charisme par Austin Butler, est passé à tabac, il finit à l’hôpital et perd l’usage d’un rein. Les auteurs n’hésitent pas non plus à éliminer de manière violente des protagonistes importants au bout d’une petite demi-heure.
Des tubes en pagaille et une réalisation maîtrisée
Finalement, Pris au piège – Caught Stealing vaut surtout pour son ton volontiers désinvolte, pour son faux détachement et surtout son cachet délicieusement nostalgique. Baignant dans des tubes de l’époque signés Garbage, Portished, Scorpions, Spin Doctor, David Bowie ou encore Madonna et son Ray of Light, la bande originale est également assurée par le groupe rock Idles. Un plaisir de chaque instant pour tous ceux qui ont évolué dans cette atmosphère.
Enfin, Darren Aronofsky semble retrouver le plaisir de filmer en utilisant toutes les technologies modernes pour signer des plans audacieux et pour insuffler une énergie folle à sa comédie policière déjantée.
Outre un Austin Butler au meilleur de sa forme, on aime aussi le rôle ambigu tenu par Regina King, tandis que Zoë Kravitz séduit immédiatement en petite amie du héros. Enfin, Matt Smith se régale en punk à chat qui est le véritable fauteur de trouble de ce joyeux bordel. Parfois drôle, souvent dur, mais toujours énergique et plein d’idées, Pris au piège – Caught Stealing n’est sans doute pas un grand film, mais il constitue une récréation fort recommandable au sein de la filmographie d’un cinéaste très inégal.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 27 août 2025

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Darren Aronofsky, Laura Dern, Austin Butler, Liev Schreiber, Griffin Dunne, Vincent D’Onofrio, Yuri Kolokolnikov, Matt Smith, Zoë Kravitz, Tenoch Huerta, Regina King
Mots clés
Cinéma américain, La drogue au cinéma, Les flics ripoux au cinéma, Le chat au cinéma, Reconstitution des années 90, New York au cinéma