L’étrange vice de Madame Wardh : critique du film et test blu-ray (1972)

Thriller, Giallo | 1h39min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche de L'étrange vice de madame Wardh, de Sergio Martino

  • Réalisateur : Sergio Martino
  • Acteurs : Alberto de Mendoza, George Hilton, Ivan Rassimov, Edwige Fenech, Conchita Airoldi, Carlo Alighiero
  • Date de sortie: 14 Juin 1972
  • Année de production : 1971
  • Nationalité : Italien, Espagnol
  • Titre original : Lo strano vizio della Signora Wardh
  • Titres alternatifs : Les nuits folles de Madame Wardh (titre belge) / Nuits infernales (titre français CNC) / The Strange Vice of Mrs. Wardh (titre international) / Der Killer von Wien (Allemagne) / Blade of the Ripper (USA) / Next! (UK) / Mannen med rakkniven (Suède) / La perversa señora Ward (Espagne) / O Estranho Vício da Senhora Ward (Portugal) / Dziwny zwyczaj pani Wardh (Pologne) / El extraño vicio de la señora Wardh (Mexique) / Szerelmi vérszomj (Hongrie)
  • Autres acteurs : Manuel Gil, Bruno Corazzari, Brizio Montinaro
  • Scénaristes : Vittorio Caronia, Ernesto Gastaldi, Eduardo Manzanos Brochero et Sergio Martino (non crédité)
  • Monteur : Eugenio Alabiso
  • Directeur de la photographie : Emilio Foriscot , Florian Trenker
  • Compositrice : Nora Orlandi
  • Chef Maquilleur : Mario Di Salvio
  • Chefs décorateurs : José Luis Galicia, Jaime Pérez Cubero
  • Directeur artistique : -
  • Producteurs : Antonio Crescenzi, Luciano Martino
  • Producteurs exécutifs : -
  • Sociétés de production : Copercines, Cooperativa Cinematográfica, Devon Film, Laurie International, MLR
  • Distributeur : Univers Galaxie
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeurs vidéo : Neo Publishing (DVD, 2010) / Artus Films (en coffret DVD / Blu-ray, 2024)
  • Dates de sortie vidéo : 5 janvier 2010 (DVD) / 4 juin 2024 (coffret DVD, blu-ray)
  • Budget : -
  • Box-office Paris-Périphérie : 18 320 entrées
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals : -
  • Nominations : -
  • Récompenses : -
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (design blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : -
  • Tagline :
  • Franchise : 1er film de La trilogie du vice de Sergio Martino
Note des spectateurs :

Premier giallo de Sergio Martino, L’étrange vice de Madame Wardh s’inscrit dans la lignée du Venin de la peur de Fulci en proposant un savant mélange d’érotisme et de violence dans une atmosphère fantasmatique du plus bel effet. Un incontournable pour les amoureux de ce sous-genre.

Synopsis : Julie Wardh, qui souffre d’être sexuellement délaissée par son ambassadeur de mari, tombe amoureuse du mari de sa meilleure amie et se retrouve harcelée par Jean, son ex-amant, un être particulièrement pervers et sadique. Pendant ce temps, un tueur en série massacre à coups de rasoir les jeunes femmes qui se promènent seules dans les rues de Vienne. Julia en arrive à se demander si l’assassin en question n’est pas un des trois hommes, surtout lorsque le tueur mystérieux commence à s’en prendre à sa cousine tout d’abord, puis rapidement à elle.

Le premier film important de Sergio Martino

Critique : Alors qu’il n’a encore tourné que deux documentaires et un western avec Anthony Steffen, le réalisateur Sergio Martino entame avec L’étrange vice de Madame Wardh (1971) un cycle impeccable de gialli comprenant des œuvres majeures comme La queue du scorpion (1971), Toutes les couleurs du vice (1972), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972) et Torso (1973). Si le cinéaste ne fait que reprendre habilement des recettes établies par d’autres artistes comme Mario Bava, Dario Argento, Lucio Fulci et bien entendu Alfred Hitchcock – on a le droit ici à une énième version de la scène de douche de Psychose – son corpus de thrillers n’en demeure pas moins passionnant tant il a permis de fixer des règles devenues immuables pour ce type de productions.

On retrouve ici tous les ingrédients du genre avec un tueur ganté de noir qui exécute ses victimes féminines au rasoir, des plans en caméra subjective qui poussent au voyeurisme, une femme travaillée par des fantasmes inavouables, le tout sur fond de terrible machination dont on ne comprend les ficelles qu’à la dernière minute par le biais d’un twist plus ou moins crédible.

Un film psychanalytique teinté de sadomasochisme

Là où L’étrange vice de Madame Wardh emporte l’adhésion, c’est dans sa capacité à susciter le doute quant à la santé mentale de son héroïne dont nous partageons les fantasmes sadomasochistes à plusieurs reprises. Visiblement délaissée par un mari diplomate souvent absent, la belle Edwige Fenech ne cesse de fuir son ex-amant qui la violentait, tout en regrettant ces étreintes fougueuses qui apportaient un grain de folie dans sa morne existence. D’un autre côté, elle est également séduite par George Hilton, bellâtre ayant tout du latin lover, dont les motivations demeurent également obscures durant une grande partie du film.

Très marqué par des thématiques psychanalytiques, le long-métrage séduit tout d’abord par ses nombreuses scènes fantasmatiques baignant dans une atmosphère sadienne troublante, ce qui est renforcé par la musique doucereuse de Nora Orlandi. Le savoureux mélange d’érotisme et de violence fonctionne ici à merveille, évoquant inévitablement l’atmosphère du Venin de la peur, tourné la même année par Lucio Fulci. On y retrouve ce même goût pour les ambiances torves et vaporeuses où la réalité peut tout à coup basculer dans le rêve et le cauchemar. Martino profite de la présence de la peu farouche Edwige Fenech pour tourner un nombre conséquent de scènes de nu, histoire d’appâter le spectateur avide de sensations fortes. Le relâchement de la censure de l’époque a ainsi permis à ces œuvres des débordements graphiques aussi bien sur le plan du sexe que de la violence.

Une intrigue tortueuse inspirée des Diaboliques

Les scénaristes en profitent également pour jouer avec le spectateur en livrant un potentiel coupable au bout d’une heure de projection, avant qu’une série de twists ne vienne relancer l’intrigue qui se termine finalement par une classique machination, déjà vue dans de nombreuses bandes d’exploitation italiennes depuis la sortie du matriciel Les diaboliques de Clouzot en 1955. Si la résolution n’est pas entièrement satisfaisante, elle permet toutefois de justifier la plupart des séquences du film et boucle donc de manière globalement convaincante un long-métrage terriblement séduisant et mené par une actrice qui révèle ici l’étendue de son talent.

Effectivement, si Ivan Rassimov et George Hilton sont passables, la sexy Edwige Fenech prouve qu’elle n’est pas qu’une jolie poupée aux formes généreuses et voluptueuses, mais qu’elle est également capable de susciter l’empathie du spectateur grâce à une incarnation parfaite de ce personnage trouble. Elle trouve en Sergio Martino un metteur en scène attentif, capable de faire ressortir sa beauté, tout en lui confiant des rôles ambigus où elle excelle.

Un giallo plutôt rare en France, malgré son succès italien

D’une redoutable efficacité, ce premier giallo signé Martino est donc l’un de ses meilleurs films et peut légitimement être considéré comme un petit classique de ce cinéma d’exploitation. Il n’a guère connu de sortie convaincante dans les salles françaises malgré son gros succès transalpin. Depuis, il n’a été éditée qu’une version DVD par feu Neo Publishing et rien de plus sur notre territoire jusqu’à la résurrection proposée par Artus Films en 2024 au sein d’une magnifique coffret regroupant également deux autres titres incontournables du cinéaste.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 14 juin 1972

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Affiche de L'étrange vice de madame Wardh, de Sergio Martino

© 1971 Dania Films. Tous droits réservés.

Biographies +

Sergio Martino, Alberto de Mendoza, George Hilton, Ivan Rassimov, Edwige Fenech, Conchita Airoldi, Carlo Alighiero

Mots clés

Cinéma bis italien, Giallo, Psycho-killer, Le sadomasochisme au cinéma

Le test blu-ray

Artus Films a mis les petits plats dans les grands en proposant à la vente un magnifique coffret intitulé La trilogie du vice, comprenant L’étrange vice de Madame Wardh (1971), Toutes les couleurs du vice (1972) et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972). Des classiques du genre qu’il est impossible de rater.

Packaging & Compléments : 5 / 5

Tout d’abord, il faut évoquer la beauté du coffret concerné qui contient un livre de 96 pages intitulé Les vices cachés de Sergio Martino, rédigé par Emmanuel Le Gagne, Sébastien Gayraud et David Perrault. Les trois complices évoquent d’abord l’intégralité de la carrière du cinéaste, avant de se concentrer sur des analyses des trois œuvres proposées dans le coffret, puis terminent sur d’autres gialli réalisés par Martino. L’ensemble est tout bonnement passionnant et richement illustré par des affiches et des photographies en couleurs qui agrémentent la lecture. Là encore, indispensable pour mieux appréhender l’œuvre de cet artisan du cinéma bis.

La trilogie du vice, détails du coffret

© Artus Films ; design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Outre ce beau livre, le coffret contient un digipack qui se déploie en quatre volets agrémentés d’affiches étrangères des films concernés. A l’intérieur, les six galettes (un DVD et un blu-ray pour chaque film) sont superposées par un système d’attache que nous n’apprécions guère car un peu fragile. Il faut donc faire attention à ce point.

En ce qui concerne les suppléments vidéo de L’étrange vice de Madame Wardh, l’éditeur propose d’abord une introduction de 20 min par Emmanuel Le Gagne qui se livre à l’analyse de deux séquences du long métrage, tout en en précisant les références. Le gros morceau consiste en un long entretien de 43 min avec le cinéaste Sergio Martino qui livre de nombreuses anecdotes sur les tournages de la trilogie du vice. Il insiste notamment sur l’aspect familial de cette entreprise, tout en précisant que ces œuvres avaient des ambitions internationales. Le cinéaste rend également hommage à ses nombreux collaborateurs dont beaucoup nous ont quittés.

Les amoureux de mécanique narrative seront aux anges durant l’entretien avec Ernesto Gastaldi qui livre quelques-unes de ses recettes et confirme les dires de Sergio Martino. L’intrigue parallèle avec le serial-killer est bien un rajout dû au cinéaste et non une trouvaille du scénariste qui dénonce également les incohérences de son histoire. Enfin, l’éditeur nous offre un entretien de 18min avec les défunts George Hilton et Antonio Bruschini qui viennent ajouter leurs témoignages sur les influences du film et le déroulement du tournage.

On termine par l’inévitable diaporama et l’indispensable bande-annonce du film.

L’image de L’étrange vice de Madame Wardh : 4,5 / 5

Le giallo a bel et bien été restauré et livre des images très bien définies, parfois avec un beau tranchant, notamment lors des superbes séquences fantasmatiques. Certes, les passages plus sombres proposent un grain plus prononcé, mais rien de gênant. En fait, le film apparaît dans toute sa splendeur pour la première fois en France. Indispensable.

Le son de L’étrange vice de Madame Wardh : 4 / 5

Deux pistes sonores sont à notre disposition, avec d’une part la version italienne, sous-titrée en français et d’autre part la version doublée en français. La première est la plus percutante, avec des voix qui sonnent bien et des ambiances sonores bien respectées. La seconde paraît un peu plus artificielle avec des voix françaises un peu étouffées et un environnement sonore moins enveloppant. Toutefois, l’ensemble demeure de bonne tenue, dans la limite du mono d’origine.

Test du blu-ray de Virgile Dumez

La trilogie du vice, coffret Artus

© Artus Films ; design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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Affiche de L'étrange vice de madame Wardh, de Sergio Martino

Bande-annonce de L'étrange vice de Madame Wardh (VO)

Thriller, Giallo

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