L’emmurée vivante : la critique du film et le test blu-ray (1981)

Thriller, Giallo, Epouvante | 1h35min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
L'emmurée vivante, affiche française

  • Réalisateur : Lucio Fulci
  • Acteurs : Gianni Garko, Evelyn Stewart (Ida Galli), Gabriele Ferzetti, Marc Porel, Jennifer O’Neill
  • Date de sortie: 04 Mar 1981
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Setto note in nero
  • Titres alternatifs : Dolce come morire (Titre de tournage), Passione e sentimento (titre de tournage 2), Prediction (premier titre français, VHS), Demoniac (second titre français, VHS), The Psychic (USA), Death Tolls Seven Times (Royaume Uni), Die sieben schwarzen Noten (Allemagne), Sete Notas Negras (Portugal), Siete notas en negro (Espagne, Mexique), Premonição (Brésil), Siedem czarnych nut (Pologne)
  • Année de production : 1977
  • Scénariste(s) : Lucio Fulci, Roberto Gianviti, Dardano Sacchetti
  • Directeur de la photographie : Sergio Salvati
  • Compositeurs : Franco Bixio (en tant que Bixio) | Fabio Frizzi (en tant que Frizzi) | Vince Tempera (en tant que Tempera)
  • Société(s) de production : Rizzoli Film, Cinecompany
  • Distributeur (1ère sortie) : Variéty 7
  • Distributeur (reprise) : Les Films du Camélia
  • Date de reprise : 17 juillet 2019
  • Éditeur(s) vidéo : Mercury International Productions (VHS 1987), Atlantic Home Vidéo (VHS, 1987), Neo Publishing (DVD), Le chat qui fume (blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 1983 (VHS), 1987 (VHS), 17 octobre 2005 (DVD) Novembre 2020 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 5 534 entrées (1 semaine d'exploitation)
  • Box-office nord-américain -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs (Telecolor) / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : 10e Festival International du Film Fantastique de Paris (Hors Compétition)
  • Illustrateur / Création graphique : Frederic blu-ray
  • Crédits : TVOR
Note des spectateurs :
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Un classique machiavélique du thriller à l’italienne par Lucio Fulci. L’emmurée vivante est une œuvre brillante parmi les joyaux méconnus du réalisateur du Venin de la peur et La longue nuit de l’exorciste.

Synopsis : Après avoir eu une vision de mort, Virginia Ducci se rend dans l’ancienne maison de son mari et y découvre un squelette emprisonné dans l’un des murs. Pour cette femme douée de clairvoyance, la raison s’effrite alors aussi vite que le crépi. Aidé d’un expert en paranormal, elle va tout mettre en œuvre pour résoudre le mystère. Mais certains secrets gagnent à le rester. Et si la prochaine victime, c’était elle ?

La bataille de Lucio Fulci pour échapper à la comédie

Critique : Sorti à Paris le 7 mars 1981, L’emmurée vivante a pris quatre longues années avant d’apparaître sur nos écrans. Même les Américains ont pu en profiter dès le mois de mars 1979. Il faut dire qu’en Italie, le film, considéré par Fulci comme l’un de ses meilleurs, a été un lourd échec. Le cinéaste revenait au film de suspense -, genre qui l’avait vu briller avec Perversion Story, La longue nuit de l’exorcisme et Le venin de la peur. Toutefois, le cinéaste a dû se battre pour réaliser cette œuvre mélangeant épouvante, polar et surnaturel, puisqu’il est ici question d’un don méticuleux de voyance. Il lui a fallu plus d’un an passer à batailler pour imposer son scénario, coécrit avec Dardano Sacchetti, à des producteurs récalcitrants qui le voyaient davantage rester dans la comédie sexy à la mode, comme La pretora, son précédent long, avec Edwige Fenech.

Au final, c’est grâce au producteur Fulvio Frizzi, père du jeune compositeur Fabio (qui va devenir l’un des noms récurrents de la filmographie de Fulci), qu’il peut mettre en scène ce désir d’une detective story surnaturelle, où l’enquête est menée par une jeune femme aux visions traumatisantes. Pur film de mystère dans sa trame, où l’on titille les méninges du spectateur, L’emmurée vivante mélange adroitement les genres autour du polar, sans passer par les anecdotiques moments de comédie ou d’érotisme qui pullulaient alors dans les séries B italiennes.

La mécanique de la spirale

Prédiction en VHS (en fait L'emmurée vivante de Lucio Lulci)Convaincu par sa trame implacable, Fulci met en scène les affres du destin avec les gants d’un artisan qui peaufine tous les aspects de son œuvre. Captivant, inquiétant, son script est surtout celui des fulgurances qui mènent inéluctablement la protagoniste jouée avec conviction par Jennifer O’Neill, l’interprète de Un été 42 et Scanners, vers un funeste destin. Aussi, Fulci semble vouloir signifier l’incapacité de l’homme à altérer l’orientation de son existence. Pis, plus l’héroïne avance, plus elle semble précipiter les événements, victime d’un fatum cruel qui se joue des curiosités et vanités humaines.

Avec sa montée en puissance musicale inoubliable et un travail d’orfèvre sur le montage, le filmage et la lumière, Fulci est un véritable auteur qui scande l’effroi et le macabre. Il pulvérise les illusions et détourne les codes de la romance qui devient vénéneuse et mortelle.

Moins psychédélique que certains de ses gialli passés, L’emmurée vivante emprunte bien des rouages à ses classiques et préfigure déjà les obsessions à venir de L’au-delà. L’obstination de Fulci à filmer en abusant de son style et de ses métaphores est à mettre à son crédit. Le style Fulci est une ponctuation qui suscite un certain inconfort jouissif quant à l’ambiance générale où, finalement, le plus psychédélique des détails devient son goût vertigineux pour les enchâssements et les spirales. Paix à son âme.

L'emmurée vivante, affiche française

Design : G Ferro

La sortie de L’emmurée vivante en France

En 1980, Lucio Fulci a bénéficié de deux succès en salle, avec L’enfer des zombies en février et Frayeurs, en 1980. Des titres qui ont beaucoup fonctionné en province, en particulier. UGC les avait parfaitement distribués, et il en sera de même en octobre 1981 avec L’au-delà, le chef d’œuvre du maître. Le triomphe que l’auteur a reçu en juin 1980 au Festival du Film Fantastique du Grand Rex va précipiter la sortie de L’emmurée vivante qui y est proposé hors compétition. En revanche, pour Frayeurs, également présenté, les jeunes spectateurs présents sont en transe. Le film obtiendra le prix du public.

Le distributeur indépendant français n’était pas des plus vigoureux, puisqu’il s’agissait de Variety 7 aux titres de qualité douteuse : Les surdoués de la première compagnie, Faut s’les faire ces légionnaires, Prends ta Rolls et va pointer, La fiancée de l’évêque… Tel était le niveau des productions dont il disposait en 1981. Il ne laissera pas de trace l’année suivante, comme disparu après deux ans de service.

Variety 7 avait d’abord essayé de sortir L’emmurée vivante sur quelques écrans de province, notamment à Rouen, avant de trouver sept cinémas sur Paris, seulement dans l’intra-muros. A l’affiche de l’UGC Marbeuf, des Montparnos, du Magic Convention, du Mistral, de l’UGC Danton et Gare de Lyon, ainsi que du Rio Opéra, le Fulci passe totalement inaperçu avec à peine  5 534 spectateurs pour une semaine d’exploitation unique. Il sera effectivement retiré de l’affiche à l’issue de cette micro-sortie. Variety 7 n’est pas UGC Distribution et le sujet un peu vieillot de L’emmurée vivante ne peut faire concurrence aux obsessions sanguinaires des spectateurs de l’époque : Vendredi 13, Maniac et le gore italien.

The Psychic (L'emmurée vivante), blu-ray de Ronin Flix

Design Wes Benscoter pour l’éditeur vidéo Ronin Flix

« Dans un mur, personne ne vous entend pourrir ! »

En VHS, le parcours du film sera périlleux. Des éditeurs que l’on qualifiera de dernière zone exploiteront le film, dans  des copies lamentables, sous des titres et jaquettes pas toujours en raccord. Ainsi le titre de « Prédiction » est juste, mais sûrement trop explicite quand Fulci semble vouloir surtout rendre un hommage franc à Edgar Poe et son Chat noir.

On perdra de vue L’emmurée vivante, devenu un titre maudit pour le cinéaste dont les œuvres des années 80 remporteront dans leur ensemble bien plus de suffrage. Il faudra attendre 2005 et l’éditeur Neo Publishing pour bénéficier d’une sortie DVD, sous son titre original, avec la phrase d’accroche qui scotche : « Dans un mur, personne ne vous entend pourrir! ». Culte.

On notera qu’après près de quarante ans d’absence sur le grand écran, L’emmurée vivante fait l’objet d’une reprise dans le cadre d’une rétrospective estivale du maître du suspense. Ce sont les quatre gialli, Perversion Story (1969),  Le venin de la peur (1971), La longue nuit de l’exorcisme (1971) et donc L’emmurée vivante (1977) qui dévoilent en haute définition un visage alternatif au cinéma gore qui fit de Fulci une icône de l’horreur italienne dans les années 80.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 4 mars 1981

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Test blu-ray

En novembre 2020, l’éditeur Le Chat qui fume, qui a déjà exploré l’œuvre de Fulci avec ses trois précédents gialli, propose une édition collector de L’emmurée vivante. Celle-ci est épuisée dès les précommandes. Reste quelques exemplaires qui sont envoyés à des magasins ciblés qui sont aussitôt pris d’assaut. 

Le test que nous allons faire est bien celui de l’édition collector. En revanche, l’éditeur devrait ressortir le film en boîtier amaray en 2021, ce qui s’est produit pour Perversion Story.

Packaging et suppléments : 5 / 5

L’édition est visuellement splendide. Le choix d’une photographie pour décorer le packaging digipack est finement défini. Les bonus, eux, ne déméritent pas et valent bien les 5 points, mais sont des plus pertinents. Jean-François Rauger de la Cinémathèque apporte son point de vue d’expert sur les gialli de Fulci et resitue la sortie délicate du film et la déception d’un certain public qui réclamait des scènes plus fortes. Il décortique et analyse l’œuvre et achève sa puissante introspection avec L’éventreur de New York qu’il considère comme l’ultime grand Fulci.

L'emmurée vivante, Le chat qui fume, jaquette

Visuel blu-ray 2020 : Frédéric Domont – © Le Chat qui fume

Les suppléments avec les artistes italiens, l’un avec Dardano Scaccheti qui porte sur le scénario, et l’autre avec Fabio Frizzi, sur l’aspect musical, sont précieux. Les deux messieurs sont des pontes dans leur domaine. Dardano Scaccheti a écrit la plupart des scripts bis du cinéma italien des années 80, et notamment a travaillé avec Fulci sur huit films. Le scénariste revient sur sa collaboration avec Fulci, les maladresses du cinéaste dans le domaine, et relate chaque étape de cet Emmurée vivante, de ses sources littéraires lointaines à la possibilité d’un remake par  Quentin Tarantino. L’Américain envisageait de faire une relecture du film avec Bridget Fonda dans le premier rôle, au début des années 2000. Le scénariste a du caractère et n’est pas là pour ménager ceux qu’il a croisés sur son chemin.

Pour Frizzi, il s’agit de revenir sur la naissance de sa collaboration avec Franco Bixio et Vince Tempera, et d’expliquer comme ils en sont venus à composer la musique entêtante de L’emmurée vivante avant de se retrouver sur L’enfer des zombies. Ce retour sur le background familial et cinématographique et la carrière en construction des futurs compères est à boire comme du petit lait, tant on apprécie leur œuvre, en particulier celle de Fabio Frizzi qui sera le plus prolifique et le plus fidèle à Fulci. Les musiques infernales de Frayeurs et L’au-delà… étaient de lui. Ils ont participé à la mythologie macabre de Fulci.

Pendant sept minutes, une réinterprétation des morceaux, notamment de L’emmurée vivante, est proposée en live.

Très axé sur l’ambiance musicale, L’emmurée vivante est donc gratifié d’une piste audio du score isolé. Nous ne l’avons pas testée à vrai dire, laissant les amateurs du procédé jouir de ce plus indéniable.

Pour cette version collector, Le Chat qui fume a inclus un CD bonus indépendant, incluant les musiques de sept longs métrages. Le format physique des Fulci étant rares et onéreux, on apprécie énormément le geste. Un must, même si ce n’est pas un best of , mais une sélection inégale. A la bande jazzy du foireux Door to Silence, on aurait préféré avoir des pistes de L’emmurée vivante, Frayeurs ou L’enfer des zombies.

L'emmurée vivante, Le chat qui fume, jaquette

Visuel blu-ray 2020 : Frédéric Domont – © Le Chat qui fume

Image : 4 / 5

La copie SD de L’emmurée vivante proposée par Neo Publishing et Ciné FX dans les années 2000 fait aujourd’hui peine à voir. Il fallait donc une version HD pour compenser. La copie n’est pas ultime et loin des meilleurs standards de restauration, mais demeure extrêmement gratifiante pour une série B qui n’a probablement jamais été exploitée correctement en France. S’il nous manque la valeur épidermique de la texture, on apprécie les éclairages, une appropriation des différents éléments du décor si importants à la narration. On apprécie pour la première fois à sa juste valeur ce Fulci qui nous apparaît très grand.

 

Son : 3.5 / 5

Le film est présenté dans trois langues en DTS HD Master Audio 2.0. La piste française a le charme de son doublage d’époque, mais un environnement un peu emmitouflé qui démontre que l’intérêt de cette piste est purement illustrative. La piste italienne n’est pas non plus celle à choisir. Le doublage écrase un peu l’environnement et la puissance de l’œuvre. C’est donc en anglais que l’on trouvera de loin la piste la plus satisfaisante. Il s’agit après tout de la langue de tournage du film, puisque Jennifer O’Neill, anglophone, a bien joué dans sa langue, face à des acteurs pourtant issus de différents territoires européens, dont la France pour Marc Porel qui décéderait bien jeune quelques années plus tard de façon tragique.

Frédéric Mignard

Le site de l’éditeur

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L'emmurée vivante, affiche française

Bande-annonce de L'emmurée vivante

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