Inspiré d’une histoire vraie, Le tableau volé s’intéresse au monde de l’art par son versant mercantile. Le résultat est une œuvre inégale.
Synopsis : André Masson, commissaire-priseur dans la célèbre maison de ventes Scottie’s, reçoit un jour un courrier selon lequel une toile d’Egon Schiele aurait été découverte à Mulhouse chez un jeune ouvrier. Très sceptique, il se rend sur place et doit se rendre à l’évidence : le tableau est authentique, un chef-d’œuvre disparu depuis 1939, spolié par les nazis. André voit dans cet événement le sommet de sa carrière, mais c’est aussi le début d’un combat qui pourrait la mettre en péril. Heureusement, il va être aidé par son ex-épouse et collègue Bertina, et par sa fantasque stagiaire Aurore…
Une histoire vraie datant de 2004
Critique : Si Pascal Bonitzer a dernièrement travaillé comme scénariste pour Paul Verhoeven (Benedetta) et Catherine Breillat (L’été dernier), il n’avait pas repris la caméra depuis le ratage de Les envoûtés (2019), véritable accident industriel avec ses 24 482 entrées. Pour Le tableau volé (2024), il revient à des thématiques qui lui semblent plus proches en s’appuyant notamment sur l’histoire vraie de la redécouverte en 2004 d’un tableau original d’Egon Schiele intitulé Les Tournesols, en référence à la toile de Van Gogh.

© 2024 SBS Productions / Photo : Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Effectivement, cette œuvre longtemps considérée comme perdue a été spoliée durant la Seconde Guerre mondiale par les Nazis, avant de se retrouver dans une maison provinciale acquise en viager par une famille de la classe ouvrière. Après expertise, la toile est authentifiée, puis vendue pour plusieurs millions dont 10 % est revenu à la famille ayant découvert le tableau.
Plongée au cœur du marché de l’art
C’est donc cette histoire assez exceptionnelle que nous raconte Pascal Bonitzer qui souhaitait aborder l’art sous son angle le plus prosaïque, à savoir le marché qu’il suscite. En même temps, le cinéaste aborde un thème inédit dans son cinéma, celui de la confrontation entre deux milieux totalement étanches. D’un côté, le monde des marchands d’art qui brassent des millions et de l’autre la petite classe ouvrière qui galère pour finir les mois sans être dans le rouge.
Effectivement, jusque-là, le cinéma de Pascal Bonitzer s’est souvent cantonné à la classe bourgeoise, et même à un environnement purement parisianiste. On le sent d’ailleurs assez mal à l’aise lorsqu’il faut évoquer les rapports entre les gens du petit peuple, alors qu’il demeure dans sa zone de confort lorsqu’il décrit la haute bourgeoisie parisienne. Sa sollicitude semble d’ailleurs plutôt aller vers les gens simples, incarnés notamment par le jeune homme qui découvre la toile (intéressant Arcadi Radeff au jeu décalé) et sa mère (Laurence Côte).
Un script intéressant, mais une réalisation pas à la hauteur
Par contre, il peut avoir la dent dure avec certains personnages comme celui du commissaire-priseur interprété avec froideur par Alex Lutz. Ce dernier est secondé par une stagiaire plutôt irritante interprétée par Louise Chevillotte. Mythomane compulsive, cette dernière est une manipulatrice comme on les déteste et on a donc du mal à s’attacher à son destin. On préfère largement le couple formé par Alex Lutz et Léa Drucker qui fonctionne parfaitement à l’écran. Marqué par des dialogues affutés, Le tableau volé pâtit d’une réalisation assez banale – péché mignon du cinéaste – et d’une image plutôt pauvre qui ravale l’œuvre au niveau d’un téléfilm de luxe. On peut assurément regretter cette pauvreté formelle alors que le long métrage traite de l’art pictural.

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Finalement, Le tableau volé est essentiellement l’œuvre d’un scénariste qui connaît parfaitement son métier et qui sait donc tricoter mieux que personne une intrigue autour d’un fait réel. Il est d’ailleurs soutenu par des acteurs de valeur qui incarnent parfaitement leurs différents personnages, si bien que la fiction fonctionne véritablement.
Box-office du Tableau volé
Sorti le 1er mai 2024 dans une combinaison raisonnable de 248 salles par Pyramide Distribution, Le tableau volé est entré en septième position du box-office hebdomadaire avec 136 728 entrées, preuve d’une curiosité réelle du public. Le distributeur injecte une trentaine de copies supplémentaires en deuxième septaine et le film perd 50 % de ses entrées avec 68 011 retardataires. Toutefois, la comédie dramatique obtient un bon bouche à oreille et cette fois Pyramide passe à l’offensive en doublant son parc de salles en troisième semaine, lui permettant de se maintenir à 65 547 amateurs d’art.
Au bout d’un mois, le long métrage franchit la barre des 300 000 entrées et demeure encore d’une belle stabilité en cinquième septaine, preuve d’un certain contentement du public. Toujours à l’affiche durant tout l’été, Le tableau volé va finir sa longue carrière avec 366 755 entrées au compteur. Il sort dans la foulée en DVD et blu-ray au début du mois de septembre afin de profiter de sa petite notoriété auprès des cinéphiles.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Pascal Bonitzer, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Alexandre Steiger, Alex Lutz, Lucia Sanchez, Laurence Côte, Adrien de Van, Olivier Rabourdin, Louise Chevillotte, Christophe Paou, Matthieu Lucci, Ilies Kadri, Arcadi Radeff
Mots clés
Cinéma français, Comédie dramatique, La peinture au cinéma, L’art au cinéma, Pyramide Distribution